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« L’absence d’un label unique est un frein »

Abbas Bendali : « Personne n'a une lecture vraiment fine de la population qui consomme des produits halal. .»

Abbas Bendali : « Personne n’a une lecture vraiment fine de la population qui consomme des produits halal. .»

Abbas Bendali, de l’agence Solis, spécialisée dans le marketing ethnique, décrypte les tenants et aboutissants du marché du halal.
Pourquoi les produits halal apparaissent désormais au grand jour sur les panneaux quatre par trois ou dans des spots de pub télévisés ?
L’évolution s’est faite naturellement durant les trois dernières années et plus particulièrement durant les dix-huit derniers mois avec l’arrivée sur le marché des grands groupes agroalimentaires de type Fleury-Michon, Herta ou LDC avec une marque comme Reghalal qui ont développé des gammes complètes de produits. Leur débouché naturel est la grande distribution alors que jusque-là on avait affaire à des PME qui diffusaient leurs produits un petit peu dans la grande distribution mais surtout dans le commerce traditionnel.
Par conséquent, la grande distribution a fait de l’espace dans les linéaires et, mécaniquement, les ventes ont augmenté de manière significative. Les grandes marques ont utilisé, comme à leur habitude, tous les moyens marketing et les moyens médias. Et face à ces grands rouleaux compresseurs, les petites marques ont livré elles aussi une bataille sur les points de vente et dans les médias.
Pourquoi les industriels, qui depuis des décennies observent les habitudes des consommateurs français ou vivant en France, se sont réveillés un beau matin en se disant qu’il leur fallait faire désormais des gammes de produit halal ?
En fait personne n’a une lecture vraiment fine de la population qui consomme des produits halal. Aujourd’hui en France, on n’a pas de statistiques ethniques. […] En plus, il y a tout un tas de croyances qui font que l’on n’a pas beaucoup interrogé ces populations. On a toujours considéré qu’elles se confondaient avec celles des Français moyens. Or, elles ont des caractéristiques et des besoins particuliers.
On a cru aussi que c’était une population qui n’avait pas beaucoup de pouvoir d’achat. Sauf qu’à partir de la deuxième génération, il y a une redistribution des cartes. Leur horizon, c’est l’hexagone, il n’y a pas ce mythe du retour et de la construction de la maison au pays pour les vieux jours. Donc toute une partie de l’épargne est disponible pour consommer et investir en France surtout que, sans parler de « beurgeoisie », les jeunes couples ont accès à des métiers supérieurs, sont deux à travailler et ont moins d’enfants que n’en avaient leurs parents. Toutes ces choses ont été comprises un peu tardivement.
Peut-on faire confiance aux étiquettes halal ?
C’est tout le débat. On sait que le consommateur veut un label halal, dans 92 % des cas, et qu’il veut qu’un organisme le certifie. Il y a quatre principaux organismes par lesquels transitent les certifications. On peut légitimement se dire qu’en mutualisant leurs moyens on pourrait arriver à un label unique avec une charte la plus claire possible qui réponde aux attentes des consommateurs et aux préceptes de l’Islam. Il n’y a qu’un label rouge, qu’un label agriculture biologique, c’est ce qui rassure le consommateur. L’absence de label unique halal peut être un frein au marché. Le consommateur peut se demander à quel organisme se fier. Sinon il y aura toujours un doute. Il faut la police mais aussi la police des polices. C’est comme cela que les choses fonctionnent.
Quels sont les enjeux économiques de la certification ?
En France, il y a une carte à jouer sur le marché du halal. La France est très bien armée par rapport à la compétition internationale compte tenu de son marché domestique important et de son expérience acquise. Le marché international peut être très intéressant surtout si l’on rajoute une surcouche de label qualité made in France. Cela peut passer aussi par un label européen.

  • REPÈRES

Halal: désigne ce qui est permis pour le musulman. Haram désigne ce qui est interdit pour le musulman. Ces deux notions s’appliquent notamment dans le domaine alimentaire.
Viande halal: pour qu’une viande soit halal, il ne faut pas que la bête souffre pendant son abattage. La bête doit être égorgée, selon le rite islamique. Les définitions peuvent connaître des variantes, mais en général il est dit que ce rite impose d’abord que la bête soit égorgée consciente et non étourdie, avec une lame très tranchante. Il ne faut que sectionner l’œsophage et les deux veines jugulaires. Le sacrificateur qui doit être en principe musulman doit prononcer des paroles sacrées pendant l’acte. Pour pratiquement tout le monde, la bête doit être orientée vers la Mecque.
Certification halal: elle n’a pas de définition juridique. Difficile d’attaquer ceux qui apposent indûment des étiquettes halal sur leurs produits.
Marché du halal: il devrait représenter 5,5 millions d’euros en 2010. On estime à cinq millions le nombre de «consommateurs de culture musulmane» en France. (Source Solis)

http://www.lunion.presse.fr/

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