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La prohibition de l’usure n’empêche pas la réunion de capitaux importants

Les banques sont toujours à l’affût des projets les plus intéressants pour l’investissement de leurs capitaux au plus fort taux d’intérêt possible. Si, dans certains cas, il leur arrive de prêter de l’argent pour renforcer l’économie d’une société ou d’une nation, elles le font en réalité uniquement pour servir leur propre intérêt et non celui de la société ou de la nation en question. Ces capitalistes prédateurs sont assez avisés pour se soucier de la perpétuation de la source de leurs profits. Ce sont des sangsues avisées. Lorsqu’elles mordent un corps, elles n’en sucent pas trop de sang, car elles ne veulent pas qu’il tombe totalement épuisé. Elles y laissent un peu de vie pour qu’il puisse continuer à lutter entre la vie et la mort et préserver ainsi leur intérêt.

En effet, il est vrai que la réalisation de vastes projets industriels et agricoles ainsi que les progrès scientifiques et technologiques dans les domaines de l’industrie et de l’agriculture exigent des investissements considérables. Mais il n’est pas nécessaire que ce grand capital appartienne toujours à des particuliers ou à un nombre limité de personnes. En outre, le moyen de se procurer un capital important ne se limite pas à la pratique usuelle des pays capitalistes consistant à demander aux banques des prêts à plein ou à bas intérêt. De grands fonds peuvent être constitués de capitaux provenant de petits capitalistes, réunis dans des sociétés par actions ou des sociétés coopératives, dont les capitaux seront investis dans les projets de développement.

On n’a pas besoin de demander de l’aide de grands capitalistes ou d’usuriers. Le profit de telles sociétés, si profit il y a, sera distribué entre un grand nombre d’individus, ce qui assure une certaine justice sociale et prévient la concentration et la thésaurisation des richesses entre les mains d’un nombre limité de profiteurs préoccupés de satisfaire leur soif de plaisir.Donc la prohibition de l’usure n’empêche pas la réunion de capitaux importants. Elle empêche seulement l’émergence de grandes fortunes capitalistes et c’est ce que l’Islam veut justement et qui a été préconisé par la plupart des savants.

Par ailleurs, un Etat soucieux de ses intérêts, de ceux de ses populations peut faire des investissements sur une grande échelle dans de grands projets industriels, et agricoles, d’une façon bien meilleure que des privés. Etant donné qu’un bon Etat juste représente les intérêts de la nation, l’investissement qu’il fait sera naturellement utilisé au mieux dans l’intérêt de la nation. La nationalisation des grandes industries par les Etats pays, et leur action dans la construction de barrages, de routes, de chemin de fer, de lignes maritimes dans le secteur public, montrent que les grands investissements ne sont pas le monopole des grands investisseurs capitalistes et des usuriers.

On pourrait objecter que la nationalisation par certains Etats des secteurs névralgiques de leur économie est un échec et que, pour cette raison, il vaut mieux qu’ils laissent la gestion des affaires économiques et même les autres secteurs du développement comme l’éducation, la santé, la reconstruction et le développement aux mains des privés, soumis à la loi de la libre concurrence.

Les Etats doivent s’abstenir de s’impliquer directement dans de telles activités. Leur devoir consiste seulement à entreprendre des projets spéciaux et à fixer les grandes lignes au mieux de l’intérêt de la nation. Et là encore, le devoir de l’Etat sera d’ouvrir des banques spécialisées dans le secteur public afin d’offrir des prêts sans intérêt aux individus et aux institutions privées et de contrôler, par conséquent, l’économie du pays.

Une telle position offre automatiquement à l’Etat une opportunité de donner la préférence aux intérêts de la nation sur les intérêts particuliers des emprunteurs et de s’assurer que le capital de la nation ne tombe pas dans les mains des profiteurs et des thésaurisateurs privés. L’Etat peut imposer des taxes lourdes sur les profits réalisés par les bénéficiaires de ces prêts et en utiliser la rente en faveur de la nation. Cela peut, là encore empêcher l’émergence de prédateurs capitalistes et vivant dans le luxe et le dévergondage, et prévenir l’apparition d’un fossé profond entre les classes de la société.

Pour ce qui concerne la deuxième et la troisième question, il y a deux façons possibles d’en traiter :

1 – Créer des entreprises en vue d’avancer des prêts sans intérêts à des individus ou à des groupes de personnes. Allah a promis des récompenses abondantes pour ceux qui avancent des prêts sans intérêts et à considérer cet acte comme meilleur même que l’offre d’aumône et l’aide à autrui. Si cette action est bien organisée et accompagnée d’une bonne information, ce genre d’entreprise tendrait à devenir populaire. Même de nos jours, de telles entreprises existent.

