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Archives pour 11/2010

France: à la recherche d’un passé musulman enfoui

Par Laurent Ribadeau Dumas

Les musulmans en France avant l’an mille

Y a-t-il eu effectivement une présence arabe dans l’Hexagone au Moyen Age, à l’époque d’al-Andalus, l’Espagne musulmane ?

Oui, il y a effectivement eu une présence musulmane dans l’ancien territoire de la Gaule méridionale. Chronologiquement, elle a commencé à la fin de l’année 718 quand des contingents arabo-berbères, dépendant des émirs nommés par le califat de Damas, franchissent les Pyrénées.

Ils partent en fait à la conquête de territoires, situés en Gaule, de l’empire wisigoth auquel ils ont mis fin dans la péninsule ibérique. Territoires correspondant approximativement à l’actuelle région Languedoc-Roussillon.

En 719, ils s’emparent de Narbonne, Arbûnah en arabe, qui résiste. Pendant 40 ans, la ville va alors devenir le chef-lieu d’une petite province, comme l’ont été en Espagne musulmane, des cités comme Séville ou Tolède. A partir de 721, Narbonne sert de base opérationnelle pour d’autres opérations militaires. Suivant les voies romaines, les troupes musulmanes se dirigent vers Toulouse, siège de l’exécutif franc. Le raid s’achève mal : l’émir al-Samh est tué devant la ville. A cette époque, nombre d’émirs meurent au combat. La guerre sainte, le Djihad, est une réalité !

En 725-726, un second grand raid est lancé en direction de l’ouest et du nord. Carcassonne est prise, toute la région jusqu’à Nîmes, Maguelonne, Lodève, est soumise. Un important butin tombe dans les mains des conquérants, une partie de la population locale est capturée et emmenée en Espagne. Les combattants se dirigent ensuite vers la vallée du Rhône. Avignon est prise en 734 et Lyon menacé. Selon quelques sources écrites, la ville d’Autun aurait même été touchée par ces raids. En 732 est organisée une autre grande opération du côté de l’Aquitaine. Elle se dirige vers Bordeaux : Eudes, le duc d’Aquitaine, est battu. La progression des troupes vers le nord est bloquée vers Poitiers par Charles Martel, le grand-père de Charlemagne.

La bataille de Poitiers, chère à nos livres d’histoire, a donc bien existé…

Oui. Charles Martel a effectivement arrêté en 732 les troupes musulmanes dans la région de Poitiers. Mais cet affrontement n’a pas eu l’importance historique qu’on lui a accordée par la suite. Ce n’est pas lui qui a mis fin à la présence musulmane dans l’Hexagone. Une autre bataille, celle de Sigean (Aude), cinq ans plus tard, en 737, quand Charles Martel écrase des renforts venus d’Espagne secourir Narbonne assiégée, a eu des conséquences politiques beaucoup plus significatives.

En effet, à l’issue de la bataille de Sigean, le pape se détourne d’Eudes, duc d’Aquitaine, battu à Bordeaux, et décide de conclure une alliance avec Charles Martel et les Carolingiens. Ce qui va permettre à Pépin le Bref, le fils de Charles, de se faire sacrer roi en 751. Les Carolingiens vont ainsi pouvoir se lancer dans la conquête du sud de la France, donnant naissance à des légendes épiques comme la fameuse Chanson de Roland. On peut donc dire que l’islam leur a rendu un fier service !

Que se passe-t-il après Poitiers ?

Les musulmans vont concentrer leurs efforts sur leur nouvelle province avec Narbonne comme chef-lieu. Leur présence, souvent minimisée, n’en a pas moins duré une génération et demi. Arbûnah est bien alors une ville musulmane à laquelle les auteurs arabes font très souvent allusion. Ils décrivent l’Espagne comme un triangle, Narbonne étant considérée comme l’une des extrémités de ce triangle. Les textes arabes mentionnent que les gouverneurs de la cité auront souvent par la suite des fonctions à la tête d’al-Andalus, ce qui dénote l’importance de Narbonne.

