Archive for septembre, 2010

Méfiance biologique : Naissance de l’islamophobie neuroscientifique

par Pierre Tevanian, 

Un rassemblement contre la loi anti-burqa, auquel appellent notamment le Collectif Les mots sont importants et plusieurs associations féministes, aura lieu lundi 13 septembre 2010 à Paris. Le texte qui suit revient sur ladite burqa, ou plutôt sur le délire non seulement juridico-politique mais aussi intellectuel et théorique qu’elle suscite.

« Derrière ses pauvres rayban je vois pas ses yeux et ça m’énerve

Si ça se trouve il me regarde, faut qu’il arrête sinon je le crève »

Renaud, Marche à l’ombre (1980)

Il en va ainsi de tous les « corps d’exception » : Juif, Arabe, Noir, homosexuel, prostituée, etc. On les reconnaît, entre autres signes particuliers, au fait qu’ils suscitent une exceptionnelle éloquence, qui n’a d’égale que le silence qui leur est imposé. Un droit à l’exégèse savante (et, accessoirement, au jugement moral) est en somme délivré, les concernant, à absolument tout le monde – entendons nous : à tout le vrai monde, à toute l’humanité authentiquement et pleinement humaine, c’est-à-dire à tout ce qui est masculin, blanc, hétérosexuel ou un peu argenté (ou mieux encore : tout cela à la fois). Moyennant quoi nous assistons depuis plusieurs années à une floraison d’envolées voilologiques tous azimuts nous expliquant le sens du voile (évidemment inaccessible aux simplettes qui le portent) et sa valeur morale et politique (assez invariablement nulle ou négative). Lyrisme juleferryste, pathos afghanisant, féminisme couillu, didactisme fourestien, rêveries orientalistes, comique troupier [1], haine célinienne cèdent parfois la place à des discours à prétention scientifique, fondant le mépris, la suspicion et le rejet dont font l’objet les femmes « voilées » sur d’hypothétiques acquis de l’anthropologie, de la sociologie ou de la psychiatrie. Mais il manquait les neurosciences ! Il suffisait d’attendre : le silence coupable des neurologues vient d’être rompu, et au vu résultat, ça valait le coup d’attendre…

Comment un pan aussi crucial, innovant, incontournable de la recherche scientifique pouvait-il se maintenir à l’écart d’un « débat » tellement fondamental ? Comment une « science dure » qui a pour objet le cerveau humain pouvait-elle n’avoir pas « son mot à dire » en cette matière où, répétons-le, tout un chacun est généreusement invité à l’avoir, son mot, et à le dire ? C’est aux pages « Rebonds » de Libération, toujours à la pointe des tendances les plus tendance de la voilophobie distinguée, littéraire et scientifique  [2], que nous devons la remarquable entrée en scène costumée – blouse blanche versus foulard islamique – d’une science dure qui a tant de choses à nous dire. On pouvait en effet y lire, le 12 août dernier, la très savante tribune d’un certain Laurent Cohen, professeur de neurologie exerçant à l’hôpital de la Salpêtrière, et comme on pouvait le supputer, le résultat est, disons, édifiant…

Résumé des épisodes précédents

Une telle contribution mérite, pour en mesurer la portée, d’être inscrite dans un contexte. Un contexte politique fait de stigmatisation quotidienne, d’offensives idéologiques et de coups de force législatifs mais aussi – j’insiste parce que l’un ne va jamais sans l’autre – d’une prolifération de discours pseudo-savants, piochant dans le patrimoine culturel le plus prestigieux afin de fonder en raison la plus déraisonnable et la plus sordide des violences sociales et politiques.

Ce n’est en vérité pas d’aujourd’hui que des discours aussi légitimes que les discours théologiques, philosophiques ou scientifiques viennent – précisément – légitimer les options politiques les plus illégitimes, en particulier le sexisme, l’homophobie ou le racisme. Aussi bien d’ailleurs les sciences de la nature que les sciences humaines :

- il fut un temps (et déjà les valeureux pionniers étaient français, un certain Paul Broca pour ne pas le nommer, et un certain Georges Vacher de Lapouge) où la mesure des crânes (judicieusement baptisée « crâniologie », « anthropométrie » ou « anatomie comparée »), servait à établir une évidente supériorité de la race blanche sur les races noires, jaunes ou « grises »  [3] ;

- près d’un siècle plus tard, en 1994, deux psychologues américains (Richard Herrnstein et Charles Murray) mobilisaient des résultats de tests de Q.I. pour ré-établir à peu près la même hiérarchie, bêtement remise en cause par quelques décennies de travaux scientifiques, de réflexions philosophiques et de luttes politiques (le résultat fut un best seller intitulé The Bell Curve, fort complaisamment promu dans les grands médias américains)  [4] ;

- entre-temps, dans le cadre du régime de Vichy, le docteur René Martial s’était occupé d’« anthropologie biologique des races », tandis que son éminent collègue Georges Montandon fondait la L’Ethnie française. Revue mensuelle de doctrine ethnoraciale et de vulgarisation scientifique, et que le célèbre Prix Nobel de physiologie et de médecine Alexis Carrel créait la « Fondation pour l’étude des problèmes humains », apportant une assise théorique à des projets « eugénistes » de sélection des « races » et de stérilisation des « attardés » et autres « tarés » (sic)  [5] ;

- l’expert gouvernemental es-populations allogènes qui s’imposa après la Libération fut Georges Mauco, qui délaissait l’approche biologiste pour puiser plutôt dans les enseignements de l’histoire et de la psychanalyse, mais sans aboutir à des conclusions plus humanistes… ni plus scientifiques (jugez plutôt : « Les Arméniens vivent depuis des générations dans une situation infériorisée et chroniquement terrorisés. Par là s’est façonnée, sauf exceptions individuelles, une âme adaptée à la contrainte, où le caractère le cède à l’obséquiosité sournoise (…) Santé physique et psychique, moralité et caractère sont également diminués [chez les Juifs]. (…) Là encore, on a des âmes façonnées par les longues humiliations d’un état servile, où la haine refoulée se masque sous l’obséquiosité. (…) Cette altération du caractère est le produit non seulement de l’éducation et du milieu sur l’individu, mais en partie de l’hérédité. La psychologie moderne – et spécialement la psychanalyse – a montré que ces traits, transmis avec l’influence des parents dès les premières années de l’enfant, modifiaient l’inconscient même du sujet et ne pouvaient être résorbés qu’après plusieurs générations soumises à des conditions satisfaisantes et échappant complètement à l’influence du milieu héréditaire. »)  [6] ;

- le même Georges Mauco est aussi resté célèbre pour avoir chiffré (à la décimale près !) le coefficient d’« assimilabilité » des immigrés, établissant ainsi que, par rapport à un référentiel évidemment incarné par le bon ouvrier français, noté 10/10, les Belges obtenaient 9/10, les Suisses 8,5/10 et les Italiens 7,3/10, suivis par les Espagnols (6,5/10), les Polonais (6,4/10) et les Arméniens (6,3/10), sans oublier bien entendu « les Arabes », bons derniers avec un misérable 2,9/10  [7] ;

- pendant les années 1970, dans l’article « Migrants » de l’Encyclopédia Universalis, le démographe Alain Girard, connu pour avoir inventé le très pseudo-scientifique concept de « seuil de tolérance » [8], nous expliquait quant à lui que « par sa manière d’être et de se sentir, la plus profonde, un étranger est différent », que « cet “autre” frappe d’abord par son altérité sinon son étrangeté », et qu’ il est donc « naturel de manifester de la réserve à son endroit » (mieux que ça : « Il est naturel, il est normal, il faut le répéter, c’est un réflexe de santé, qu’un groupe ou un peuple comme un individu ne se laisse pas pénétrer par l’extérieur sans contrôle. Il y va de son identité, de son sentiment d’appartenance à un destin et d’attachement à des valeurs intériorisées et communes à tous. »)  [9] ;

- les sciences humaines furent aussi mises à contribution pour bâtir un volumineux corpus d’« anthropologie coloniale », justifiant la tutelle française en repérant dans « la culture indigène » un vaste ensemble de carences auxquelles, miraculeusement, le génie particulier des puissances européennes apparaissait comme l’adéquat palliatif  [10] ;

- la psychanalyse a aussi eu « son mot à dire », et un certain Octave Mannoni nous a par exemple expliqué que la colonisation supposait une « colonisabilité » psychique, c’est-à-dire une carence intrinsèque aux peuples colonisés (et non pas, comme on aurait pu naïvement le supposer, une simple infériorité militaire)  [11] ;

- Mannoni semble avoir été plutôt un « colon de gauche », mais il existe aussi une version droitière et hardcore de la psychanalyse raciste : de sympathiques lacaniens de gauche croisés un jour m’avaient parlé (mais je n’en sais pas plus) d’une production théorique proprement abjecte apportant au nationalisme « épurateur » de Slobodan Milosevic un fondement freudien en expliquant, grosso modo, que les Serbes avaient sur les Croates l’avantage d’avoir « réglé leur Œdipe », tandis que dans les bas-fonds, les « musulmans » (Bosniaques ou Kosovars) n’en étaient encore qu’au « stade anal » (on aura reconnu ici une élégante sublimation du registre scato-raciste homophobe dont la version « populaire » se trouve, entre autres, dans les diatribes d’Oriana Fallacci sur ces masses « grouillantes » de « fils d’Allah » qui « passent leur temps le cul en l’air à prier cinq fois par jour », ou dans les caricatures du hollandais Gregorius Nekschot, dont l’une des figures de prédilection est celle du Prophète ou de l’imam sodomisant tout ce qui lui passe sous la main : une fillette voilée, Anne Frank ou une chèvre  [12] ) ;

- plus récemment encore, l’incontournable Élisabeth Roudinesco mobilisait le lexique psychanalytique pour pathologiser les écolières françaises qui portent le foulard (le voile, « étouffoir de l’altérité », manifestation d’un désir de « toute-puissance » et d’un « désespoir de masse ») et conclure à la nécessité de les exclure (singulière façon, peu freudienne en vérité, de traiter un désespoir de masse)  [13], tandis qu’un autre psychanalyste, Daniel Sibony, s’autorisait les « associations libres » les plus cavalières pour comparer l’écolière voilée à un mari violent, et son exclusion à une saine réaction de défense de « la France », identifiée par notre psy à la femme abusée (citation : « On connaît l’histoire vraie, devenue blague, où une Française se fait draguer par un Arabe, atmosphère plutôt sympa, mais au dernier moment elle ne veut plus coucher avec, elle n’est pas amoureuse, et il lui lance : “ tu es raciste !” (…) Or, ce qui s’est passé entre la France et l’Islam, c’est qu’ “elle” a accepté de coucher avec “lui”, qu’au fond ce n’était pas si désagréable mais qu’après, il l’a mise enceinte, puis il l’a forcé à l’épouser, il la serre de près… Et à un moment, elle veut dire stop, et même revenir un peu sur ce qu’elle a donné. C’est le sens de cette “fermeté sur le voile” soudain revenue. » [14]) ;

- le même Daniel Sibony s’illustrait au même moment avec une fumeuse « psychanalyse du conflit israélo-palestinien » qui, par l’évitement de l’analyse géo-politique et socio-historique, permettait opportunément d’innocenter Israël et de pathologiser – ou infantiliser – le peuple palestinien  [15] ;

- quant à l’homophobie psychanalytique, elle a connu son heure de gloire à l’occasion des débats sur le PACS et l’homoparentalité, avec des auteurs comme Pierre Legendre, Jean-Pierre Winter, Michel Schneider ou Tony Anatrella  [16].

Avant d’en venir à Laurent Cohen et à sa précieuse contribution au « débat sur la burqa »  [17], on me permettra une dernière parenthèse, rendue nécessaire par la récente opération Onfray  [18] : il importe de préciser que la psychanalyse n’est pas plus réductible à ses instrumentalisations racistes ou hétérosexistes que l’anthropologie n’est réductible à sa part coloniale, et que les outils théoriques forgés par Freud peuvent même s’avérer fort utiles dès lors qu’on s’attache moins à psychanalyser « l’homosexualité » ou « l’homosexuel » que l’homophobie, et moins les peuples, les races et les cultures que les racistes et les culturalistes.

Soyons juste : la tribune de Laurent Cohen n’est pas une pure opération de propagande et ne va pas aussi loin dans ses conclusions que les auteur-e-s cité-e-s plus haut. Le neurologue, plus proche en cela d’un Mannoni que d’un Sibony ou d’une Roudinesco, oscille en fait, nous allons le voir, entre deux logiques antagonistes : tantôt rivé à ses convictions humanistes (notamment la tolérance) et à ses exigences scientifiques (notamment ce principe fondamental selon lequel une vérité scientifique n’a pas à nous dicter nos choix éthiques et politiques), tantôt emporté – par l’air du temps, sans doute – vers de tous autres horizons. Mais lesdits horizons sont suffisamment menaçants pour qu’on s’y attarde et qu’on s’en alarme.

Les neurosciences entrent en scène

La tribune du professeur Cohen s’ouvre sur une amusante lapalissade :

« La chaleur du débat sur la burqa nous dit une chose sûre : la question n’est indifférente à personne. »

Sauf qu’à la réflexion, ladite lapalissade n’en est pas une, et elle n’est pas si amusante :

- d’abord parce que le mot « débat » traduit assez mal le matraquage quasi-hégémonique d’une thèse unique, formulée par le président Sarkozy en personne (« la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la république française ») et déclinée ad nauseam par à peu près toutes les voix autorisées ;

- ensuite parce que le mot « chaleur » est une manière fort complaisante de présenter la haine, la bêtise et la méchanceté de ce monologue prohibitionniste, qui charrie une bonne trentaine de sophismes et de contradictions ;

- enfin et surtout parce que la focalisation des microcosmes politiques et éditocratiques sur un « débat » n’indique en rien que ledit débat passionne spécialement les masses – et qu’il est en l’occurrence fort probable que la présence en France de quelques centaines de femmes portant le niqab est à peu près le cadet des soucis d’une foule de gens  [19].

La suite, elle aussi, paraît incontestable :

« La raison en est peut-être que le visage, avant d’être un objet de culture, est un objet de nature, et que la nature humaine est la chose la mieux partagée, sous tous les vêtements, toutes les peaux, toutes les opinions et croyances. »

Sauf, là encore, qu’un petit mot d’apparence anodine, le mot « avant », est lourd d’équivoques :

- signifie-t-il que par définition, l’inné vient chronologiquement avant l’acquis, auquel cas on ne peut qu’acquiescer mais en se demandant tout de même l’intérêt d’un tel truisme ?

- ou signifie-t-il que la nature prime sur la culture, aussi bien pour rendre raison de la forme et des mouvements de notre propre visage que pour comprendre comment nous appréhendons le visage d’autrui, auquel cas on n’acquiesce plus du tout, tant il est évident (et ce sont pour le coup les sciences humaines qui ont su travailler cette évidence, de Maurice Merleau-Ponty à Marcel Mauss) que le visage et sa perception sont, comme l’ensemble du corps, imprégnés voire saturés de culture  [20] ?

