Pourtant annoncé, le ministre de l’Intérieur et des cultes, Brice Hortefeux, n’était pas aux côtés de François Fillon / AFP
Un ancien garage Renault de 3 000 mètres carrés transformé en mosquée flanquée d’un minaret : la transformation de cette friche industrielle d’Argenteuil, en région parisienne, est déjà lourde de symbole. L’inauguration de ce nouveau lieu de culte musulman par le Premier ministre – une première dans l’histoire de la République – a rajouté à la symbolique.
Façon pour le gouvernement de tenter de rassurer la communauté musulmane échaudée par les débats sur l’identité nationale et le voile intégral. A une semaine du début des travaux parlementaire sur l’interdiction du niqab, François Fillon a ainsi répété que son gouvernement n’entendait aucunement discriminer la deuxième religion de France, un « islam de juste milieu où le croyant vit sereinement sa foi » dans le respect de la République.
« Tirailleurs, spahis, tabors, moi, je n’oublie jamais tous ces soldats épiques, descendus de l’Atlas et des Aurès pour faire don de leurs vies à la France », a-t-il poursuivi en référence aux combattants, souvent musulmans, des anciennes colonies qui ont lutté sous l’uniforme français. « Aujourd’hui, les personnes de confession musulmane et leurs lieux de culte sont encore trop souvent l’objet de discriminations, et la cible d’agressions que nous ne pouvons tolérer (…) », a-t-il embrayé, promettant d’être « intraitable » contre ces faits.
Dans le même temps, il a estimé que « l’ennemi de la cohésion nationale » était « le repli clanique et le communautarisme », dont l’une des formes les plus dangereuses est « l’intégrisme religieux ». « En renvoyant une image sombre et sectaire, les personnes qui dissimulent leur visage au prétexte de leur foi sont, consciemment ou non, les opposantes à l’islam de France », a enchaîné le Premier ministre, appelant les musulmans à se dresser contre « ce détournement du message religieux ».
Un pan du discours accueilli plutôt fraîchement par une partie de l’auditoire, opposée à un texte sur le voile intégral, à l’instar du président du Conseil français du culte musulman. Mohammed Moussaoui a ainsi répété que « des pratiques et des comportements marginaux comme le port du voile intégral ne doivent pas conduire à la stigmatisation de la pratique musulmane dans son ensemble ». Mais globalement, lui comme les autres responsables musulmans ont salué cette inauguration, « un signe de respect » et une « grande première qui restera gravée dans les mémoires ».
L’interdiction du voile intégral le 6 juillet devant les députés
L’examen du projet de loi sur l’interdiction du port du voile intégral dans les lieux publics doit début le 6 juillet devant l’Assemblée nationale, lors de la session extraordinaire. Mais c’est la Belgique qui pourrait être le premier pays de l’Union européenne à interdire le niqab dans tout espace public : un projet de loi dans ce sens a été approuvé fin avril par la Chambre des députés doit encore être avalisé par le Sénat. Le gouvernement socialiste espagnol songe également à inclure dans une future loi sur la « liberté de religion » une mesure pour restreindre l’usage du voile intégral.
L’Union européenne en tout cas n’entend pas légiférer pour réglementer l’usage du voile intégral car cette décision relève des gouvernements, a affirmé hier la Commission européenne. « Je ne vois pas la nécessité d’une loi européenne sur la burqa », a déclaré Cecilia Malmström, commissaire européenne en charge des Affaires intérieures.
Source: http://www.leprogres.fr/