Des contingents arabes et des familles berbères viennent s’installer dans la capitale de la province musulmane. Il y a peut-être alors une certaine entente entre les nouveaux occupants et la population locale. Elle a pu être facilitée par la dhimma, la loi musulmane suivant laquelle des droits importants sont accordés aux croyants d’autres religions disposant d’un livre révélé. Cette entente, tout comme le respect des traditions locales, peut expliquer l’échec de Charles Martel qui tente de reprendre Narbonne en 737. C’est son fils, Pépin le Bref, qui y parviendra en 759.

Par la suite, les musulmans n’ont-ils pas tenté de revenir en Narbonnaise ?

Si. Jusqu’en 842, on signale des raids destinés à amasser du butin, mais ils échoueront en raison de la résistance franque. 759 marque donc bien la fin d’une période d’expansion commencée en Arabie plus d’un siècle ans plus tôt. Un peu plus tard, avec la prise de Barcelone par les Carolingiens en 801, la frontière va se déplacer vers le sud.

Quelles sont les preuves archéologiques de la présence musulmane autour de Narbonne ?

D’une manière générale, il y a très peu de vestiges. Même si l’on a retrouvé de nombreuses monnaies de cuivre, les fulus, dans une zone de 15 à 20 km autour de Narbonne, éparpillées le long des anciennes voies romaines empruntées par les troupes musulmanes. On a aussi découvert de manière fortuite deux céramiques islamiques: l’une à Narbonne, l’autre à Alzonne, entreposées au musée de Narbonne. Mais il y a surtout la découverte à Ruscino, près de Perpignan, sur un ancien oppidum romain réutilisé par les musulmans, de 43 sceaux en plomb, couverts de légendes arabes. Ces sceaux devaient servir à riveter des lanières de cuir fermant des sacs de butin.


Etonnante découverte…

Elle est surtout très importante ! Car c’est la première fois qu’apparaît, sur des objets découverts en France même, le nom arabe de Narbonne. On peut en effet lire sur ces sceaux la mention en arabe « butin licite partagé à Arbûnah ». Il s’agit donc du butin (sans doute important vu le nombre de sceaux) provenant du raid de 719. Conformément au droit musulman, un cinquième des prises de guerre devait revenir à l’Etat, le reste aux combattants. La mention de Narbonne semble donc indiquer qu’il s’agissait d’un lieu de pouvoir et d’administration.

N’a-t-on pas retrouvé des traces de bâtiments arabes dans la ville ?

Non, même s’il y avait forcément un centre administratif et une mosquée citée dans un texte arabe. Celui-ci évoque la construction d’un pont. Ces bâtiments n’ont peut-être pas laissé de traces car ils ont pu être réutilisés par la suite. De plus, il faut insister sur le fait que dans tout le monde musulman, on connaît peu de restes archéologiques remontant au VIIIe siècle de notre ère. Il y en a donc d’autant moins en Gaule où la présence musulmane a été brève.

Il y a eu également une présence arabo-berbère en Provence…

Une présence plus longue et plus tardive. Elle commence à la fin du IXe siècle pour s’achever en 972. Des marins, venus d’Almeria (Andalousie), mènent alors des raids à un moment où la Méditerranée commence à revivre après la longue période qui a suivi l’effondrement de l’empire romain. Cette piraterie, qui se met en place de manière plus ou moins officielle, est notamment à la recherche de bois pour la construction de bateaux. Les musulmans s’installent au Fraxinet, le « pays des frênes », que l’on situe aujourd’hui près de Saint-Tropez. Longtemps, on a cru qu’ils s’étaient implantés à la Garde-Freinet. Mais l’habitat fortifié qu’on y trouve et dont les ruines existent encore, date en fait du XIIIe siècle. Il est donc bien postérieur.