Mais des sciences sociales il ne sera jamais question dans la tribune de Laurent Cohen, qui ne prend à aucun moment le temps de situer la neurologie dans le champ plus large des sciences qui auraient « quelque chose à nous dire » en la matière :

« Or, depuis quelques années, les neurosciences ont trouvé dans le visage un fascinant objet d’étude. Pour nous qui sommes une espèce sociale, qui vivons toujours entourés de milliers de congénères, la capacité d’analyser les riches messages portés par les visages est extraordinairement importante. Ces sciences cherchent à comprendre comment, dans notre cerveau, à la simple vue du visage d’autrui, s’éveille une profusion de savoirs, d’émotions, de souvenirs, d’intentions. »

Certes, donc. Mais voyons lesquels :

« Le cerveau dispose d’une panoplie de mécanismes dédiés à la lecture des visages (…) Pour comprendre les mécanismes de ce système (…), les neurosciences disposent d’une panoplie de méthodes, de l’enregistrement électrique de neurones uniques chez le singe (lui aussi reconnaît les visages) à l’imagerie fonctionnelle qui permet, chez l’homme, de suivre dans les activations cérébrales. Mais un visage nous dit bien d’autres choses, mettant en jeu d’autres circuits cérébraux. Si vous êtes face à moi, et que mon regard se porte vers la gauche parce que je m’aperçois qu’une voiture fonce vers nous, vous allez détecter ce déplacement de mon regard et votre attention va être attirée de façon irrépressible dans cette même direction, ce qui vous permettra de voir et d’éviter le danger. Ce mécanisme, qui apparaît chez les bébés dès 6 mois, permet de faire partager l’orientation de notre attention et de mettre ainsi en commun le contenu même de nos pensées. Mais vous allez aussi lire sur mon visage la terreur que je ressens à la vue du bolide, autre renseignement utile. À mon air terrifié, vous allez pressentir une menace, vous mettre en état d’alerte. Votre cœur et votre souffle vont s’accélérer pour faciliter votre fuite. Ce système de détection de la peur, qui met en jeu des régions archaïques du cerveau, peut même fonctionner de façon inconsciente, devant un visage aperçu si brièvement que nous n’en avons pas conscience, mais qui suffit à nous alerter. Ce n’est pas tout. Dans un lieu bruyant, les mouvements des lèvres de notre interlocuteur vont directement agir sur notre système auditif et nous aider à reconnaître les mots qu’il prononce. »

Certes, là encore ! Mais ces enseignements ne me semblent pas d’une nouveauté bouleversante, et nous avons même toutes et tous pu les expérimenter sans recourir ni à l’imagerie fonctionnelle ni à l’enregistrement électrique des neurones du singe. Poursuivons néanmoins, avec cette question que pose à brûle-pourpoint le neurologue et qui restera sans réponse – et cette prudence est tout à l’honneur de notre homme de science, manifestement redevenu conscient des limites de sa discipline :

« Et pourquoi trouvons-nous certains visages plus attirants que d’autres ? »

La question suivante est plus déconcertante, car elle affirme implicitement un « fait » suffisamment surprenant pour mériter d’être étayé :

« Comment les hommes lisent-ils sur le visage des femmes, sans même en avoir conscience, la période de leur cycle menstruel ? »

Mais là encore, passons, puisque tel n’est pas l’objet principal de notre neurologue qui nous a promis, rappelons-le, un éclairage neuroscientifique nouveau et intéressant sur « la burqa » – et justement, nous y arrivons :

« Identité, regard, émotion, parole, beauté, attention et intention, sont déchiffrés sans relâche par notre machinerie cérébrale : impossible de ne voir dans le visage qui nous fait face qu’un objet de chair sans signification. Encore n’ai-je parlé que de la perception des visages, mais notre propre visage ne cesse de projeter en retour le même flot d’informations. Il y a là ce qu’on pourrait appeler une “confiance biologique”, une activité cérébrale incessante qui fait que chacun se dévoile par son visage, et reçoit en retour ce que l’autre dévoile de lui-même, une confiance qui permet un échange social équilibré. »

Si vous commencez à vous sentir un peu mal, c’est que vous êtes comme moi : qu’est-ce que c’est que ce concept de « confiance biologique », et où notre neurologue veut-il en venir ?

« L’éclairage biologique » et ses limites

Je parlais tout à l’heure d’un texte hybride, soufflant le chaud et le froid, l’esprit de la science et l’air du temps, l’humanisme et la malveillance – et de fait, la suite du texte est plutôt rassurante :

« Ici s’arrêtent les faits de science. Eclairent-ils en rien la question de la burqa ? Au minimum, ils nous aident à cerner ce qui nous manque lorsque notre interlocuteur nous dérobe son visage. La symétrie de la “confiance biologique” est aussitôt rompue ; vous vous livrez et il se cache ; vous ne connaissez ni son identité, ni ses émotions, ni ses intentions. Au pire, il se présente comme un prédateur camouflé, qui voit sans être vu. Potentiellement menacé, vous pouvez attribuer injustement à la figure masquée les pires intentions. Faute d’information, votre cerveau social tourne en roue libre et rien ne vient rectifier vos fantasmes. »

On appréciera, notamment, le souci de séparer l’ordre de la vérité scientifique et celui du choix éthique et politique. On appréciera aussi ce petit mot, « injustement », qui vient nous rappeler qu’expliquer un mécanisme psychique comme la voilophobie ne revient pas – et ne nous oblige pas – à le justifier. On regrettera simplement qu’un jugement moral implicite est délivré dans le même temps à travers les expressions « confiance biologique » et « échange social équilibré », qui tendent sinon à justifier pleinement, du moins à excuser les fantasmes paranoïaques dont font l’objet les femmes en « burqa », en faisant de cette paranoïa et de ses éventuelles manifestations (regards hostiles, injures, agressions, exclusions) une réaction naturelle – donc inévitable – contre un péché originel commis par ladite « femme en burqa » : la rupture du « contrat de confiance biologique », l’imposition d’un « échange social déséquilibré ».

On regrettera que ce petit mot bienvenu – « injustement » – n’ait pas plutôt ouvert pour notre neurologue un questionnement qui, dans le contexte socio-historique bien particulier qui est le nôtre, n’aurait pas été superflu :

- n’est-on pas aujourd’hui, précisément, dans ce type d’imputation abusive et injuste lorsque, sans discontinuer depuis des mois, une meute de politiciens, d’éditorialistes et d’intellectuels médiatiques attribue aux « femmes en burqa », de manière aussi catégorique qu’expéditive (et sans naturellement prendre la peine d’aller leur parler), les tares et les vices les plus abominables, faisant d’elles tantôt des demeurées, des aliénées ou des « grandes malades » [21], tantôt une cinquième colonne de « soldates du fascisme vert » [22] ?

- et pour comprendre pourquoi la possibilité d’attribuer injustement à autrui les pires intentions reste une pure possibilité dans la plupart des cas et se concrétise en de plus rares occasions dans un procès d’intention bien réel (et dans des « réponses » agressives), ne serait-il pas opportun de délaisser momentanément l’imagerie fonctionnelle et l’enregistrement électrique des neurones de singe, et de prendre en compte « la culture », et plus précisément la construction sociale du regard ?

Les sciences humaines n’ont-elle pas, en la matière, « quelque chose à dire » aux neurosciences ?  [23] Que nenni, nous dit Laurent Cohen : « l’éclairage biologique » s’autosuffit. À lui seul, il nous aide à « comprendre » la fureur éradicatrice qui s’est emparée de nos élites politiques et médiatiques – pudiquement rebaptisée « problème » :

« Peut-être comprend-on mieux ainsi que la dissimulation complète du visage “pose problème”, avant même que ne soient formulées les questions morales, sociales, religieuses, légales qui sont en jeu. »

Notre petit mot équivoque – « avant » – fait donc retour, et l’équivoque est cette fois-ci levée, mais ce n’est hélas pas dans le sens le plus réjouissant : pour notre neurologue, la focalisation, la dramatisation et les logiques d’exclusion auxquelles nous assistons autour de « la burqa » peuvent être analysées comme un phénomène strictement biologique, antérieur – et par conséquent indépendant – de toute « question sociale ». Il me semble au contraire, pour ma part, que les questions sociales existent en amont dudit « problème » de « la burqa », et que ce sont même elles qui le construisent : pourquoi, sinon, les Rayban, les lunettes de soleil oversized ou les masques de Mickey n’ont-ils jamais suscité de « débats passionnés », de missions parlementaires et de lois d’exception ? Pourquoi, plus simplement, le besoin de « confiance biologique » et d’« échange social équilibré » avec les « femmes en burqa » s’est-il manifesté aujourd’hui, en 2009-2010, et pas auparavant ? Pourquoi en France et pas dans tous les pays ? Pourquoi dans certaines classes sociales (en gros les plus élevées) et pas dans toutes ?

Laurent Cohen ne se pose pas ces questions, mais il nuance malgré tout son propos en réintroduisant dès la phrase suivante – là encore momentanément, hélas – le souci épistémologique de séparer l’ordre de la nature et celui de la culture, l’ordre de la science et l’ordre éthico-politique, et en s’inscrivant fort opportunément dans un référentiel éthique humaniste, libéral et démocratique :

« En revanche, cet éclairage biologique n’implique aucun jugement moral ni aucune proscription légale. Rien de plus normal que de garder le contrôle de ce que divulgue notre visage. Identité, émotions, regard, sont le matériau brut des interactions sociales, mais dans le cours de ces interactions l’essentiel est le jeu subtil selon lequel ces informations sont délivrées ou retenues. Pour séduire, il convient parfois de dissimuler l’attirance que l’on ressent ; pour dominer, il faut cacher sa peur ; la politesse exige qu’on simule un intérêt de façade. Bref, chacun ne peut-il disposer librement des indices qu’il offre sur lui-même ? De plus, mettre en lumière les fondations biologiques de nos représentations du visage ne dévalorise en rien les variations culturelles élaborées sur ces fondations mêmes. Modes, rites, conventions de la pudeur, canons de la beauté, bonnes manières, pourquoi condamner certains de ces usages plus que d’autres ? »

Nous évitons donc le pire : un pur et simple biologisme, qui fonderait sur une pseudo-vérité scientifique la nécessité de stigmatiser et exclure par la loi. Laurent Cohen laisse même entendre, du bout des lèvres, qu’il n’approuve pas forcément la loi répressive qui est sur le point d’être adoptée :

« Admettons donc qu’aucune interdiction ne doive frapper le masque en tant que tel. Pour autant, il donnera lieu à des prohibitions découlant de principes généraux de la vie dans notre société. Aucun masque (ni rien d’autre) ne doit être imposé à une femme (ou à un homme) contre son gré, aucun masque dès que la sécurité publique est en jeu, etc. Tout ceci ne requiert peut-être aucun appareil législatif ad hoc. »

Je dis qu’il désapprouve la loi « du bout des lèvres » parce que, là où le fil de son propre raisonnement aurait dû l’amener à conclure de manière catégorique à son illégitimité, il se contente de la concéder (« admettons ») et prend même garde de la modaliser (« peut-être », un « peut-être » cruellement absent auparavant, dans toutes les assertions concernant « la burqa » et ses effets « biologiques » sur le cerveau humain), comme si ce refus de la prohibition était au fond une position adverse à la sienne – comme si, en tout cas, quelque chose en lui résistait à ce positionnement libéral.

Qu’on m’autorise donc, à mon tour, une minute de psychologie sauvage. Je ne la consacrerai pas aux femmes voilées – qui ont déjà donné – ni aux malheureux passants en manque de « confiance biologique », mais au professeur Cohen en personne, et en paraphrasant Victor Hugo [24], je dirai que la tribune gyrovague du professeur Cohen, tantôt rigoureuse tantôt frivole, tantôt embarrassée tantôt décomplexée, exprime une violente « tempête sous un crâne ». Une tempête qui se déchaîne sans doute à l’insu de l’intéressé, un peu comme ces hommes qui, paraît-il, détectent sans le savoir les cycles menstruels des femmes qu’ils croisent ! Tout se passe en effet comme si l’homme de science en lui s’efforçait d’éviter l’extrapolation et le mélange des genres (laissons au neurosciences ce qui est de leur compétence, et laissons aux citoyen-ne-s la responsabilité de leurs jugements éthiques et politiques) et comme si l’humaniste en lui appelait à la tolérance (respectons les différents usages socio-culturels, même s’ils nous choquent, du moment qu’il ne sont pas imposés par la violence) pendant que, d’un autre côté, le consommateur d’éditoriaux et le candidat à l’entrée dans les pages « Rebonds », manifestement en lui, eux aussi, ne pouvait s’empêcher de chercher malgré tout des raisons de s’en prendre aux femmes en niqab.

Une étrange leçon de « civilité »

Et c’est malheureusement cette part-là, la plus mauvaise (tant du point de vue scientifique que du point de vue éthique), qui prend finalement le dessus – et qui constitue même au sens propre le dernier mot de notre tribune neuro-sciento-éthico-politique :

« Pour conclure, une autre réponse au port d’un masque pourrait être celle de la civilité, fluide vital de la vie commune. Quand un de mes semblables s’adresse à moi de sous un masque opaque, hors des usages communs, il me signifie le refus de sa confiance. Digne de voir mon visage, il ne me fait pas l’aumône du sien. Sans loi, sans violence, en vérité pour refuser la violence, je suis libre de tourner les talons. »

En somme, après avoir clairement affirmé que son savoir scientifique ne pouvait édicter aucune option éthique ou politique, Laurent Cohen ne peut s’empêcher d’en édicter une, et pas la plus bienveillante – et il l’édicte sans vraiment enlever sa blouse blanche, puisqu’il s’autorise de la « vérité » pour présenter sa muflerie (« tourner les talons », y compris lorsque la femme en burqa « s’adresse » à lui) comme l’attitude la plus « civile », comme le meilleur « fluide vital de la vie commune », et même comme la seule alternative à la violence !

Que cette muflerie apparaisse à notre neurologue comme le nec plus ultra de la « civilité » (que le dictionnaire définit, rappelons-le, comme « l’observation des bonnes manières dans un groupe social », en renvoyant vers des termes comme « courtoisie », « politesse », « affabilité » et « amabilité »), que la violence que constitue le fait de « tourner les talons » de manière pavlovienne devant chaque « femme en burqa » (une violence certes tempérée à côté des regards, des paroles ou des gestes haineux qui tendent à se banaliser, mais une violence tout de même) soit pour lui rien de moins que l’alternative à la violence, que sa posture psychorigide lui paraisse si « fluide », en dit long non pas tant sur la personne de Laurent Cohen que sur l’époque. Serait-il devenu à ce point utopique, dans la France de 2010, d’imaginer d’autres mondes possibles, d’autres fonctionnements psychiques, d’autres décodages de « la burqa » et / ou d’autres comportements à l’égard des femmes qui la portent ?

