Existe-t-il un scandale du faux halal ?
Pour savoir s’il existe un scandale du faux halal, il importerait d’abord d’avoir une définition précise de ce qu’est le halal, car une certification ne peut être fausse que par rapport à une norme.
On ne peut pas dire que le marché du halal soit un modèle de transparence. Les consommateurs laïcs en savent quelque chose, puisque même le ministère de l’Agriculture, dans une réponse à une question écrite, a répondu cyniquement que les professionnels n’ont pas l’obligation d’informer les consommateurs du mode d’abattage des animaux ; nous mangeons donc tous de la viande abattue rituellement sans le savoir, et le ministère s’en satisfait.« Comment réagiraient les musulmans d’Europe quand ils sauront que ce qu’ils consomment en guise de viandes dites “halal” est une pure tromperie, une vaste escroquerie dont sont aussi victimes les populations d’autres pays arabes et/ou musulmans ? En ces temps de tensions et de crise, quelle serait la réaction des musulmans de France s’ils découvraient que les viandes qu’ils consomment n’ont rien de halal et sont très loin de constituer une alimentation saine ?
Sachant l’embrasement qu’ont connu les banlieues, ces deux questions permettent de toucher du doigt une réalité amère qui n’augure pas de lendemains sereins partout où la viande est cédée au nom du halal. »
Parmi les « Gens du Livre », il y a les chrétiens, qui n’ont aucune exigence rituelle en matière de nourriture. On ne voit donc pas trop, dès le départ, pourquoi il faut toutes ces revendications et ces dérogations aux règles classiques d’abattage.
Même pour l’abattage purement musulman, les règles coraniques ne sont pas excessivement complexes :
« Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui de Dieu, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne, et celle qu’une bête féroce a dévorée – sauf celle que vous égorgez avant qu’elle ne soit morte -. (Vous sont interdits aussi la bête) qu’on a immolée sur les pierres dressées, ainsi que de procéder au partage par tirage au sort au moyen de flèches. Car cela est perversité. Aujourd’hui, les mécréants désespèrent (de vous détourner) de votre religion : ne les craignez donc pas et craignez-Moi. »
Pourquoi le cas du poulet est-il aussi spécifique ? Pourquoi les accusations de faux halal lui sont elles quasiment consubstantielles ? Ou encore, dit autrement : pourquoi la filière poulet est-elle incapable, dans des conditions économiques normales, d’obéir à des normes halal dans leurs formes les plus strictes (ou les plus volontairement complexifiées) ?
Tout simplement parce qu’un poulet est un animal de petite taille. Si l’on paie une personne à effectuer un rituel sacrificiel pour chaque poulet individuellement, la cadence en est considérablement ralentie (contrairement au cas d’animaux de grande taille, pour lesquels l’accomplissement du rite est sans influence majeure sur la cadence).
Pour des raisons de rentabilité, l’abattage du poulet est mécanisé partout, y compris dans le cas du poulet halal. C’est sur ce point que porte la controverse : pour les intégristes du halal, chaque poulet devrait être égorgé à la main par un “sacrificateur” obligatoirement musulman et en récitant une prière.
A partir de là, chacun y va de son petit calcul arithmétique, et en déduit que les abattoirs n’ont en principe pas le personnel suffisant et qu’il y a donc forcément un bogue quelque part. D’après Rue 89 , relayant le point de vue de la mosquée de Lyon, un sacrificateur rituel ne peut pas aller au-delà de 1800-2000 volaille/heure, mais la cadence chez Doux atteint 7000 à 8000 poulets /heure ; un syndicaliste aurait même parlé de 380 000 poulets par jour, ce que Al Kanz relève dans un article spécifique.
Pour l’Association Rituelle de la Grande Mosquée de Lyon, une certification hallal de qualité nécessite, outre l’abattage par un sacrificateur agréé, la présence permanente d’un ou plusieurs contrôleur(s) rituel(s) durant toute la durée de l’opération de production hallal, et ce depuis le sacrifice rituel jusqu’au conditionnement final du produit, ainsi que la traçabilité complète de l’ensemble des matières vendues dans le restaurant (quelles soient carnées et non carnées dans la mesure où certains additifs sont illicites),
C’est donc beaucoup d’emplois et de salaires que nécessiterait la certification halal telle qu’on la rêve chez les plus intégristes, ou chez les plus désireux de créer des emplois pour leurs coréligionnaires. D’autant plus que, au delà de l’abattage, c’est, pour les plus intégristes, toute la filière qu’il s’agit d’agréer, comme dans le cas du certificateur AVS.
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