Trouve-t-on des traces de l’établissement arabe que vous mentionnez ?

Là encore, non ! La seule certitude qu’on ait, c’est que cet établissement disposait d’un port et qu’il était commandé par un caïd, un personnage de haut rang.

Quelles sont alors les preuves archéologiques de la présence musulmane en Provence ?

Il s’agit en l’occurrence de quatre épaves retrouvées entre Marseille et Cannes. Il faut savoir qu’il s’agit des seules épaves musulmanes retrouvées jusque là dans l’Occident musulman. Pourtant, elles n’ont jamais été fouillées complètement. C’est d’autant plus regrettable qu’elles contiennent, notamment celle du Bataiguier (découverte en 1973 près de Cannes), des centaines d’objets (surtout des céramiques) venus d’al-Andalus. Par ailleurs, l’étude de ces restes de navires permettrait d’en savoir plus long sur les techniques de construction navales du temps.

Quel statut possédait l’établissement du Fraxinet ?

Un statut un peu ambigu. Car le pouvoir de Cordoue acceptait ces pirates quand ils réussissaient leurs coups. Mais s’ils échouaient, il ne les connaissait plus… En fait, les musulmans installés au Fraxinet n’étaient pas seulement des brigands en quête de butins et de captifs. Ils jouaient aussi un rôle géostratégique : celui de couper la Méditerranée en deux pour entraver l’essor maritime de l’Occident chrétien.

Pourquoi les musulmans ont-ils quitté la Provence ?

Probablement parce que cet établissement entravait les bonnes relations qu’al-Andalus tentait d’établir avec certains ports chrétiens. De manière plus circonstancielle, parce que les occupants du Fraxinet ont commis une grosse erreur. En 972, lors d’un raid dans les Alpes, ils ont capturé Saint Maïeul, l’abbé de Cluny, alors l’un des plus importants personnages de la chrétienté. Une importante rançon est payée pour obtenir sa libération. Mais l’aristocratie provençale décide de mettre fin à leur présence. L’année suivante, le vicomte de Marseille s’empare de la région.

Pourquoi y a-t-il aussi peu de recherches archéologiques sur la présence musulmane dans l’Hexagone ?

En France, les archéologues sont évidemment amené à s’intéresser davantage à d’autres périodes, notamment à la période gallo-romaine. Il faut aussi dire qu’on manque de données écrites et matérielles sur l’époque musulmane. De plus, pour les chercheurs, le dossier n’est pas facile à aborder car il se trouve aux confins de deux problématiques, de deux espaces culturels : l’espace musulman et l’espace chrétien.

Vous écrivez que le dossier de la présence musulmane en France est « à reprendre en la débarrassant de ses préjugés idéologiques » (1). Pourquoi ?

Lorsqu’il y a des tensions dans la société, l’inconscient collectif a besoin de trouver des jalons dans le passé pour construire son discours. Parmi ces jalons d’ordre psycho-historique, il y a Poitiers, les croisades, la guerre d’Algérie etc…

Alors c’est vrai, dans la réalité, la bataille de Poitiers se situe dans le cadre d’une conquête militaire. Pour le dire autrement : oui, en 732, ça a castagné du côté de Poitiers ! Mais à l’époque moderne, l’interprétation de cet affrontement donne lieu à une récupération idéologique. Au XIXe siècle, le souvenir de la bataille est devenu un mythe et l’un des évènements marquants de l’histoire de France. Ce combat a notamment été célébré en 1830 par un célèbre tableau de Delacroix, « Le roi Jean à la bataille de Poitiers », exposé au Louvre, et en 1837 par une sculpture de Charles Steuben, commandé par le gouvernement. Ce n’est pas un hasard si le tableau de Delacroix a été peint au moment où la France s’emparait du Maghreb… Par la suite, après 1870, le thème de Poitiers a été récupéré pour montrer la capacité de la France à repousser un envahisseur, en l’occurrence les Prussiens.