Serait-il devenu impensable, lorsqu’on croise une femme dont la tenue nous déconcerte, nous choque éventuellement, nous vexe ou titille nos neurones en nous dissimulant son visage, d’avoir une autre réaction ? Notre horizon éthique indépassable est-il désormais, face à ces femmes, de partir « en roue libre » (ce sont les mots que le neurologue emploie lui-même plus haut) dans le « fantasme » (ce sont encore ses mots) et d’« attribuer injustement à la figure masquée les pires intentions » (ce sont toujours ses mots) ? Faut-il donc communier avec le plus grand sérieux et en toute bonne conscience dans ce que Renaud a naguère présenté, dans une chanson célèbre, comme une paranoïa comique ? Devons-nous, comme le « chanteur énervé »  [25] face au « petit Rocky barjot » et ses « pauvres rayban », entonner à l’encontre des « femmes en burqa » le célèbre refrain vengeur :

« Je lui ai dit toi tu me fous les glandes, et t’as rien à faire dans mon monde,

Arrache toi de là t’es pas de ma bande, casse-toi tu pues et marche à l’ombre » ?

Car c’est bien là, j’en ai bien peur, que nous sommes rendus. La « femme en burqa » est-elle à ce point déshumanisée ? Est-il vraiment devenu impossible, quand bien même nous serions « biologiquement » déstabilisés par l’absence d’« informations » sur « son identité, ses émotions et ses intentions », de faire avec elle ce que tout être humain apprend tant bien que mal à faire depuis l’enfance face à l’altérité d’autrui et à son caractère éventuellement déconcertant voire angoissant : prendre sur soi, laisser courir, ou laisser à cette femme le bénéfice du doute, en se disant par exemple que nous n’avons peut-être pas la science infuse, que nous n’avons peut-être pas raison de la croire hostile, hautaine ou « avare » d’elle-même, qu’elle a peut-être des raisons autres, bonnes ou mauvaises, compréhensibles ou incompréhensibles, en un mot les siennes, de dissimuler son visage ?

Et quand bien même cette dissimulation nous apparaîtrait comme une marque de défiance, quand bien même nous serions persuadés qu’objectivement nous sommes offensés, serait-il impossible de se dire que ladite « femme en burqa » n’en a du moins pas eu l’intention, ou qu’elle a des raisons propres et compréhensibles – c’est-à-dire des raisons que nous pourrions comprendre si nous les connaissions – d’être devenue si « méfiante », n’est-il pas possible en tout cas de lui renvoyer autre chose que cette sinistre « loi du Talion » : tu ne me fais pas « l’aumône de ton visage » donc je refuse toute interaction avec toi, tu me snobes donc je boude, je ne vois que tes yeux donc tu ne verras que mes talons ?

Répétons-le : la vie nous donne mille occasions de rencontrer chez autrui une réserve que nous interprétons à tort ou à raison comme une méfiance et qui nous déconcerte, nous vexe ou nous blesse, et nous savons d’expérience que la loi du Talion que propose Laurent Cohen est loin d’être la seule option possible – et certainement pas la plus « civile ». Nous pouvons également prendre sur nous ou laisser courir mais aussi comprendre ou tenter de comprendre, nous pouvons entrer en interaction malgré tout, par exemple parler afin de dissiper le malentendu ou de gagner la confiance que l’autre a commencé par nous refuser, etc [26]. L’autre est, par définition, autre, et si son visage peut à l’occasion « nous envoyer » des « signes » et des « informations » rassurantes  [27], l’intersubjectivité ne s’est jamais réduite, chez l’être humain, à un échange de signes visuels : il existe aussi, dans la civilisation humaine, cette chose plutôt importante qui s’appelle la parole.

La prudence, le doute (sur soi et sur son pouvoir de « décrypter » autrui), la bienveillance, la parole : tout cela, et bien d’autres choses encore qui font la richesse et la « fluidité » d’une « civilité » digne de ce nom, est singulièrement absent de l’abrupte conclusion de notre neurologue. Ses appels à la modération prennent dès lors une signification très particulière : ils ne s’adressent qu’au législateur, tandis que la société civile est au contraire invitée à condamner moralement les « femmes en burqa » (en tant qu’elles rompent un indispensable contrat de « confiance biologique » et empêchent de la sorte tout « échange social équilibré »), et à manifester ostensiblement cette réprobation (en « tournant les talons »).

Tout se passe donc comme si Laurent Cohen n’appelait l’État à la tolérance et au respect des libertés individuelles que pour « prendre le relais » – et plus que cela : pour « passer le relais » à toute la société civile, en l’appelant à prendre en charge elle-même la punition des fâcheuses. Ne bannissez pas les « femmes en burqa », dit-il en somme aux législateurs, laissez-nous plutôt le soin – et la joie – de le faire nous-même !

J’ai pris le parti, autant que possible, de sourire des prétentions bio-éthico-burqo-logiques de notre Diafoirus et de ses colossales contradictions, et sans doute ce sourire serait-il le réflexe le plus approprié si ce bavardage parascientifique, bienveillant en apparence mais malveillant au fond du fond, n’était qu’une lubie personnelle de Laurent Cohen. Sans doute le plus sage serait-il alors de s’en tenir à la recommandation de Spinoza : ne pas rire, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre. Seulement voilà, ce délire n’a rien de personnel, il vient après cent autres et – hélas – avant mille autres, il révèle un climat général en même temps qu’il l’entretient, et il participe ainsi, en toute inconscience, en toute insouciance et en toute bonhomie, d’une politique odieuse qui me remémore les mots de Billie Holiday  [28] : il est des situations dans lesquelles on se surprend à « sourire pour ne pas vomir ».

P.-S.

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De quoi, de qui veut-on parler lorsqu’on utilise le mot « arabe »… … pour les autres, et pour soi même ?

par Faysal Riad, 

Largement utilisé dans le langage courant (notamment dans les médias) pour désigner tantôt une ethnie, tantôt un groupe de pays jamais bien défini, il est aussi souvent employé pour qualifier l’origine d’une partie de la population française. Mais que signifie-t-il vraiment, et surtout quelles sont les implications de l’utilisation souvent irréfléchie de ce terme ? Après avoir tenté de montrer les implications théoriques et politiques de l’emploi usuel du syntagme « arabe » en France, je tenterai d’analyser les potentialités qu’il « offre » aux personnes désignées par ce terme.

Le Petit Robert nous en donne plusieurs définitions :

1. « Originaire de la péninsule arabique » ; les exemples donnés sont les « tribus » et les « chevaux » arabes…

2. « Des populations arabophones »…

3. Dans le langage courant : « Personne originaire du Maghreb ».

4. « Issu de la civilisation arabe ».

Ces définitions sont très intéressantes car elles établissent des liens entre des éléments tout à fait inattendus : un peuple ? Une civilisation ? Un groupe linguistique ?

Les mots et l’utilisation qu’on en fait révèlent à de nombreux égards notre vision du monde. Qu’est-ce à dire ? Il existerait dans le monde un peuple qui serait solidaire au nom d’une hypothétique origine commune. Au nom d’une langue qu’il ne pratique pas partout de la même manière… Des membres de ce groupe peuvent-ils s’« intégrer » à « notre » société ? Comment est-ce possible s’ils possèdent en eux une caractéristique transmissible de générations en générations, qui les pousse irrémédiablement à être solidaires des membres d’un autre groupe ?

Evidemment il n’est pas question de dire que ce mot est insignifiant : Maxime Rodinson, Jacques Berque entre autres spécialistes du « monde arabe » ont parfaitement délimité géographiquement et culturellement leur objet d’étude.

Mais qu’en est-il d’un Gilles Kepel, qui autorisé par sa connaissance de la langue arabe, établit des rapports vertigineux entre des situations politico-économiques aussi différentes que celles de l’Arabie du VIIe siècle et le périurbain français du XXIe siècle ? L’exemple de ce « spécialiste » très souvent invité à la télévision pour au choix donner son avis sur l’endroit où se cache Ben Laden ou pour parler de « l’islam de banlieue » est assez significatif du flou idéologique qui caractérise cette notion d’arabité, dans la mesure où pour l’idéologie journalistique la plus répandue elle est très liée à la religion musulmane avec laquelle elle constitue une civilisation à part entière (arabo-islamique).

Or, nombreux sont les véritables spécialistes du Maghreb et du Machrek (notions géographiques beaucoup plus claires pour le coup !) qui nous invitent depuis quelques temps à relativiser, voire à détruire cette notion de civilisation arabo-islamique : Georges Corm explique dans Le Proche-Orient éclaté que cette idée repose sur une approche très simpliste de l’altérité : puisqu’en gros ils parlent tous l’arabe, eh bien, ce sont des arabes qui forment une unité autour d’une religion constituant un « fait social total » qui permet de tout expliquer : sociologie, économie, politique… D’où l’autorisation que se donne un Kepel à partir de sa seule connaissance de la langue arabe (qu’il s’empresse toujours de rappeler modestement) de parler de domaines aussi divers en n’épargnant aucun raccourci, aucune simplification vertigineuse.

Maxime Rodinson s’étonnait il y a quelques années dans Islam, Politique et Croyances, du fait que de nombreux prétendus spécialistes mélangaient ainsi les genres uniquement lorsqu’il était question d’objets d’études touchant à une altérité quelque peu perçue comme problématique : il ne viendrait en effet à l’esprit de personne d’expliquer par exemple la politique de Louis XIV uniquement en se fondant sur une analyse des Evangiles… Nous savons lorsqu’il est question de nous que tout ne peut s’expliquer par les idéologies en général et par la religion en particulier : pourquoi en irait-il autrement pour les musulmans ?

Pour Georges Corm, la civilisation arabo-islamique a historiquement existé, mais elle ne recouvre aujourd’hui qu’une réalité très relative, comparable en cela à la civilisation gréco-latine dont nous sommes en partie héritiers. Mais comme les italiens ne sont plus tout à fait des romains, les algériens par exemple ne peuvent plus aujourd’hui être assimilés complètement à un prétendu groupe « arabo-islamique » qui fonctionnerait comme une totalité organique.

Et pourtant… Qu’est-ce que « l’épicier arabe » par exemple a réellement « d’arabe » ? Qu’a-t-il en commun avec le roi Fahd, Sindbad et Ali Baba ? Il parle souvent berbère, n’est certainement pas originaire de la péninsule arabique et en ce qui concerne la civilisation arabe, il en est la plupart du temps aussi proche que le vendeur de pizzas l’est de Cicéron.

Qu’en est-il de moi-même, Français né en France, professeur de français qui n’ai jamais migré, mais qui suis pourtant souvent considéré comme un « immigré de deuxième génération » ?

Il est possible d’être « musulman » éventuellement, « algérien » même, si en vertu des accords d’Evian je désire garder la nationalité de mes parents, « maghrébin » à la limite, si on lie cela à ma nationalité algérienne, « arabophone » si je choisis cette langue en option à la fac, mais « arabe » ?

En réalité cette appélation d’arabe appliquée aux maghrébins date de la période coloniale. Tout comme les berbères ont été appelés ainsi par leurs envahisseurs ( berbère de barbarus, c’est à dire « barbare » ), les habitants de ce qui s’appelle aujourd’hui l’Algérie étaient en effet en grande partie arabophones… De là à considérer qu’ils appartenaient avec les moyen-orientaux à un seul et même peuple à partir d’une caractéristique linguistique ! Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans ce cas précis, la connaissance d’une langue confère une sorte de nationalité : il serait plaisant que l’on appliquât la même méthode avec les immigrés francophones…

Toujours est-il que les Belges ou les Québécois francophones ne sont pas à proprement parler français : la nation française n’est malheureusement pas uniquement fondée sur la francophonie. Pourquoi en serait-il autrement de « l’arabophonie » ? Pourquoi les « arabes » eux-mêmes en grande partie prétendent se reconnaître dans cette notion d’arabité alors même que chacun sait que la Ligue Arabe ne sert à rien et que ce n’est pas l’Arabie Saoudite qui règlera le problème palestinien de sitôt ?

Maxime Rodinson et Edward Saïd, entres autres, montrent comment les représentations identitaires sont largement tributaires de rapports de forces : notre perception de l’autre est plus ou moins acceptée, répandue, chez « nous » et chez « les autres » en fonction de notre puissance : les algériens sont « arabes » grâce à Bugeaud et les Français auraient été tout simplement « chrétiens » si l’émir Abdelkader avait été vainqueur…

Dans une problématique très proche puisque liée elle aussi aux rapports entre identité et domination, Fanon a montré par exemple comment l’image que le colon avait du noir pouvait être répandue et acceptée même chez de nombreuses personnes d’origine africaine.

Aujourd’hui dans certaines parties du monde de nombreux hommes politiques et idéologues ont intérêt à faire exister la « civilisation arabo-islamique » : il faut bien que « notre civilisation démocratique », ultra libérale et chrétienne, ait un ennemi à combattre. Il faut bien qu’il y ait un « choc des civilisations » pour pouvoir dominer légitimement cette altérité foncièrement rétrograde, arriérée, obscurantiste et dangereuse.

« Chez nous », il faut bien qu’il existe un peuple responsable de toute la misère humaine pour cacher la violence de notre politique dite d’intégration. Il est même tout à fait naturel que certains généraux algériens « luttant durement contre le péril islamiste » (même si cela passe par tirer sur des manifestants pour rétablir la « démocratie » ) soient amis avec nos « intellectuels » nationaux préoccupés par ce même danger dans nos banlieues.

Le plus grave c’est que cet attirail pseudo-scientifique dont les Kepel et compagnie sont les gourous qui occupent en permanence tous les médias donne une sorte de légitimité intellectuelle à ce qui n’est en fait, il faut bien le reconnaître, qu’un simple racisme : est en fait considéré comme « arabe » tout basané aux cheveux frisés… Certains traits physiques confèrent des attributs moraux transmissibles de générations en générations qui empêchent, qui freinent irrémédiablement l’« intégration » de ces « populations ».

Que faire de ce qu’on fait de moi ?

Ceci étant posé, quoi que je fasse dans ce pays, en dépit de mon lieu de naissance et de résidence, malgré mon appartenance juridique à la communauté nationale française, quels que soient mes positionnements politiques, mes dispositions philosophiques et morales, mes idées métaphysiques et religieuses, je risque fort, de par un certain nombre de stigmates que je porte, d’être perçu irrémédiablement et désigné par un nombre assez important de personnes comme un « Arabe » et un musulman.

Que puis-je y faire ? Après avoir constaté le peu de fondement scientifique de cette notion d’arabité, après avoir approuvé les observations éclairantes de Georges Corm sur les limites de la notion de « civilisation arabo-islamique », qu’ai-je vraiment réglé au juste ?

Il faut se rendre à l’évidence : la désignation de certains groupements ethnico-nationaux par le terme « arabe » pose de nombreux problèmes, les personnes effectivement perçues et désignées ainsi existent bel et bien : cette communauté formée d’individus différents ayant le point commun d’être victimes de la même stigmatisation existe de fait et l’énonciation de l’illégitimité scientifique de l’emploi du terme arabe n’a malheureusement aucune valeur performative. Que dois-je donc faire de ce terme et de ce qu’il implique ?

