Hypers / Tout sous le même toit
Cinq mètres de vitrines réfrigérées avec des saucisses, du jambon de dinde ou du poulet estampillés halal.En 2010, cette partie du rayon boucherie de l’hypermarché Leclerc de Champfleury ne choque plus personne.
C’est l’illustration de la conversion opérée ces dernières années par les grandes surfaces alimentaires et leurs fournisseurs.
Elle répond tout simplement à l’intangible logique du commerce. «L’offre s’élargit et la demande se développe.On est là tout simplement pour vendre les produits qui se vendent. Et en bons commerçants, on ne peut donc pas rester à côté de ce marché», souligne Jean-Paul Pageau, patron des Leclerc rémois et de la centrale du Nord Est Scapest. L’enseigne se targue en plus d’être moins chère que les commerces de quartiers traditionnels. Les clients ont donc pris leurs habitudes en hyper où ils trouvent désormais tout le halal sous le même toit et au bon prix.
Le concurrent Carrefour se positionne lui aussi sur ce nouveau marché. Les hypers de l’enseigne ont entre 100 et 300 produits halal dans leurs rayons épicerie et entre 20 et 45 références en boucherie.Pour le ramadan, le groupe a même dopé ses approvisionnements et imprimé un catalogue spécifique «Mille et une saveurs».
Comme l’a déjà fait Casino, Carrefour travaille même à créer sa propre gamme de produits halal. Selon le site al-kanz, cette sœur des Carrefour Discount et Reflets de France pourrait se prénommer Sabrina…
Réponse de la mosquée d’Evry: «On n’a rien à cacher»
La mosquée d’Evry-Courcourronnes fait partie des organismes dont les certifications sont critiquées. En réponse, son « coordinateur social et administratif », Ali Sedouki, a expliqué le processus pratiqué à Evry. « Quand un abattoir veut recevoir notre certification halal, on demande à ce qu’une association musulmane ou une mosquée des alentours nous recommande un sacrificateur. Ce doit être une bonne personne et un pratiquant. Ensuite, nous lui remettons une carte. Après, nous allons visiter l’abattoir et ses installations. On discute avec les musulmans pratiquants qui travaillent sur place et nous leur demandons s’ils veulent accepter le rôle de contrôleur. Enfin, nous signons une convention avec le patron de l’abattoir. Un article précise bien qu’il faut laisser le champ libre au contrôleur. Lorsque le contrôleur voit quelque chose qui ne va pas, il la refuse et m’appelle à la mosquée d’Evry. » La mosquée et le patron s’étendent aussi sur le paiement d’une somme forfaitaire annuelle associée à cette certification. Quels sont les montants ? « Ce n’est pas grand-chose on ne veut pas que cela pèse sur les prix ».
Que pense M. Sedouki du débat sur les certifications ? « Je ne vais pas dire qu’on est mieux que tout le monde. C’est au consommateur de juger. Et pour cela il faut qu’il s’informe. On met nos coordonnées sur les étiquettes et on répond au téléphone, sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On n’a rien à cacher. »
Le responsable de la mosquée de Paris n’était pas disponible au moment de notre enquête pour répondre à nos questions.
Le CRCM / Une règle du jeu
Plus mesuré dans ses propos, Mohamed Iboudaaten, président du conseil régional du culte musulman de Champagne-Ardenne, est également critique en matière de certification halal et regrette amèrement qu’elle ne soit pas «définie juridiquement» et mal encadrée. «On peut légitimement se demander si ceux qui accordent des certifications disposent d’un nombre de contrôleurs suffisants.» Ce qui arrangerait les entrepreneurs. «Aujourd’hui, ils peuvent se dire, j’ai des étiquettes, je m’en sers comme je veux, pourquoi irai-je chercher un organisme de contrôle qui me cassera les pieds? Le consommateur, lui, est perdu, il ne sait à quel saint se vouer.»
Membre de la commission halal du CFCM, il prône «une règle du jeu commune à tous».
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