On a donc affaire à un évènement exploité pour des raisons politiques. Il faut dépasser cet aspect des choses. D’une manière générale, avec la présence musulmane dans le sud de la France au Moyen Age, il s’agit de redécouvrir une histoire, d’étudier des périodes très mal connues et souvent dépréciées, même si cette présence fut d’une durée assez courte.

(1) « Histoire de l’islam et des musulmans en France du Moyen Age à nos jours », sous la direction de Mohammed Arkoun, Albin Michel (2006)

(L’interview a été relue par Philippe Sénac)

http://culture.france2.fr/

Forum inter-entreprises du halal les 1er et 2 décembre à Bruxelles

(Belga) Le premier forum inter-entreprises du halal en Belgique aura lieu aux caves de Cureghem à Bruxelles les 1er et 2 décembre prochains, ont annoncé jeudi les sociétés CLC Finances, Osmoteam agency et Qualibab International dans un communiqué.

« En 2010, le constat est évident: hier très étroit, le marché halal est en pleine expansion et attire aujourd’hui les entreprises traditionnelles du secteur agro-alimentaire », notent les organisateurs. Le forum permettra aux entreprises ainsi qu’aux consommateurs de rencontrer des acteurs du secteur halal et découvrir les différents produits présents sur le marché. « La Belgique compte 600.000 musulmans, qui sont directement demandeurs de produits certifiés halal. Mais le marché n’est pas limité qu’à une population immigrée mais est également étendu à l’export belge qui a une place importante », détaille Noëlle Paré, la gérante d’Osmoteam. « L’Awex compte 43 entreprises dans son club halal des exportateurs », ajoute-t-elle. « Avec plus de deux milliards de consommateurs musulmans dans le monde, dont 20 millions en Europe, le marché des produits alimentaires halal est en constante progression depuis 1998 (+ 15% par an) », expliquent les organisateurs. La certification halal concerne les produits alimentaires mais aussi les cosmétiques qui contiennent parfois des graisses animales, et la finance. Le Maroc, seul pays à réglementer la certification halal par arrêté ministériel, sera l’invité d’honneur du forum. CLC Finances, Osmoteam agency et Qualilab International sont des agences d’experts respectivement dans le domaine de l’audit, de la planification stratégique de projets internationaux et dans la gestion de la qualité. (LEE)

http://trends.rnews.be/

Aperçu sur l’histoire de la philosophie islamique

Arefeh Hedjazi

La philosophie islamique commence bien évidemment avec l’islam et s’inspire notamment des enseignements coraniques. Le Coran, pourtant, n’est pas un livre philosophique. Cependant, avec le développement et l’expansion de l’islam dans des pays possédant déjà des traditions philosophiques bien ancrées, puis avec l’important mouvement de traductions et de découvertes des sagesses antiques des pays conquis, cette nouvelle foi a inspiré une philosophie nouvelle, qui étudiait les grandes questions posées par le Coran dans l’optique d’une théosophie islamique. Diverses traditions philosophiques, de la philosophie grecque aux philosophies indiennes, chinoises en passant par la philosophie antique iranienne, sont venues dès le départ enrichir la philosophie islamique naissante. D’autre part, l’islam s’est très vite divisé en multiples courants de pensées, aux tendances et aux argumentations théologiques différentes, pour que nous ne puissions guère parler aujourd’hui d’une seule et unique philosophie islamique.