- 1. Dire et répéter que je ne suis pas un Arabe ?

Et préciser exactement mes croyances métaphysiques pour établir si oui ou non en termes théologiques et sociologiques je puis encore être considéré comme appartenant à la Oumma ? Quelles seraient les incidences sociales et culturelles de ce positionnement ? Si l’œuvre magistrale d’Ibn Khaldun et l’histoire des peuples de « l’Afrique septentrionale » n’intéressent que très rarement les personnes qui me voient comme un Arabe, si les subtilités scolastiques opposant Hassan al Bassri à Ibn Hanbal ne sont que très rarement le fort de ceux qui me demandent si oui ou non je fais le Ramadan, à quoi puis-je m’attendre et à quelles réactions je serais confronté si je décidais de discuter sérieusement, en termes scientifiques, les nuances de ces concepts ?

Lorsqu’une personne perçue comme Noire a constaté qu’il n’existait en biologie aucune définition scientifiquement valable de la race noire mais que demeurait tout de même, évidemment, le racisme qui touchait certaines personnes partageant un certain nombre de stigmates, elle peut aussi se rendre compte que « le fait d’être noir » existe bel et bien et que le mot « race », non pas en tant que catégorie biologique (dont la validité scientifique a depuis longtemps été réfutée) mais comme une situation sociale précise (celle des personnes stigmatisées à cause de leur couleur de peau) peut avoir une utilité certaine pour rendre compte d’expériences particulières :

« Montrer que la « race » est une catégorie imaginaire plutôt qu’un produit de la nature ne signifie pas qu’elle serait une pure mystification. (…) Elle est une catégorie valide d’analyse sociale, à l’instar d’autres catégories sociales comme la « nation » ou le « genre », notions tout aussi imaginaires, comme le souligne l’historien Thomas Holt, au sens où elles sont historiquement et politiquement construites et sous-tendues par des relations de pouvoir qui ont changé dans le temps. Les « races » n’existent pas en elles-mêmes, mais en tant que catégories imaginaires historiquement construites ». [1]

Puisque le fait d’être noir existe malgré le caractère fictionnel de la « race noire », à quoi rimerait le fait pour un Noir de répéter qu’en vertu des avancées récentes de la biologie, il n’est pas noir ?

En plus du caractère absurde d’un tel énoncé, on le percevra à coup sûr comme un être honteux d’être ce qu’il est, à savoir un être perçu de toute façon, quels que soient les progrès de la biologie, comme un Noir. Il s’agirait donc d’un Noir ne voulant pas être noir. Voulant être « Blanc » ? Vouloir sortir d’une catégorie fictive pour accéder à une autre ! Car si les perceptions sociales ayant de grandes incidences dans le réel ne se soucient que très rarement de validité scientifique, et dans la mesure où le Noir est perçu comme tel de par une pulsion humaine visant à catégoriser irrémédiablement l’altérité, « on » [2] ne voudra jamais se contenter d’une réponse scientifiquement valide ne lui permettant pas de se positionner par rapport aux fantasmes mis en œuvre à la vision d’un être qu’il perçoit comme un Noir. Irrémédiablement, la réfutation d’une désignation, quelles que soient ses fondements et ses motivations, impliquera l’entrée (ou sera reçue comme l’expression d’une volonté d’entrer) dans une autre catégorie.

En somme, le refus d’une catégorie sociale au nom d’arguments scientifiques valides n’a pas l’effet recherché … et il pourrait même avoir l’effet inverse.

Si je dis à Brice Hortefeux en toute naïveté que je ne suis pas un Arabe – même si c’est en pensant très fort à Ibn Khaldun – il risque fort d’interpréter mon énoncé comme l’expression d’une honte d’être ce que je suis – un homme perçu comme un Arabe – et comme une volonté d’être autre chose, c’est-à-dire un membre de la communauté nationale telle qu’un ministre UMP la conçoit : catholique, buvant de la bière et mangeant du cochon. Dans la mesure où je ne corresponds pas à ce « prototype » (pour reprendre le terme exact employé récemment par Hortefeux face au militant UMP Amine Benalia-Brouch), et comme je ne tiens absolument pas à renoncer à mon amour pour le Berkoukes, je vois bien qu’un positionnement socio-culturel se contentant de se fonder sur des constats scientifiques sans tenir compte des réalités sociales structurant fortement les imaginaires, risque fort d’avoir les effets inverses de ceux que je recherchais initialement.

- 2. Prendre acte ?

Je suis en effet obligé de tenir compte de certaines réalités : l’histoire des mu’tazilites n’intéresse que très peu de monde et je risque fort d’être à côté de la plaque si je me lance dans une dissertation sur la prédestination et le libre arbitre lorsque derrière telle interrogation sur mes pratiques religieuses, se cache en fait une volonté de savoir quel genre d’arabe je suis…

Or, même si je reste très critique envers la pertinence de la notion d’arabité dans de nombreux énoncés, je ne peux y renoncer pour désigner précisément certaines expériences sociales que je partage avec un certain nombre d’individus partageant avec moi certaines caractéristiques. Comme je ne tiens pas de sitôt à changer mes dispositions vis-à-vis de la culture dite arabe, je ne renoncerai pas à me considérer comme tel ne serait-ce que pour bien signifier par là que je ne veux pas appartenir à la communauté nationale telle la voient de nombreux racistes. Ma conception de la nationalité française n’exclut pas une certaine forme d’arabité en tant que réalité sociale ainsi que l’islamité : pour bien signifier que tout en étant français je considère Zakaria Ahmad comme un des meilleurs compositeurs du XX siècle, que Ahmad Shawqi reste pour moi un des plus grands poètes de l’histoire littéraire mondiale et que rien ne m’émeut plus que les textes de Bayram al Tounssi chantés par Um Kalthum – dont la voix surpasse en beauté et en finesse celles de nombreuses cantatrices que préfèrent sûrement Brice Hortefeux et Fadéla Amara – je tiens à dire que je suis un Arabe. Et tant que l’islam sera considéré comme « la religion la plus con » par les écrivains à la mode, je refuserais de discuter sérieusement de métaphysique et je me proclamerai, sans hésitation, « musulman ».

P.-S.

La première partie de ce texte avait déjà été publiée, ici même, en 2005. L’auteur a voulu y ajouter une suite, parue en novembre 2009.

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Des syllepses invisibles Du « Halal » et de ses (més)usages

Comme « Fatwa », « Jihad » ou « Niqab », « Halal » fait partie de ces mots inquiétants utilisés à tort et à travers par beaucoup de journalistes. Qu’on l’utilise pour qualifier un restaurant, une viande ou un supermarché, quelque chose peut déjà surprendre les arabophones dans le sens induit du mot « halal » dans les énoncés journalistiques courants : comment cette simple qualification (qui signifie en arabe « légitime », « honnête » ou « licite ») peut-elle susciter autant de peur, voire de haine ?

Faysal Riad
Des syllepses invisibles  Du « Halal » et de ses (més)usages

La racine de ce syntagme arabe contient un sens non moins étonnant pour ses usagers francophones communs : « non sacré » – par opposition au « Haram » qui signifie « interdit », mais aussi « sacré »  [1] ou « tabou ».
Définitions
En un sens donc, son antonyme « Halal » désigne aussi ce qui n’est pas tabou. Dès lors, qu’est-ce qui pourrait objectivement motiver une quelconque émotion dans l’annonce de l’ouverture d’un magasin qui vendrait de la viande « licite » et « non tabou » ?
La culture française considère bien certaines viandes comme tabou (la chair humaine par exemple)… Deux questions apparaissent dès lors :
- pourquoi ne pas qualifier tous les restaurants en France qui ne vendent pas de chair humaine de « halal » ?
- pourquoi justement qualifier de « halal » uniquement les restaurants qui proposent des viandes non tabou pour les musulmans ?
Distinctions
Évidemment, il s’agit de désigner par ce terme arabe les pratiques des seuls musulmans. L’emploi d’un terme arabe en lieu et place d’un autre terme ou d’une périphrase plus précise en français, susceptible d’exprimer exactement la même chose, n’est évidemment pas innocent. En plus d’un label commercial, il s’agit aussi, dans de nombreux énoncés journalistiques, de distinguer, de différencier de manière absolue, de coller une étiquette exotique, étrangère et inquiétante, de charger péjorativement une pratique tout à fait banale (l’interdit alimentaire) afin de mieux la disqualifier. Un label politique donc, infamant et honteux.
Car en l’espèce, pour le cas du « Quick halal », de quoi s’agit-il ? Un restaurant décide, parce qu’il y a sûrement intérêt, d’étendre son offre à un nouveau segment de consommation (comme certains restaurants proposent parfois, en plus de leur menu habituel, un menu « minceur » ou « végétarien ») : l’évènement est purement commercial, il est certes lié à une situation socio-culturelle mais n’a rien à voir avec la laïcité.
Construction d’une altérité
Le débat est ancien : pourquoi « Fatwa » en lieu et place du mot « avis » ? « Jihad » au lieu de « lutte » ? Les premiers traducteurs du Coran se demandaient déjà s’il fallait ou pas traduire le nom pourtant tout à fait traduisible du Dieu des musulmans (« Al-Lah » – littéralement « Le Dieu ») qui apparaît souvent dans de nombreuses traductions comme non traduit.
Je ne préconise pas spécialement de traduction particulière mais tiens simplement à signaler que de tels choix ont de grandes incidences dans les représentations collectives  [2] : dire « Allah » au lieu de « Dieu », c’est insinuer que les musulmans croient en tout autre chose que les autres monothéistes.
Et si un tel choix de ne pas traduire le syntagme « Al-Lah » se fonde sur la volonté d’insister sur certaines différences conceptuelles – irréductibles ? – entre l’Islam et les autres religions, c’est oublier, comme le signale Christophe Gaudier au sujet du « Tao » (c’est-à-dire « La Voie »), que cette même polysémie peut exister chez les auteurs d’une même langue.
Tout s’éclaire – en s’obscurcissant – lorsqu’on constate que dans de nombreux énoncés journalistiques, le mot « Allah » ne signifie pas simplement « Dieu », que « Fatwa » n’est pas du tout un simple « Avis » ou que le « Jihad » est tout sauf une simple « Lutte ».
Islamisation et ethnicisation
Dire « Halal » au lieu de « comestible selon les rites musulmans », permet de créer une altérité envahissante menaçant la fameuse identité nationale sarkozienne : si le fast food devient « halal », il ressemble un peu moins à ce qu’il était, il change de nature, se désaméricanise en s’islamisant. Comme dans les cauchemars les plus horribles, le décor familier de la série Happy Days se transforme en un repaire de terroristes afghans.

Employer sans le traduire le terme « Halal » permet en outre de transformer une ouverture en fermeture, donc de qualifier un événement par son exact opposé : préparer un aliment de façon à ce que d’autres individus puissent le consommer n’empêche en rien ceux qui avaient l’habitude de le consommer auparavant de continuer à le faire. N’étant par exemple pas du tout végétarien, rien ne m’empêche de consommer aussi des légumes. Ne pas appartenir au groupe qui ne mange que des légumes ne signifie nullement qu’on ne mange jamais de légumes – et encore moins qu’on ne peut pas en manger. La multiplication de restaurants qui proposeraient des menus végétariens aux végétariens ne menacent donc en rien mon goût pour la viande, et ne peut donc en soi rien avoir d’inquiétant.
Or l’étiquette « Halal », créatrice d’étrangeté, semble induire dans certains énoncés que les aliments ainsi qualifiés sont réservés aux seuls musulmans, et de ce fait interdits aux autres. Le « Halal » apparaît ainsi comme un privilège accordé aux musulmans qui n’hésiteraient pas à transformer « nos » mœurs ancestrales dans le but de « nous » exclure de « nos » espaces familiers.
« Le Halal a envahi la France » [3]
Lorsque Manuel Valls, Christophe Barbier, Eric Zemmour ou Brigitte Bardot emploient le terme « Halal », ils ne pensent donc pas la même chose que ce que pensent le commerçant, le consommateur, l’imam ou le croyant lorsqu’ils emploient le même mot. Le malentendu peut s’éclairer à l’aide d’un concept désignant une figure rhétorique – la syllepse :
- « Brûlé de plus de feux que je n’en allumai » (Racine) ;
- « Rome n’est plus dans Rome » (Corneille).
On considère classiquement la syllepse comme l’utilisation d’un même mot, répété ou non, pris à la fois dans son sens propre et dans son sens figuré. Pierre Bayard précise dans son Enquête sur Hamlet que la syllepse peut désigner aussi l’emploi d’un même mot dans deux ou plusieurs acceptions totalement différentes (« Je souffre tous les maux que j’ai faits devant Troie », Racine) et rappelle que de tels effets sont possibles même lorsque le terme en cause n’est jamais employé. Ce qui l’amène à parler de syllepse invisible lorsque une notion est implicitement présente dans l’écriture, avec deux acceptions différentes :
« Qu’il y ait un écart entre les deux utilisations du même mot par deux personnes, ou, si l’on préfère, qu’il ne s’agisse pas du même mot, c’est cela qu’essaie de penser, jusque dans ses dernières conséquences, la notion de syllepse, laquelle induit toute une conception du langage, attentive à l’opacité et à l’incompréhension ». [4]
Ce qui est implicitement présent dans les énoncés qui s’émeuvent de l’ouverture d’un supermaché ou d’un fast food dit « halal », c’est toute l’idéologie permettant d’ethniciser les classes et les quartiers populaires de France pour mieux masquer les processus de paupérisation et de discrimination chapotés par nos dirigeants politiques avec le consentement de nos intellectuels et autres stars médiatiques.
Et il semble en aller de même à chaque fois que nous rencontrons les mots « Islam », « Banlieue » ou aujourd’hui « Rom » ou « gens du voyage » dans les énoncés médiatiques : par l’effet de syllepses invisibles, tout un discours raciste sous-entendu – mais de plus en plus assourdissant – se fait entendre, nous incitant à prendre les événements non seulement pour ce qu’ils ne sont pas, mais même, le plus souvent, pour l’exact opposé de ce qu’ils sont réellement.

Notes

[1] Comme dans l’expression « bayt al-haram », maison sacrée, pour désigner la Ka’aba.

[2] De la même manière que, comme l’a souligné Christophe Gaudier, la non-traduction de certains termes chinois permettent de construire et durcir une irréductible « altérité de la Chine ».

[3] Dixit Brigitte Bardot.

[4] Pierre Bayard,op. cit.

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McDo ajuste sa stratégie

Par Christophe Galichon

Le succès ne se dément pas pour l’enseigne franchisée, qui poursuit son implantation et modernise en douceur son positionnement. Le point avec Dominique Guichard, directeur régional McDonald’s.

 Dominique Guichard, avec Patrick Malak et Philippe Thouvenin, franchisés palois.  PH. Guillaume Bonnaud

Dominique Guichard, avec Patrick Malak et Philippe Thouvenin, franchisés palois. PH. Guillaume Bonnaud

« Sud Ouest ». Mie câline, Chez Paul, Pomme de pain… les enseignes de restauration rapide se multiplient. Au détriment de McDonald’s ?