2 – L’établissement de banques non usuraires si la méthode ci-dessus s’avérait inadéquate, il est là encore, du devoir de l’Etat d’établir des banques en dehors du budget public pour avancer des prêts professionnels, industriels, agricoles, immobiliers… Pour couvrir les dépenses courantes, ces banques peuvent percevoir des charges de service, mais elles n’ont le droit de percevoir aucun intérêt sur le prêt lui-même.

En conclusion, la prohibition de l’usure ne gêne aucunement les avantages sociaux ou économiques des banques. Les vraies opérations bancaires non usuraires, fondées sur les charges de services, ne sont pas usuellement légales, mais elles constituent aussi un devoir national obligatoire pour toute la communauté musulmane dans son ensemble. Ce qui est visé par la prohibition de l’usure, c’est l’intérêt usuraire et l’émergence d’une classe de profiteurs parasites et jouisseurs.

Ceci dit que l’idée qui a toujours prévalu dans certaines consciences musulmanes interdisant à ces derniers de profiter des intérêts générés par les dépôts bancaires me paraît incompréhensible si nous constatons bien ce qui est mentionné plus haut. Alors que les avoirs bancaires des musulmans domiciliés dans les banques occidentales sont estimés à des dizaines de milliards de dollars dont les intérêts ne sont jamais reversés aux vrais ayants droit qui les jugent illicites (500 milliards d’intérêts). Ce qui pousse, en revanche, ces banques tutrices de ces comptes de reverser ces sommes colossales aux œuvres caritatives et de bienfaisances de leurs pays respectifs, laissant ainsi la grande masse des musulmans de ces pays dans la paupérisation avancée. Tout ceci à cause d’une compréhension étriquée de la jurisprudence originelle islamique.

C’est là que, nous partageons entièrement l’idée avancée par Me Abdoulaye Wade, président en exercice de l’Oci, lorsqu’il disait dans son discours d’ouverture lors du 11e sommet de l’Oci à Dakar : ‘Nous ne devons pas rester les bras croisés et attendre que les économies occidentales se partagent les fonds arabes. Nous devons donc créer les conditions pour que ces fonds arabes s’investissent en Afrique…’. Et également lors de son discours de l’ouverture du premier Forum sur les finances islamiques dans l’espace de l’Uemoa, tenu récemment à Dakar et de la rencontre des Oulémas d’Afrique.

L’utilisation des fortunes provenant des réserves de pétrole et du gaz ainsi que les autres ressources que regorgent les terres des pays musulmans doivent être mises au service du développement économique d’autres pays musulmans sans exception. Ces revenus devraient servir à aider les pays musulmans les plus démunis à se développer. Sinon la notion de Ummah deviendrait une utopie. (A ne pas faire l’amalgame entre le système bédouin arabo-capitaliste qui a entraîné la chute de Dubaï et le système bancaire islamique originel).

Le souci qui nous anime est loin de prétention mais de faire connaître les différents enseignements islamiques dans une vision d’ensemble et de faire percevoir l’esprit de ces enseignements, semble d’autant justifié qu’à un moment où l’Islam suscite beaucoup d’intérêt, provoque beaucoup d’incessantes interrogations et fait l’objet de tant de controverse, il souffre d’une double incompréhension ou méconnaissance : d’une part, une certaine frange de ses adeptes qui ont tendance à se contenter d’observer la lettre des prescriptions islamiques sans se soucier de refléter dans leurs pratiques l’esprit de ces prescriptions et, d’autre part, une incompréhension de la part d’un grand nombre de gens qui s’ingénient à critiquer tel ou tel précepte de l’Islam qu’ils ne voient que de l’extérieur, sans se donner la peine de les replacer dans leur contexte général pour comprendre leur réelle raison et leur véritable signification.

Il n’y a rien d’anachronique ni de paradoxal dans le mouvement de retour à l’Islam qui se dessine de plus en plus clairement, en cette époque d’immenses progrès et réalisations technologiques, puisque l’ensemble et la diversité des prescriptions de l’Islam correspondent à des vérités éternelles et immuables d’où leur éternelle actualité. (Fin)

Chérif Abu Jafar MBALLO Consultant mballosherif@yahoo.fr

http://www.walf.sn/

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