Le mouvement de traductions après l’islam

Peu après la conquête musulmane, un mouvement de traduction des ouvrages scientifiques, philosophiques et littéraires des civilisations conquises ou d’autres civilisations comme la civilisation grecque commença à partir du califat omeyyade (661-750) pour atteindre son apogée durant le califat abbasside. Ce mouvement de traduction commença à la fin du VIIe siècle, continua durant tout le VIIIe siècle pour atteindre son apogée au IXe siècle. Les premières traductions comprenaient essentiellement les livres scientifiques, mais avec le développement de ce mouvement, en particulier à partir du califat de l’abbasside Abou Dja’far Mansour Davanighi, les domaines de la traduction se diversifièrent : on passa très vite de la traduction des ouvrages de sciences pratiques telles que la médecine, le calcul ou l’alchimie à la traduction des ouvrages de sciences théoriques telles que la physique, la philosophie, la métaphysique et la théologie. Parmi ces traductions, les plus lues étaient les ouvrages médicaux et philosophiques.

Ebn Nadim écrit : « Les musulmans connaissaient les philosophies présocratiques, les sophistes, les sceptiques, les stoïques et les épicuriens. Ils connaissaient également l’atomisme de Démocrite. Et ةpicure influença la théologie et le courant asharite de la même manière que la dimension matérialiste du stoïcisme influença la pensée mutazilite. »

Ces traductions eurent une grande influence sur le développement d’une philosophie islamique indépendante, et la révolution scientifique qu’elles provoquèrent fut encore plus importante que celle que connut l’Europe au Moyen Age. Ces sciences imprégnèrent toutes les dimensions du savoir islamique et le firent sortir du cadre d’une foi simple, car elles obligèrent les musulmans à redéfinir tout ce qu’ils avaient accepté par la foi et à l’appréhender intellectuellement. Cette appréhension intellectuelle du savoir par les musulmans leur permit ainsi de fonder les piliers d’un savoir moderne et original, enrichi par l’apport des civilisations antiques. Ainsi, la tradition philosophique musulmane n’est finalement ni une tradition hellénistique, ni une tradition de pensée asiatique. Elle sut trouver ses propres repères, en utilisant des enseignements islamiques enrichis par ceux des civilisations antiques pour d’abord poser des questions nouvelles et originales, puis tenter d’y répondre dans l’optique d’une philosophie propre à l’islam se différenciant nettement de la théologie.

La naissance de la philosophie islamique

La philosophie islamique s’est très tôt divisée en deux tendances principales – mais non exclusives l’une de l’autre : celle de pensée péripatéticienne [1] arabe inspirée d’Aristote, dont le dernier grand nom fut Averroès, et l’illuminisme

néoplatonicien notamment avec l’école de l’ishrâq. Cependant, très tôt, les penseurs musulmans ont commencé à accorder une grande place à l’ascèse et à la purification intérieure comme accompagnement de la pensée purement spéculative, ce qui a conduit à parler davantage de théosophie (hikma) que de pure philosophie. Beaucoup d’historiens, cantonnant cette tradition de pensée à sa dimension hellénisante, ont considéré jusqu’à il y a quelques décennies que la philosophie islamique avait pris avec Averroès. En réalité, la pensée islamique a bel et bien continué  et s’est enrichie en Iran pour s’exprimer sous la forme d’une théosophie élargissant les frontières du raisonnement philosophique, en prenant en compte la dimension imaginale et intérieure de la pensée, pour pleinement à réconcilier la raison et la prophétie (nobovvat).


Averroès répondant à ses détracteurs dans une mosquée

Cela dit, la traduction de certains dialogues de Platon et surtout des œuvres d’Aristote eut un rôle essentiel dans la constitution de la philosophie islamique notamment chez deux grands penseurs à l’origine de la philosophie islamique, c’est-à-dire Abou Youssef Ya’ghoub Al- Kindi et Abou Nasr Fârâbi.

Al-Kindi

Abou Youssef Ya’qoub Kindi (801-866), connu sous le nom de « Philosophe arabe », est considéré comme le père de la philosophie islamique. Même s’il n’a pas été capable comme Fârâbi, son successeur, de bâtir un système philosophique homogène, il est tout de même le premier à avoir théorisé de nombreuses questions auxquelles la philosophie islamique tenta de répondre après lui.