Dominique Guichard (1). Le marché global de la restauration progresse fortement. Les Français prennent désormais en moyenne près de cinq repas par semaine à l’extérieur de chez eux, mais la marge de progression reste importante. Aux États-Unis, la moyenne est de sept repas par semaine. Dans ce contexte, il y a certes une forte concurrence, mais il y a de la place pour tout le monde. L’enseigne McDonald’s représente en France 8 % de l’ensemble de la restauration hors foyer. Et nous restons les leaders de la restauration rapide, avec près de 40 % de parts de marché. Depuis cinq ans, le chiffre d’affaires de nos franchisés, pour la plupart des entreprises indépendantes, progresse chaque année.

Quick a défrayé la chronique en lançant des restaurants exclusivement halal. Pourriez-vous en faire autant ?

Quick est notre concurrent le plus direct. Il compte en France 300 restaurants, contre 1 200 à notre enseigne. C’est un concurrent que nous respectons et qui nous pousse certainement à réfléchir. Pour autant, nous ne nous engagerons pas dans cette voie. D’abord, parce qu’un restaurant halal implique de fortes contraintes opérationnelles. Ensuite, parce qu’il n’y aurait dès lors pas de raison de ne pas créer des restaurants exclusivement adaptés aux autres pratiques. Nous préférons rester nous-mêmes, tout en développant notre offre.

C’est-à-dire que McDonald’s vendra de moins en moins de hamburgers ?

Nous gardons naturellement nos « icônes », comme le Big Mac. Mais notre offre est aujourd’hui incontestablement plus variée, avec des salades, une gamme de sandwichs plus importante, dont la composition est plus « lisible » et plus simple, des repas différents pour les enfants, un vaste choix de boissons. L’enjeu est d’élargir l’offre de produits, mais aussi les créneaux de fréquentation de nos magasins. Le pic se situe aujourd’hui entre midi et 14 heures et le soir entre 20 heures et 21 heures. Notre objectif est d’accueillir nos clients tout au long de la journée. Nous avons ainsi lancé le Mac Café, un nouveau concept de « corner » thématique installé dans les magasins. Enfin, l’identité visuelle des McDonald’s va évoluer vers une signature plus légère, plus élégante et mieux intégrée dans l’environnement. Nos restaurants offriront un meilleur confort aux clients. Ils seront de moins en moins des fast-foods et de plus en plus de véritables lieux de vie. En synthèse, nous profitons de notre maturité pour consolider les atouts de notre marque, tout en élargissant notre responsabilité d’entreprise à tous les secteurs.

Où en êtes-vous de votre développement dans la région ?

Ouvert en 1983, le premier restaurant McDonald’s, installé rue Sainte-Catherine à Bordeaux, reste le plus important à ce jour, avec un chiffre d’affaires de plus de 5 millions d’euros, contre une moyenne de 3 millions pour les autres. On dénombre aujourd’hui 16 franchisés, propriétaires de 60 restaurants McDonald’s en Aquitaine, dont 34 en Gironde, pour environ 3 000 emplois (NDLR : en majorité des CDI à temps partiel). Nous aurons ouvert cette année cinq nouveaux restaurants, à Mimizan (40), Coutras, Saint-André-de-Cubzac, Cadaujac (33) et Pau. Nous en ouvrirons autant l’année prochaine, essentiellement dans la région bordelaise. Après avoir investi les centres-villes, nous suivons les mouvements de population en nous installant par cercles concentriques dans les agglomérations. Nous sommes également le long des principaux axes routiers, spécialement dans une région touristique comme la nôtre.

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L’islamophobie. Un symptôme

Par Mustapha Cherif

Le président Barak Obama répète que les USA ne seront jamais en guerre contre l’islam. Cependant des politiques occidentales discriminent les citoyens de confession musulmane et agressent des peuples musulmans de par le monde. La perception délirante de l’islam dans l’esprit des ignorants a atteint le degré de gravité. Par delà le caractère démentiel c’est le symptôme d’un problème de fond.

Ce n’est pas une question de liberté d’expression, ni celui du droit légitime de critiquer une religion et ses adeptes, mais une incitation mortifère à la haine et à la violence. Le système libéral mondial a atteint ses limites, incapable d’accueillir la diversité, de produire des normes, du droit et du sens. Il manifeste son impuissance à se pencher sur les causes des problèmes, à réguler ses contradictions et sortir de la politique des deux poids et deux mesures. Soumis à l’idéologie du Marché, du laïcisme et de la permissivité, il sacrifie tout symbole éthique. Ce qui produit de tous les côtés des fanatiques.

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Quelles sont les causes ?

Pourquoi des occidentaux haïssent-ils l’islam et ont peur des musulmans ? Il n’y a pas de hasard, d’une part, au fanatisme antimusulman, d’autre part, aux réactions extrémistes. Ces nouveaux délires ou simplement l’inquiétude angoissée sont un psychodrame. Une pluralité de causes nourrit l’injustifiable islamophobie, d’autant que la responsabilité est partagée.

La première réside dans le fait que le système dominant a besoin d’un épouvantail pour faire diversion en vue de tenter de réaliser la totalité de son hégémonie. Après la chute du Mur de Berlin en 1989, la politique belliciste, le terrorisme des puissants qui manipulent, se sont réinventés un ennemi, pour faire écran aux injustices. Cela a terni l’image des musulmans et tromper les opinions.

L’amalgame entre islam et extrémisme, politique aventuriste, fonctionne sur le matraquage de médias et d’industries culturelles qui diabolisent les musulmans, les réduisent au prisme de la violence. Ce n’est pas une ruse difficile à mettre en pratique, car l’islamophobie et l’ethnocentrisme sont anciens. Depuis 14 siècles l’islam est méconnu et déformé. Les xénophobes puisent dans l’imaginaire qui occulte le fait qu’entre l’Occident et l’islam l’échange était plus décisif que les divergences.

La deuxième cause est liée à l’exploitation du traumatisme du 11 septembre 2001. La propagande islamophobe, mise en place il y a plus de vingt ans par les néoconservateurs, est propulsée, dopée par ces attentats qui donnent du crédit à la propagande du « choc des civilisations ». La stigmatisation des musulmans bat son plein. Ce n’est plus le radicalisme qui est dénoncé, ce sont les références fondatrices, le Coran et le Prophète, qui sont caricaturés.

L’extrême droite prolifère et le laïcisme sectaire et dogmatique considère que la religion est une idéologie d’asservissement. Des personnalités publiques, avec virulence et cynisme, diabolisent les musulmans. Dans le cinéma américain les scénaristes ont fait du « méchant » le musulman. Des occidentaux confondent entre islam et phénomènes rétrogrades.

Des journaux publient des opinions dignes des années trente : « je hais l’islam », « la talibanisation des sociétés musulmanes se généralise », « la logique de violence de l’islam » et « le choc des civilisations est en train de triompher… à cause des musulmans ». Des intellectuels tiennent des propos fondés sur la manipulation politique des peurs, jadis propagande de fascistes. Des intellectuels d’origine musulmane, ou pseudos convertis comme ce Bidar, dénigrent de manière schizophrénique leurs racines. L’islamophobie se banalise.

Le musulman, comme le juif hier, est présenté comme une menace pour les sociétés occidentales. La peur entretenue fait croire qu’il cherche à imposer à la société occidentale un autre mode de vie qui entraînerait une déstabilisation. Tout cela signe la victoire de l’ignorance, de la désinformation et de la provocation.

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La troisième cause de l’islamophobie est liée au fait que l’Occident, malgré sa puissance et des acquis prodigieux, est confronté aux impasses de la deshumanisation, de la désignification et de la marchandisation de l’existence. Les musulmans sont pris comme boucs émissaires. D’autant que l’islam reste le témoin de la spiritualité, l’autre version de l’humain perçue comme concurrente, qui résiste à la deshumanisation. Paradoxalement, malgré ses difficultés, l’Occident vise l’occidentalisation du monde, qui est un pari impossible, car cela demande d’abandonner des valeurs qui ont fait leur preuve, pour une appartenance ambivalente, problématique et compromise.

La quatrième cause de l’islamophobie a trait aux réactions aveugles de ceux qui usurpent le nom de l’islam, le terrorisme des faibles qui nourrit la bête immonde antimusulmane. L’apparition de courants fondamentalistes en Rive Sud, phénomène favorisé par des facteurs internes et un soutien de l’extérieur, alimente grandement l’islamophobie. Le monde musulman, par delà son hétérogénéité, empêtré dans le repli, les luttes intestines et une décadence, a des difficultés à réaliser la ligne médiane, authenticité et progrès. Il émet l’image de l’opposant archaïque à la modernité et cherche rarement à remédier intelligemment à l’islamophobie. Sous prétexte que la question est politique ou mafieuse et non religieuse, il sous-estime les effets sur la mémoire collective occidentale de la peur du terrorisme des faibles et le poids des attentats du 11 septembre, et d’autres, comme à Madrid et Londres.

Cependant des initiatives historiques, pour relancer le dialogue des religions et des cultures, eurent lieu comme ma rencontre avec le pape, puis la lettre, dirigée par la fondation d’Amman Ahl Al-Bayt en Jordanie, des 138 savants musulmans, aujourd’hui plus de 500, où on appelle les dignitaires des autres religions à une « Parole commune » pour le bien de l’humanité. La Turquie et l’Iran avec Khatami proposent des forums sur ce thème. Le Roi d’Arabie gardien des lieux saints organise en 2008 un congrès mondial à Madrid et à l’ONU sur la question. Le sujet est devenu un enjeu des relations internationales.

Les occidentaux sous-estiment l’impact des discriminations à l’égard de leurs citoyens musulmans, l’impact du terrorisme des puissants que subissent des peuples en Irak, en Afghanistan et ailleurs, l’impact de l’impunité d’Israél en Palestine. De plus, le nombre de pertes de vies musulmanes, victimes à la fois du terrorisme des faibles et des puissants, est 1000 fois supérieur au nombre de victimes occidentales.

La cinquième cause est liée aux errements du libéralisme sauvage, à la crise économique et aux politiques isolationnistes. Dans ce contexte, il est plus facile de susciter le rejet d’autrui que la solidarité et le respect mutuel. Les responsables des échecs et des faillites, détournent le problème vers autrui différent, occultant ses apports et les convergences. De plus, l’existence de sources d’énergies dans les terres arabes est appréhendée comme une menace à contrôler.

Des penseurs occidentaux, de Berque à Derrida, d’Esposito, à Sacks, de Ward à Wright, Legendre, Badiou, Agamben, Nancy, reconnaissent que l’extrémisme est l’anti-islam et montrent que l’islamophobie est le prolongement de l’antisémitisme. Il est clair que, d’un coté l’islam est pris comme cible de par sa vitalité qui dérange des non-musulmans, d’un autre côté il est trahi en son sein par des extrémistes.

Des pyromanes dénoncent des actes xénophobes, alors qu’ils ont contribué hier à nourrir la bête en pratiquant l’amalgame. Est une hypocrisie que l’empressement avec lequel des responsables condamnent des actes islamophobes et antisémites, alors qu’ils procèdent d’un climat de défiance auquel ils ont contribué. Des régimes islamiques et des fondamentalistes crient à l’offense alors que, de leur coté, ils ont peu fait pour présenter le vrai visage de l’islam, ni défendu la dignité des musulmans. Au contraire, par leurs réactions irrationnelles, ils ont déformé son image.

La communauté internationale doit d’arrêter le délire généralisé de la propagande du « choc des civilisations » chez les extrémistes de tous bords. En Rive Nord la montée de politiques xénophobes, en Rive Sud l’instrumentalisation de la religion, mènent le monde vers l’abime.

Il faut s’attaquer aux causes

Retrouver le lien entre politique et éthique et reconnaître partout le droit à la différence, sont la base du vivre ensemble. La banalisation de la haine d’autrui risque de se généraliser si la pulsion de vie et le besoin de partage, qui amènent les hommes à s’unir, abdiquent. Raison de plus pour ne pas s’abandonner à la lassitude, mais énoncer des formes de vie fondées sur la justice et la compréhension mutuelle et non point la peur chez les uns et la colère chez les autres.

Dans ce contexte de psychodrame, le ressentiment contre les musulmans de l’intérieur de l’Occident s’amplifie. Pourtant, l’immense majorité des citoyens occidentaux de confession musulmane vit sa foi en tant que pure religion, de culture européenne, épouse son temps, s’élève dans la hiérarchie sociale, fait preuve d’inventivité, de créativité, paisible, loyale, produit du lien social et se considère comme partie intégrante de la communauté nationale où elle vit. Elle tient, de plus en plus, un discours responsable et moderne sur ce que c’est être musulman aujourd’hui.

De par le monde, les musulmans refusent d’imaginer que le monde se dirige vers, d’un côté, un monde libéralo-fasciste, de l’autre, obscurantiste et totalitaire, où rien ne s’échange, rien d’humain ne circule, rien de sage ne se dit, sauf ce qui favorise des relations conflictuelles. Tous les occidentaux ne confondent pas islam et fanatisme. Tous les musulmans ne confondent pas agresseur et occidental.

Les puissances dans leur intérêt et pour être à la hauteur de leur responsabilité en tant qu’avant gardes du monde actuel, doivent réviser leur politique de la loi du plus fort, de l’hégémonie et de l’épouvantail en la figure déformée du musulman.

Condition première pour vaincre l’extrémisme de tous bords et l’insécurité : il faut s’attaquer aux causes, c’est à dire l’injustice, l’ignorance et la paupérisation, pas seulement aux effets. Par la démocratisation des relations internationales, le dialogue des cultures et des religions, l’élargissement de notre sentiment d’appartenance à l’humanité toute entière l’emportera. Si on travaille à régler les problèmes dut à l’injustice, comme en Palestine, si l’Occident se libère de sa vision étriquée de l’islam, si l’Ecole, au Nord comme au Sud, éduque à la reconnaissance de l’altérité, si les pays musulmans se réforment politiquement, sortent du syndrome de victimisation et s’ouvrent de manière vigilante au monde, on réduira le gap qui existe entre les deux mondes imbriqués et on tarira grandement les sources de tous les délires fanatiques.

Un pacte de paix et de justice entre l’Occident et le monde musulman ? Cela implique une révision sur le fond des politiques actuelles et non des mesures lénifiantes pour la forme. A cette condition, Il restera un avenir. Il n’y a pas d’alternative au vivre ensemble.

http://regardsdefemmesmusulmanes.blog.tdg.ch/

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La ville de Metz veut sa grande mosquée

L’adjoint au maire de Metz, Antoine Fonte, a présenté le bureau de l’union des associations cultuelles et culturelles des musulmans de Metz.  Photo Stéphane STIFTER

L’adjoint au maire de Metz, Antoine Fonte, a présenté le bureau de l’union des associations cultuelles et culturelles des musulmans de Metz. Photo Stéphane STIFTER

La municipalité messine a présenté, hier, l’association de préfiguration d’une future grande mosquée à Metz. Elle regroupe les différentes associations cultuelles. Soutenue par la Ville, elle va dessiner les contours de l’édifice.

Y aura-t-il bientôt une grande mosquée à Metz ? Difficile à dire aujourd’hui, tant le projet présente des complexités financières et légales. Une chose est certaine : la municipalité socialiste fera tout pour qu’il aboutisse.

Après avoir ouvert le dossier il y a un an et demi, elle a présenté, hier, l’achèvement d’une étape majeure : la constitution d’une association de préfiguration, l’union des associations cultuelles et culturelles des musulmans de Metz (UACM). Celle-ci regroupe cinq des six associations musulmanes messines, qui organisent aujourd’hui le culte dans des locaux exigus et inadaptés. « C’était un préalable capital, explique Antoine Fonte, adjoint au maire chargé de la culture et des cultes. En France, l’islam n’est pas organisé de manière hiérarchique et institutionnelle comme la religion catholique, par exemple. Les musulmans se regroupent par communautés, en associations. Il nous fallait fédérer un maximum d’associations autour de ce projet. C’est ce que nous avons fait avec cette union. »

« C’est un moment historique pour la Ville de Metz et la communauté musulmane », n’hésite pas à dire Raymond Beller, secrétaire général de l’UACM. Avec cette union, nous avons su dépasser nos différences pour effectuer un retour aux sources de l’islam. Nous allons maintenant pouvoir travailler pour que ce beau projet commun aboutisse. » Un travail qui se fera en partenariat avec le conseil régional du culte musulman de Lorraine.

La question du lieu en suspens« Il appartient maintenant à l’UACM de définir le cahier des charges et de faire aboutir le projet, explique Antoine Fonte. La municipalité sera là pour l’accompagner. » Et pour participer au financement de cette future grande mosquée ? « Nous n’excluons pas de le faire dans le cadre légal », répond simplement Antoine Fonte.

« Nous n’avons pas défini de calendrier, précise Djamila El Brahmi, qui a été élue à la présidence de l’UACM. Il n’y a aucune urgence. Nous voulons élaborer ce projet dans la sérénité et la concertation. Quand viendra le moment de constituer un tour de table financier, nous ferons appel à la communauté et aux élus locaux intéressés. Mais il est trop tôt. » Pour permettre au projet d’aboutir, la mairie envisage aussi la possibilité de mettre un terrain à disposition de l’UACM, par un bail emphytéotique par exemple.

L’emplacement, c’est l’autre point fondamental toujours en suspens. « Nous attendons les propositions de l’union des associations », lâche Antoine Fonte. « Le rêve, c’est que cette grande mosquée soit assez visible, sourit Ibili Güngör, le porte-parole de l’UACM. Il faut donc qu’elle soit assez proche d’une église ou d’une synagogue. »

Car pour les musulmans de Metz, cette grande mosquée doit être perçue comme le signe d’une parfaite intégration de leur religion dans la République. « Ce sera avant tout un lieu d’ouverture, vers l’extérieur, promet Djamila El Brahmi. Il devra permettre à tous les Messins de mieux comprendre l’islam. »

« C’est aussi la raison pour laquelle nous soutenons politiquement ce projet », confirme Antoine Fonte, au nom du maire de Metz.

Anthony VILLENEUVE
http://www.republicain-lorrain.fr/

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Myriam François Cerrah : le destin d’une actrice britannique convertie à l’Islam

Publié le 30 septembre 2010 par AJIB.fr

Myriam François Cerrah convertie à l'IslamAu delà d’avoir choqué et révolté tout l’Occident, les attentats du 11 septembre 2001 ont aussi été la cause d’un nombre considérable de conversions à travers le monde et cela par la volonté d’Allah, 3azawajel, wal Hamdulilah. Et même chez de nombreuses célébrités, ces évènements ont été pour eux un déclic, qui a marqué le début d’une nouvelle vie, des ténèbres vers la lumière de l’Islam.

A l’image de Yvonne Ridley, Kristianne Backer, Rosalyn Rushbrook, ou encore Sarah Joseph (fondatrice du magazine musulman « Emel »), ces personnalités britanniques qui ont embrassés l’Islam, Myriam François Cerrah a trouvé en Islam, une source d’apaisement dans laquelle y régnait une justice sociale. Elle explique que « J’ai compris dans mon cheminement vers l’Islam que la justice sociale occupait une part fondamentale dans la personnalité du musulman, et la force de cette justice est devenue pour moi une part de ma propre personnalité ».

Cette actrice britannique connue pour son apparition quand elle était jeune, dans le film « Sense and Sensibility » sorti dans les années 1990, se montre maintenant fièrement voilée, intervenant dans divers débats télévisés concernant le statut de la femme musulmane en société.

Récemment, en mai dernier, elle était l’invitée de l’émission-débat intitulée « Islam and Life » sur la chaine anglaise Press-tv Islam, émission présentée par l’islamologue Tariq Ramadan, dans laquelle elle tente de donner son point de vue en tant que convertie sur la manière dont la femme musulmane est perçue dans l’Ouest de l’Angleterre

Dans un article de Fox News, elle confie au sujet de sa conversion : « Il y a eu différents facteurs qui ont menés à ce changement en moi. L’un a été lorsque je me suis intéressée à la vie du prophète Muhammad (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Je pense qu’il est (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) l’une des plus grandes figures incomprises de l’Histoire. »

Elle explique avoir trouvé chez le prophète Muhammad (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) un exemple d’équité et d’équilibre dans tout ce dont le musulman doit accomplir dans sa vie. Elle insiste sur le fait que le message qu’il (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) a consacré sa vie à transmettre, est de toujours repousser le mauvais par le bon, le mal par le bien.

Et elle estime qu’il faut toujours se rappeler qu’Allah aime la Justice, et que quoiqu’il en ait pour le musulman, il doit constamment orienter ses actions vers le respect de la Justice, sans jamais transgresser les limites (qui nous feraient basculer dans l’injustice).

Parmi les sages citations qu’elle a retenu du meilleur des hommes (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) il y a celle ci : « Pardonne à celui qui t’a fait du tort, Rejoins celui qui t’a laissé. Veux pour lui le bien quand bien même lui te veux du mal, et dit la vérité même si elle se révèle être contre toi. »

De quoi nous faire méditer sur le bon comportement dont le prophète Muhammad (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) faisait preuve même face à ceux qui le combattait, alliant l’excellence dans l’adoration et l’obéissance du Tout Puissant, et la modestie dans ses paroles riches d’enseignement et de sagesse.

Aujourd’hui, Myriam François Cerrah est la représentante de l’université Islamique d’Oxford.

On souhaite à tout les musulmans et nouveaux convertis, la guidée d’Allah, sur le chemin illuminée de l’Islam.

Par Oum Maryam

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le port de marseille se lance dans le halal

Dans une boucherie halal du quartier Noailles.Dans une boucherie halal du quartier Noailles. P.MAGNIEN / 20 MINUTES

économie Un réseau portuaire entre l’Asie et la Méditerrannée va être mis sur pied

Mettre la main sur un marché de 150 milliards de dollars dans le monde, qui progresse de 15 % par an… Les directeurs des ports de Marseille Fos et celui de Port Klang, en Malaisie, ont signé hier un accord en vue de lancer un réseau mondial de distributeurs de produits halal.

Lignes régulières
Imaginée par les Malaisiens, l’idée est de centraliser à Port Klang les productions halal asiatiques pour les envoyer vers Marseille, qui redispatchera ensuite vers l’Europe et en Afrique. En France, le marché des produits halal représente 5 milliards d’euros et le port de Marseille ambitionne de servir « 220 millions de consommateurs » de part et d’autre de la Méditerranée. Les marchandises viendront de Malaisie, de Chine, mais aussi d’Australie et du Brésil, grand producteur de viande halal. « Il existe des lignes régulières entre ces pays et Marseille, avance Dirk Becquart, directeur du développement du port phocéen. Les lignes sur le Maghreb sont quotidiennes et il faut douze heures en camion pour desservir l’Europe du nord ». Autre atout avancé par le port de Marseille, celui du caractère cosmopolite de la ville. « Il n’y a pas d’autres places en Europe où la cohabitation et l’ouverture entre les populations sont plus développées qu’ici », estime Dirk Becquart. Et « le projet d’une grande mosquée à Marseille serait bien pour être accepté dans le système. Le petit boucher halal du coin de la rue a de la concurrence », prévient Dirk Becquart. Mais mener le projet à terme ne sera pas si simple. D’abord, parce que contrairement à son homologue malaisien, le port de Marseille ne dispose pas d’infrastructures de stockage spéciales pour les produits halal, en premier lieu des frigos. Et le port n’envisage pas de réaliser les investissements nécessaires, laissant le soin aux logisticiens de le faire. « Si on veut attirer des flux, il faudrait au minimum un entrepôt frigorifique de 10 000 à 15 000 palettes », note Jean-Paul Mesnières, de la société Seafrigo, l’un des deux logisticiens positionnés sur le projet, avec SDV (groupe Bolloré). Or un tel équipement coûte plusieurs dizaines de millions d’euros. Le trafic halal à Marseille pourrait cependant débuter avec des produits plus simples, comme des parfums sans alcool. Aucun volume d’import-export n’est encore annoncé, mais le port estime que la plate-forme halal sera viable « courant 2 011 ».

laurent berneron
http://www.20minutes.fr/

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Nestlé veut dévorer le marché du halal

Depuis peu, le groupe multiplie les recettes destinées aux consommateurs musulmans. Un business porteur, dont il compte devenir le numéro 1 en France.

Nestlé veut dévorer le marché du halal

Pour Nestlé, c’est une première. Depuis le 11 août et jusqu’au 10 septembre, le géant suisse de l’alimentaire distribue des échantillons de potages Maggi sur le port de Marseille. Pas de la soupe au pistou, mais de la chorba et de la harira, certifiées halal. Des bouillons aux légumes et à la viande très consommés par les musulmans pendant le ramadan, une fois le soleil couché.

L’objectif ? Ancrer la marque dans l’esprit des pratiquants. Et renforcer les positions du groupe sur ce marché en plein essor. Avec 5 millions de musulmans en France, les ventes de produits halal, en hausse de plus de 10% par an, pèseraient, selon une étude de l’institut Xerfi, autour de 5,5 milliards d’euros.

Un business deux fois plus gros que celui du bio et contrôlé majoritairement par de petites marques indépendantes comme Isla Délice, Médina ou Dounia.Bien qu’il soit le leader mondial sur ce créneau, Nestlé a mis longtemps avant de s’attaquer au halal dans l’Hexagone. En cause, le mode de commercialisation très ciblé de ces produits. «Les premières générations d’immigrés achetaient surtout dans les boucheries certifiées, indique Jean-Christophe Despres, président du cabinet de conseil Sopi. Et ils complétaient leurs courses sur les marchés et dans les épiceries de quartier.»

Mais les temps changent. La consommation halal est aujourd’hui portée par les moins de 40 ans. «Des jeunes de la deuxième, voire de la troisième génération, qui possèdent la culture des hypers et des grandes marques», souligne Abbas Bendali, directeur du cabinet d’études Solis.

Sujet sensible. C’est ce constat qui a finalement incité la filiale française de Nestlé à créer un département ethnique en 2006. «Après une étude qui nous a confirmé le potentiel du marché, nous avons décidé de développer des gammes spécifiques sous les marques Maggi et Herta afin de profiter de leur notoriété», explique Bruno el-Kasri, le directeur de ce pôle. Un choix qui n’allait pas de soi. «Beaucoup d’industriels ont préféré s’abriter derrière des marques écrans», note Antoine Bonnel, le fondateur du Salon du halal, à Paris. LDC, le numéro 1 de la volaille – Le Gaulois, Loué –, a lancé le label Réghalal en 2008, alors que Panzani a racheté les raviolis Zakia Halal la même année. Le sujet est sensible, comme l’a montré ré­cemment «l’affaire Quick».

En novembre dernier, l’enseigne de fast-food a voulu tester en catimini une offre exclusivement halal dans huit restaurants. Résultat : une polémique sur le communautarisme, avec le Front national aux avant-postes.Dès le début, Nestlé a choisi d’assumer. Et un an seulement après l’ouverture de son pôle ethnique, il a frappé fort en proposant une gamme complète de surgelés destinée aux musulmans : pizzas, lasagnes, plats cuisinés… Un délai court, compte tenu de la fabrication complexe de la nourriture halal. Les fournisseurs ont l’obligation d’être eux-mêmes certifiés.

Dans les usines, il faut séparer les lignes de production et les zones de stockage de celles dédiées à d’autres types d’alimentation. Enfin, les ingrédients doivent être préalablement validés par l’organisme certificateur de la Mosquée de Paris, avec lequel travaille Nestlé. Ce qui explique qu’une saucisse halal coûte 10%, voire 20% plus cher qu’une «classique».

Alléchant relais de croissance. Un surcoût rédhibitoire ? Manifestement, non. «Nous comptons déjà une quaran-taine de références, qui enregistrent des taux de croissance bien supérieurs à la moyenne du marché», se félicite Bruno el-Kasri. Et si, à ce jour, seul un hypermarché sur trois les vend, l’offre devrait vite s’étendre. En favorisant la concurrence, la loi de modernisation de l’économie, votée en 2008, à fait fondre les marges des grandes surfaces, qui voient dans le halal un alléchant relais de croissance. Auchan et Casino en tête, elles lui ouvrent massivement leurs rayons. Casino a même lancé il y a un an sa propre marque, Wassila.

«Nous lui prédisons le même succès que nos autres marques de distributeur», explique Abderrahman Bouzid, chef
de projet halal pour le groupe stéphanois. Pas de quoi enchanter Nestlé : chez Casino, les marques propres représentent déjà 40% du chiffre d’affaires. Et sont en moyenne 25% moins chères que les grandes marques.

Pubs discrètes. Pour réussir son pari et convertir de nombreux acheteurs à sa pâte feuilletée sans alcool – ce type de préparation en comporte souvent – ou à ses Knacki sans porc, Nestlé ne cible pas que les hypers : il tente aussi de s’introduire dans les boucheries halal et les épiceries. Logique : 60% des ventes passent encore par ce circuit. Un chiffre étonnant à l’heure où 80% des achats alimentaires se font en grande surface.

Ces milliers de magasins sont-ils prêts à faire une place au suisse ? Oui, s’ils y trouvent leur intérêt. «On teste actuellement dans une dizaine de points de vente des minicongélateurs adaptés à nos surgelés, révèle Bruno el-Kasri. Si l’expérience est concluante, on pourrait en équiper tous les commerces intéressés.» Le groupe suit aussi avec attention l’aventure Hal’Shop. Cette enseigne halal dans l’esprit de Monoprix vient d’ouvrir ses portes à Nanterre et pourrait compter cinq boutiques en 2011.Si les marques de Nestlé sont offensives sur le plan commercial, leur communication reste pour l’heure discrète.

Le groupe se contente de quelques pubs dans des magazines identitaires, comme «Gazelle» qui s’adresse aux musulmanes, ou «Amina», destiné aux Africaines. Pourquoi si peu de battage ? «Il est trop tôt pour faire des campagnes grand public», affirme-t-on chez l’industriel.Proie tentante. Pourtant, la marque Zakia Halal s’est payé des spots sur TF1 et M6 pour le ramadan de 2009. Et en prime time, s’il vous plaît. «Nestlé veut bien l’argent du beur, pas forcément son image», tacle un expert du secteur.

L’arrivée récente de nouveaux acteurs, comme Fleury Michon, Labeyrie ou Pierre Martinet, pourrait toutefois changer la donne et obliger le suisse à sortir du bois. A moins qu’un gros chèque ne lui permette de distancer d’un coup tous ses rivaux. D’après nos informations, le numéro 1 français du halal, Isla Délice, serait actuellement à vendre. Une proie tentante.

Emmanuel Botta

http://www.capital.fr/

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La Banque Zitouna révèle à Paris l’autre tonalité plus attractive de la Finance Islamique, à la tunisienne

Paris – De l’envoyé spécial de Leaders – Monter en 9 mois seulement une banque et, encore plus, spécialisée en finance islamique, dans une version plus méditerranéenne et plus proche du contexte européen : la performance de la Banque Zitouna a séduit les banquiers français. Ils étaient une cinquantaine à suivre avec beaucoup d’attention la présentation qui leur en était faite, mardi dernier à Paris, par Hichem Ben Fadhl, secrétaire général de la Banque.

Pendant près de 2H30, la présentation a mis en exergue la pertinence d’un concept novateur de banque islamique, adapté à la Tunisie, dans un cadre qui s’inspire de la réglementation et de la fiscalité francophones. L’assistance découvrait alors, avec réel intérêt, une autre facette de la Finance Islamique, plus proche, plus lisible, plus attractive.

La Banque Zitouna sera-t-elle prête à dupliquer cette expérience, avec des partenaires français ou autres, dans d’autres pays ? Pourquoi pas ! Même s’il est prématuré de le confirmer. D’autres road-shows sont prévus dans nombre de capitales européennes.

http://www.leaders.com.tn/

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Rodez. Patrimoine. La mosquée a ouvert ses portes en grand

La mosquée a ouvert ses portes en grandD. BRUEL

RAPPEL : Ce week-end, se sont déroulées les XXVII e journées européennes du patrimoine

Pour la première fois depuis qu’elle a été construite, la mosquée de Rodez a été ouverte au grand public dans le cadre des journées du patrimoine. Deux fois seulement auparavant, le lieu de culte musulman érigé sur l’avenue de Bamberg avait accueilli le grand public : en avril 2000 lors de son inauguration et en 2006, à l’occasion d’une journée portes ouvertes coïncidant avec l’extension de la mosquée.
« Régulièrement, des gens venaient frapper à la porte lors des journées du patrimoine pour voir s’il était possible de visiter. Mais c’était fermé. Et l’on a décidé d’ouvrir cette année pour en effet profiter de l’occasion de ces journées », explique Hamid Abdelaali, vice-président de l’association cultuelle des musulmans de Rodez.
Et permettre une ouverture dépassant largement le cadre strictement architectural de la bâtisse. « On dévoile aussi le patrimoine humain », sourit le guide devant un diaporama retraçant la construction de la mosquée, en 2000.
Durant les deux jours, un flot continu de personnes a franchi le pas de la porte de ce lieu de culte, s’ouvrant ainsi à une culture souvent méconnue.
De la salle de prière des hommes, tournée vers la Mecque, à celle des femmes, en passant par la salle polyvalente où, à côté d’une fresque expliquant les cinq piliers de l’Islam, il était proposé d’écrire son nom et son prénom en arabe, tout était mis en oeuvre pour que l’accueil soit chaleureux. Sans oublier le thé et les pâtisseries maison.
« Les gens posent beaucoup de questions. Par exemple, une femme peut-elle entrer dans une mosquée ? Ben oui », sourit Hamid Abdelaali qui, avec l’ensemble des « guides » du week-end, dont le président de l’association Abdelkader Dkhissi, ont cherché à susciter l’échange.
Cette ouverture inédite de la mosquée dans le cadre des journées du patrimoine en appelle d’autres. L’association souhaite en effet systématiser ce rendez-vous. Ce qui témoigne en tout cas du sentiment de bien-être de l’association des musulmans à Rodez. « Parce que les musulmans ont une vie sociale qui se passe bien à l’extérieur, tout va bien à l’intérieur », devise Hamid Abdelaali.

Philippe ROUTHE
http://www.midilibre.com/

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Finance Islamique : Al Baraka ouvrira plusieurs agences en France

Le groupe bancaire Al Baraka, par la voix de son président – Adnan Ahmed Yousif -  confirme son projet d’implantation en France et annonce qu’il ouvrira jusqu’à cinq agences en métropole, à partir de 2011.

L’implantation du réseau français sera financée par l’émission d’un sukuk de US$ 200 millions. Le sukuk devrait être émis en décembre 2010. Deutsche Bank et Standard Chartered ont été choisis pour conseiller cette émission, pour laquelle le ou les chefs de file n’ont pas encore été désignés.

Ce projet d’implantation répond à l’intérêt exprimé sans relâche depuis deux ans par les autorités françaises de voir des institutions bancaires islamiques s’implanter sur le territoire français.

Une étude de faisabilité avait été diligentée l’an dernier par le groupe Al Baraka pour créer une banque islamique en France, et dans cette perspective, Al Baraka avait soumis aux autorités françaises ses normes financières et ses standards comptables.

Les sukuk ou obligations islamiques sont le produit vedette de la finance islamique, la France ayant l’ambition de rivaliser au niveau européen avec le Royaume Uni pour se positionner sur ce secteur en forte croissance.

Al Baraka Banking Group, dont le siège est situé à Bahrain, possède le plus large réseau mondial de banque islamique, avec des filiales dans de nombreux pays musulmans, notamment en Algérie et en Tunisie.

RIBH

http://ribh.wordpress.com/

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« Professionnaliser la chaîne logistique du halal, un challenge »

Le Grand Port de Marseille-Fos, premier de France, plaque tournante de la Méditerranée, et le Port Keelang, principal port de Malaisie, viennent de signer, ce mercredi 22 septembre, un accord lançant un réseau mondial de plateformes de distribution de produits halal, à l’horizon 2014-2015.
En octobre 2011, Marseille organisera également la 3e édition du World Halal Forum Europe.
Interview exclusive avec le directeur du développement du port de Marseille-Fos, Dirk Becquart.

Vous avez participé pour la première fois à la 5e édition du World Halal Forum (WHF), qui s’est tenue en juin dernier en Malaisie. Quelles ont été vos motivations ?

Dirk Becquart : Le marché halal me fascine d’un point de vue logistique. C’est un challenge en Europe, un nouveau standard de qualité, qui demande une logistique parallèle.

Pour moi, logistiquement parlant – cela n’a rien à voir avec l’aspect religieux –, il s’agit de répondre à une nouvelle demande pour une clientèle de classe moyenne de plus en plus importante, et souhaitant s’approvisionner dans les réseaux de distribution classiques. La logistique traditionnelle est aujourd’hui en manque de créativité ; je pense que la combinaison des deux logistiques pourrait donner un nouvel élan.

Quel est l’intérêt du halal pour le port de Marseille ?

D. B. : L’intérêt pour le port est à prouver. Pour réaliser le pari, il faut concentrer les flux internationaux de marchandises halal sur quelques plateformes portuaires spécialisées. Il faut prendre en considération que, pour mettre au point un vrai service logistique halal de qualité, il faudra investir dans de nouveaux entrepôts et matériels de transport certifiés halal.

Pour garder les coûts logistiques à un niveau compétitif, il faudra le volume pour les répartir. C’est pour cette raison que nous plaidons pour une concentration sur quelques hubs bien placés logistiquement.

La situation géographique du Port de Marseille-Fos est en effet stratégique…

D. B. : Notre position géographique est naturellement très avantageuse. Il faut savoir qu’une quantité croissante de produits halal pour le marché européen et maghrébin sont importés de Malaisie, de Chine et du Brésil [le Brésil est devenu le plus gros exportateur de viande halal, ndlr]. Pour les navires venant de ces origines, décharger les conteneurs à Marseille-Fos fait facilement gagner cinq jours par rapport à une escale dans des ports du nord de l’Europe.

Nous sommes au cœur du monde musulman : Marseille et son Hinterland ont toujours connu une forte population musulmane (un tiers des 6 millions de musulmans vivant en France vivent dans la moitié sud de la France), et la proximité avec les pays musulmans du Maghreb et de la Méditerranée est une évidence géographique, économique et logistique.

De tout le bassin méditerranéen, nous avons la plus haute fréquence de services maritimes avec tous les pays du Maghreb, la Libye, la Turquie et l’Égypte.

Le halal, une manne financière pour le port ?

D. B. : Au niveau mondial, c’est un business à 10 chiffres, mais la logistique se compte à quelques pourcents du chiffre d’affaires, et de là le portuaire pour quelques pourcents. Nous n’allons pas devenir riche sur le halal.

Ce marché est-il suffisamment sophistiqué pour répondre aux attentes qu’il engendre ?

D. B. : Non, pour l’instant nous voyons un marché très fragmenté et encore situé à un niveau artisanal, tant sur le commerce que sur la logistique. Mais nous avons de solides partenaires malaisiens et brésiliens qui veulent professionnaliser la chaîne logistique certifiée par des institutions de certification halal réputées.

Lors de la 5e édition du World Halal Forum, vous avez créé la sensation en représentant la France. Regrettez-vous que les acteurs français n’aient pas été plus présents, contrairement à leurs voisins européens ?

D. B. : Les absents en toujours tort… Mais je n’ai pas vu plus de Français absents que de Belges ou de Hollandais. Probablement que le Forum, dû à sa localisation, était plutôt dirigé vers des participants du monde arabe et asiatique, un auditoire de très haut niveau académique, passionnant et passionné par les opportunités et les contraintes de la mondialisation du halal.

Vous avez d’ailleurs proposé, à la surprise générale, d’organiser le prochain WHF en Europe, à Marseille, pourquoi ?

D. B. : Il faut agir dans la vie. Il y a certainement un grand intérêt pour le halal. Mais beaucoup de sociétés hésitent encore, pour diverses raisons.

En tant que directeur du développement, je trouve important que le rôle du port de Marseille soit d’incuber et d’orchestrer l’organisation d’activités qui peuvent bénéficier à nos sociétés portuaires.

Nous venons de recevoir, à Marseille, une grande délégation d’entrepreneurs et de logisticiens malaisiens, sous la direction du président du Port Keelang [principal port de Malaisie, ndlr], pour préparer le WHF Europe de 2011. Et nous avons déjà plusieurs sociétés et délégations commerciales françaises et étrangères qui nous ont confirmé leur soutien [telles SDV (groupe Bolloré) ou SeaFrigo, ndlr].

Comment voyez-vous l’avenir du halal en France ?

D. B. : Je vois le halal plutôt comme une garantie de qualité, un mode de vie des nouvelles générations multiculturelles, plutôt indépendant de l’aspect religieux, et plutôt suivi par tradition, par une génération dont le pouvoir d’achat est très significatif.

Le halal va se généraliser dans les grandes surfaces, et donc être soumis au merchandising comme tout produits de grande consommation. Je suis aussi un consommateur ; j’achète halal.

Dirk Becquart : « Le port de Marseille-Fos est au cœur du monde musulman et méditerranéen. » CHIFFRES CLÉS

Le Grand Port maritime de Marseille-Fos, c’est :
• 83 millions de tonnes traitées en 2009
• 41 300 emplois, dont 1 500 agents du port de Marseille
• 400 ports dans le monde desservis depuis Marseille-Fos
• 11 200 escales de navires (30 escales par jour en moyenne)

Leïla Belghiti

http://www.saphirnews.com/

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Banques : La France pourrait s’ouvrir aux capitaux islamiques

Le premier chèque « islamique » pourrait voir le jour et sera mis en circulation en 2010. Cette ouverture permettra d’engranger quelques 100 milliards d’euros.

Cent milliards d’euros, tels sont les capitaux islamiques qui pourraient être orientés vers la place de Paris si la France venait à adopter la finance islamique comme c’est le cas en Angleterre. Un projet qui tient à cœur la ministre française de l’Economie, Christine Lagarde qui souhaite ouvrir la place de Paris aux capitaux islamiques. Une conférence sur la finance islamique et qui reunira des élus, des présidents de banques islamiques et des PDG d’entreprises françaises se tiendra, aujourd’hui mardi, à Becy. La question des Sukuks (Chèques) dont l’amendement devant permettre l’emission de ces chèques avait été censurée par le Conseil constitutionnel en raison de son absence de lien avec l’objet du texte et du principe de laicité. Une instruction fiscale a été publiée, en fevrier, par le Trésor public sur la demande de la ministre de l’économie, afin d’éviter aux instruments financiers « charia-compatibles ».Une réflexion autour de cette question de chèque est en cours afin de développer « un sukuk » susceptible de satisfaire les comités chargés de contrôler la conformité d’un instrument avec la charia, et qui ne nécessite pas d’aménagement juridique très complexe. Le premier « sukuk » pourrait être émis en 2010. La banque islamque Qatari « Qatar Islamic Bank » qui a déposé une demande d’agrément auprès de la Banque de France pourrait ouvrir sa premiere succursale islamique en France. Cela favoriserait un important apport financier provenant de certains particuliers ou entreprises de disposer d’instruments d’investissement compatibles avec leurs opinions religieuses. Beaucoup de musulmans vivant dans l’hexagone s’abstiennent de déposer leur argent dans des banques « traditionnelles » en contradiction avec les principes musulmans. Ces derniers préfèrent investire à l’étranger où ils utilisent malgré eux des outils financiers habituels. Cette nouvelle disposition permettrait la levée des fonds islamiques par des entreprises ou collectivités.

http://www.echoroukonline.com/

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Marseille veut devenir un hub de référence pour le marché Halal

Mercredi, les directeurs généraux du Port de Marseille Fos et de Port Kelang (Malaisie), ont signé un accord qui marque le lancement d’un réseau mondial de plateformes de distribution de produits halal, « Halal Hub to Hub Network », dont les deux ports sont les premiers maillons. Le développement économique de la filière halal connaît une progression de 15% par an depuis 1998 atteignant 150 milliards de dollars à l’échelle mondiale et plus de 5 milliards d’euros en France. Sur ce marché, le Grand Port Maritime de Marseille peut prétendre servir plus de 220 millions de consommateurs. Il entend, d’ailleurs, devenir le hub de référence de l’Europe et de la Méditerranée pour la distribution de produits halal. Le port s’appuiera pour cela sur sa localisation géostratégique entre Méditerranée et Europe ainsi que sur la richesse multiculturelle de l’aire marseillaise qui accueillera le développement du halal avec bienveillance.
Accompagné dans sa démarche par des logisticiens prêts à investir dans des installations et process dédiés, le GPMM explique d’il contribuera notamment à la mise en oeuvre d’outils logistiques spécifiques préservant l’intégrité des produits halal dans leur distribution. Son homologue malaisien de Port Kelang, qui figure parmi les principaux hubs de transbordements en Asie du Sud Est, est un pionnier en matière de développement des flux de produits halal, via sa plateforme logistique Port Kelang Free Zone en particulier.


(© : PORT DE MARSEILLE FOS)

« L’ambition commune de Marseille Fos et de Port Kelang est de lancer un réseau de hubs qui propose aux acteurs de la filière halal – producteurs, exportateurs, distributeurs – une offre portuaire et logistique mondiale respectant les contraintes spécifiques à ce marché sans entrer pour autant dans une démarche de certification halal des autorités portuaires », expliquent les deux ports.
Le « HHH Network » est appelé par la suite à intégrer d’autres ports afin de créer un véritable réseau international. Les ports visés sont ceux issus de pays exportateurs de produits alimentaires halal comme le Brésil, la Chine, l’Asie du Sud Est, le Moyen-Orient ou des zones au potentiel de développement indéniable comme les ports d’Afrique ou de Méditerranée.
Afin de faire reconnaître le potentiel économique du marché halal en Europe et en Méditerranée ainsi que les atouts du Port de Marseille Fos comme plateforme de distribution au sein du réseau HHH, Marseille accueillera, à l’initiative du GPMM, l’édition 2011 du « World Halal Forum ». C’est au cours de la dernière réunion du WHF, en juin dernier à Kuala Lumpur, que le GPMM avait proposé le lancement du HHH Network, proposition retenue parmi les résolutions du forum.

http://www.meretmarine.com/

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Quick : après le halal, le bio

quick, bio, halal, fast food

La chaine de fast food avait déjà fait entendre parler d’elle après avoir annoncé le lancement de restaurants halal. Elle parvient à refaire la une, en annonçant un sandwich entièrement bio.

Le succès médiatique et commercial de son entrée dans l’alimentation halal – 22 restaurants halal ouverts à ce jour – semble avoir donné des ailes à la chaine de fast food Quick.

Désormais, un sandwich bio et certifié AB à 100 % sera la star du menu de l’enseigne jusqu’au 29 novembre. Une initiative qui contribuera peut-être à redorer l’image des fast food. Pour l’heure, les adeptes ou les curieux de l’alimentation bio devront dépenser un peu plus : 2,50 Euros pour le sandwich, soit un peu plus que pour un burger classique.

Le département marketing de Quick France justifie le prix en expliquant que les coûts de production bio sont plus élevés que pour les produits « normaux ».

Cette nouvelle opération démontre aussi la volonté de la marque de s’inscrire durablement dans les marchés dits de niche.

Vincent Ruiz [aujourdhui.com]

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Le port de Marseille mise sur la filière halal

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) – Le port de Marseille entend devenir la plateforme de distribution de référence en Europe pour la distribution de produits halal, un marché de 150 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale.

Le développement économique de cette filière connaît une progression de 15% par an depuis 1998 et le marché français est estimé à plus de cinq milliards d’euros en 2010.

« C’est un marché en pleine extension en Europe. Un si grand business nécessite une logistique très professionnelle que personne n’a jusqu’à aujourd’hui été en mesure d’organiser », déclare Dirk Becquart, le directeur du développement du Grand port maritime de Marseille (GPMM).

Le port de Marseille s’est associé à son homologue de Port Klang, en Malaisie, pour lancer officiellement un réseau mondial de plateformes de distribution (« hub ») de produits halal.

« Ce sont les deux premiers maillons de la mise en place d’une chaîne logistique halal qui doit s’internationaliser », ajoute le responsable portuaire.

L’ambition commune des deux ports est de lancer un réseau de hubs qui propose aux acteurs de la filière – producteurs, exportateurs et distributeurs – une offre respectant les contraintes spécifiques à ce marché.

D’autres ports de la planète sont appelés à rejoindre ce réseau, notamment ceux issus des principaux pays exportateurs de produits alimentaires halal que sont le Brésil, la Chine, l’Australie et les pays de l’Asie du Sud-est.

TENTATIVE INFRUCTUEUSE À ROTTERDAM

Mais le succès n’est pas garanti, le port de Rotterdam ayant déjà tenté une expérience de ce type avant de l’abandonner.

« Il lui a notamment manqué des sociétés logistiques sur lesquelles s’appuyer, ce qui sera le cas pour le port de Marseille », dit encore Dirk Becquart.

La société de transport multimodal SDV, une filiale du groupe Bolloré qui emploie 28.000 personnes dans 29 pays, a déjà fait part de son intérêt pour ce projet.

« Puisque le flux existe, autant qu’il soit structuré », dit le directeur de SDV à Marseille, Bruno Torrente. « Nous n’en sommes pas encore à chiffrer les hausses de marché mais à évaluer précisément les flux. Cela devrait prendre environ six mois avant une viabilité probable courant 2011. »

En dehors des marchés traditionnels des pays musulmans, la filière halal s’est fortement développée à travers un nouveau bassin de consommation constitué par les populations musulmanes de deuxième et de troisième génération.

La distribution suit donc le modèle économique des produits de masse. La production à grande échelle se fait dans les zones spécialisées de l’agro-alimentaire, essentiellement l’Europe, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-est.

L’utilisation de canaux logistiques est ensuite privilégiée avant une mise sur le marché par les enseignes de la grande distribution, via des produits intégrés dans les gammes des principales marques de l’agro-alimentaire.

En France, la chaîne de restauration rapide Quick a fait passer de huit à 22 le nombre de ses établissements spécialisés dans la vente de produits halal, au risque de relancer la controverse sur une stratégie commerciale qui a réveillé le débat sur l’intégration des musulmans dans le pays.

« On n’a aucune vision confessionnelle, mais une logique commerciale qui doit nous conduire vers la mise en place d’un système organisé et certifié Halal au niveau mondial », se défend Dirk Becquart.

Edité par Yves Clarisse

http://www.lepoint.fr/

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Le forex et la finance islamique

Depuis deux ou trois ans, la finance islamique est devenu un sujet d’actualité en France. En effet, de nombreuses institutions bancaires ont perçu l’intérêt de miser sur cette déclinaison de la finance traditionnelle pour attirer de nouveaux investisseurs et aussi pour s’implanter dans les pays arabes. La crise de 2008, qui a ébranlé le modèle capitalistique américain, a donné des ailes à la finance islamique, présentée comme vertueuse et, à tort, à l’écart des errements du modèle financier occidental. Cependant, la crise de Dubaï, présentée par l’économiste français Michel Ruimy comme la «crise d’adolescence de la finance islamique » (cliquez ici pour lire l’article ), a porté un coup à ces suppositions.

Pour autant, la finance islamique reste toujours d’actualité et le monde du marché des changes, longtemps dominé par le modèle américain, se tourne progressivement vers cette déclinaison de la finance traditionnelle afin de faire une place à un nouveau profil d’investisseurs.

La finance islamique est en fait née dans les années 70 dans le but de développer des services bancaires et des produits financiers qui soient compatibles avec les préceptes du Coran. Jusqu’au début des années 2000, la finance islamique était encore peu connue en Europe et aux Etats-Unis. Le Royaume-Uni, du fait notamment de ses anciens liens coloniaux dans le Golfe, fait figure de proue en Europe puisque, dès 2004, la place financière de la City propose des produits financiers compatibles avec le Coran. Cette nouvelle période qui s’ouvre coïncide d’ailleurs avec l’émergence de puissants fonds souverains du Moyen-Orient qui sont alimentés par l’argent du pétrole.

Progressivement, la finance islamique suscite un vif intérêt de la part des milieux bancaires et financiers occidentaux qui voient dans cette déclinaison de la finance traditionnelle un nouveau moyen de se développer et de prospérer.

La France, dont le cadre juridique ne se prête guère à la finance islamique, se tourne timidement vers  ce nouveau marché à partir de 2008 en permettant dans un premier quelques opérations sous forme de mourabaha sur le marché des entreprises. La mourabaha est un contrat de vente au prix de revient majoré d’une marge bénéficiaire connue et convenue entre le vendeur et l’acheteur. Depuis, plusieurs discussions ont lieu afin d’adapter le cadre juridique français à la finance islamique.

Comme tous les marchés financiers, le forex s’ouvre également à la finance islamique. De plus en plus de brokers proposent déjà des comptes compatibles avec les prescriptions du Coran, comme Etoro , et certains brokers sont même installés dans le Golfe, à Dubaï, à l’instar d’ACM ou de Saxo Banque . Bien que le modèle de finance islamique ait été ébranlé par la crise de Dubaï, cette nouvelle activité continue d’attirer de plus en plus d’acteurs mus soient par des motifs religieux soient par les perspectives de bénéfice.

La principale différence entre le forex islamique et le forex normal tient au fait qu’il n’y a pas de swap sur les comptes forex en accord avec le Coran. En effet, le swap , qui a lieu tous les soirs à 23H, n’est pas pris en compte sur un compte forex islamique. C’est la principale différence entre un compte forex normal et un compte forex islamique.

Certains peuvent, à juste titre, souligner que le forex islamique est une nouvelle astuce marketing mais il convient également de souligner qu’elle répond à une demande croissante de la population, même en France, qui souhaite pouvoir investir tout en respectant certains préceptes de sa religion.

http://www.forex.fr/

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La BID prend le contrôle de la Banque Islamique du Sénégal

Seule banque au Sénégal qui propose des produits financiers islamiques, la Banque Islamique du Sénégal vient de tomber dans le giron de la Banque Islamique de Développement.

Par Ismael Aidara

Cette institution financière a recapitalisé depuis juillet dernier la Banque Islamique du Sénégal ( BIS) et détient 70% des actions suite au rachat des parts de  Dar al-mal al-islami, basée à Genève. Conformément à la feuille de route de son dernier business-plan à l’international, la BID passe à la vitesse supérieure. Ses ambitions de renflouer les banques islamiques implantées en Afrique subsaharienne se précisent.  Une source proche de l’institution financière, nous a révélé, ce mardi 21 septembre, que la BID a racheté 37% des parts de Dar al-mal-al-islami qui étaient de l’ordre de 44% au moment de l’acquisition.

Banque Islamique de Développement

Cette opération dont la finalisation remonte à juillet 2010 a permis à l’institution financière islamique de développement d’être l’actionnaire majoritaire à hauteur de 70% au côté de l’Etat sénégalais qui conserve 22% des parts du capital.

Des sources bien informées nous ont rapporté que l’institution financière, Dar-al-mal-al-islami, basée à Genève n’a pas été rentable ces deux dernières années et a largement été plombée par un endettement cumulé.

Après cette entrée en force dans le capital de la BIS, la BID envisage à court terme de recapitaliser les banques islamiques installées au Sud du Sahara. De source bancaire autorisée, ces opérations d’acquisition globales interviendront qu’après les missions d’audits et d’évaluation de la BID soient effectuées dans ces banques.

«  L’Afrique subsaharienne dont le Sénégal, le Mali, le Niger, la Guinée, regorge un potentiel énorme en termes de marché de produits islamiques. Il va falloir exploiter ses niches en sensibilisant le maximum de gens sur les produits islamiques, méconnus du public, et gagner la confiance surtout des institutions de micro-finance qui foisonnent sur le marché et des entreprises publiques et privées en y domicilant leurs portefeuilles » a commenté notre source.

Selon nos informations, la BIS qui est en avance nette sur les autres autres banques de la place  a approvisionné ses comptes en portant le capital à 10 milliards Fcfa avant même la date du 31 décembre 2010

Signalons que la BIS s’est distinguée dans le financement des activités des biens et services avec 2,6 % des parts du marché sénégalais et un total-bilan avoisinnant 60 milliards Fcfa pour l’année 2009.

http://www.lesafriques.com/

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Après le halal, Quick se lance dans le burger bio

Laurence Desjoyaux

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Depuis ce mardi et jusqu’au 29 novembre, la chaîne de restauration rapide propose un cheeseburger bio. Après la spécialisation de 22 restaurants dans l’offre de burgers halal, Quick poursuit sa stratégie de niches.

Manger bio dans un fast-food est désormais chose possible. Quick propose, depuis ce mardi un cheeseburger 100% bio, du pain à la sauce en passant par la viande et le fromage. Après le jus de pomme et le yaourt issus de l’agriculture biologique lancés en avril dernier, ce sandwich certifié AB vient renforcer l’offre bio de l’enseigne.

Pour éviter les confusions avec le cheeseburger classique, le steak de la version bio a la particularité d’être carré et les oignons sont en forme de cubes. La différence se retrouve aussi dans le prix puisqu’il coûte 2,5 euros, soit 43% de plus que le burger classique. «Le prix de revient d’un cheeseburger bio est de 70 à 80% supérieur au produit classique», explique Laurent Niewolinski, directeur marketing de Quick France, pour justifier ce surcoût.

L’hamburger bio n’est pas tout à fait nouveau. Le chef Marc Veyrat avait notamment lancé un fast-food entièrement bio dont la carte comprenait un burger bio. Mais c’est la première fois qu’une des grandes chaînes de restauration rapide se lance dans la vente à grande échelle d’un plat issu de l’agriculture biologique. Une échelle pas forcément compatible avec celle de la production biologique : l’offre est limitée à deux mois «essentiellement pour des questions d’approvisionnement, précise Laurent Niewolinski. Quick a besoin de volumes tels qu’il est impossible d’être assuré d’être approvisionné tout au long de l’année».

Halal, bio, une stratégie de niches payante

Le positionnement de Quick sur le bio n’est pas anodin. Pour trouver de nouvelles sources de revenus sur un marché ultra concurrentiel, l’enseigne s’ouvre à des produits de niches. Et le bio est l’une des plus porteuses de l’agro-alimentaire. D’après une étude du label AB, si les produits issus de l’agriculture biologique ne représentent que 1,9% du marché alimentaire total en 2009, ils ont bénéficié d’un taux de croissance de 19% entre 2008 et 2009. Depuis 2005, la valeurs des ventes de bio est passée de 1,6 à plus de 3 milliards d’euros.

En terme de niches, Quick n’en est pas à son coup d’essai. L’enseigne a beaucoup fait parler d’elle en spécialisant 22 restaurants dans l’offre de burgers halal. Une stratégie qui a largement porté ces fruits. D’après un bilan de l’enseigne, les huit premiers restaurants précurseurs qui ont testé le «tout halal» entre le 30 novembre 2009 et le 31 mai 2010 ont vu leurs ventes et leur fréquentation doubler tandis que le ticket moyen a enregistré une forte progression. En moyenne, le développement de cette activité a permis de créer 25 emplois dans chaque restaurant.

Seul bémol à cette stratégie: l’incompatibilité entre ces différents produits de niches. Chez Quick on précise que le cheeseburger bio ne sera pas proposé dans les restaurants halal de l’enseigne, principalement pour des raisons de «faisabilité technique».

http://www.lefigaro.fr/

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