En philosophie, Al-Kindi était proche de l’école athénienne néo-platonicienne, plutôt que de l’école d’Alexandrie qu’adopta plus tard Fârâbi. Il était également influencé par les idées pythagoriciennes, mais demeura avant tout péripatéticien. Il n’en réfuta pas moins quelques points l’aristotélisme, comme la théorie de l’éternité du monde.

Il y a dans la pensée de Kindi une profonde relation entre la philosophie et la religion qu’on perçoit moins chez Fârâbi et Avicenne. Al-Kindi croyait en deux formes de connaissances : la connaissance humaine, dont la plus haute forme est la philosophie, et la connaissance divine, supérieure à celle de l’homme, en cela que la forme de savoir qu’elle implique sera toujours hors de l’atteinte de l’homme. Ainsi, il faut que les vérités qui font l’objet d’une révélation divine et qui sont intellectuellement et rationnellement hors des frontières de la connaissance humainetelles que les questions de la création du monde à partir du néant ou la résurrection physique des hommes après la mort – soient acceptées telles quelles. Pour Al-Kindi, la philosophie et la science sont donc soumises à la « révélation » (vahy).

Fârâbi

Si Al-Kindi est le premier philosophe musulman, c’est pourtant avec Abou Nasr Mohammad Fârâbi (870-950) que la philosophie islamique commence véritablement. Surnommé « Magister secundus », il fut le véritable fondateur de la philosophie hellénisante islamique. C’est dans son œuvre que de nombreuses questions et problématiques philosophiques à propos de l’existence (vojoud), l’existant nécessaire (vâjib al-vojoud), la quiddité (mâhiyat), les notions d’éternel et de temporel (qadim, hâdith), l’intellect (’aql), etc. furent systématisées pour la première fois. Important commentateur d’Aristote et de Platon, il fut lui-même un chef d’école et on considère qu’il eut la même importance dans la philosophie islamique que Plotin dans la philosophie occidentale.

Comme beaucoup de philosophes postérieurs grecs, il cherchait à réconcilier les pensées aristotéliciennes et platoniciennes en s’inspirant notamment de l’interprétation de la philosophie aristotélicienne par les commentateurs grecs postérieurs. Il s’inspirait également de la pensée d’Aristote dans le domaine de la logique, de la connaissance de l’âme, de la métaphysique et de l’éthique, même si on retrouvait de nombreux motifs platoniciens dans sa pensée et plus particulièrement dans sa métaphysique.

Fârâbi est également le premier à avoir systématisé la question du rôle de la faculté imaginative (khayâl) et de la philosophie de la prophétie (nobovvat). Acceptée telle quelle, la prophétie est nécessaire à la perfection de l’homme, mais en tant qu’elle prend place dans la faculté imaginative de l’homme, elle aide aussi à enrichir son intellect. Pour Fârâbi, la prophétie, en ce sens, n’est ni la possession de l’homme par les forces du monde de l’invisible et des êtres immatériels, ni un état mystique. Le sujet de la révélation divine est un homme parfait, ayant atteint les hautes sphères de la pensée qui sont situées au même niveau que les hautes sphères de la prophétie embrassant les mêmes réalités. La pensée de Fârâbi est une alliance originale et nouvelle de la philosophie aristotélicienne et néo-platonicienne avec une coloration islamique et en particulier, chiite duodécimaine.

Avicenne

Avicenne apparut à une époque où les bases d’une philosophie islamique avaient déjà été posées. Il est le premier philosophe musulman à avoir bâti un système philosophique cohérent qui a dominé la philosophie islamique durant des siècles, malgré les attaques de Ghazzâli ou de Fakhr-e Râzi. Cette domination tenait d’une part à l’aspect achevé du système philosophique avicennien et d’autre part, au génie et aux analyses précises et subtiles d’Avicenne concernant la pensée philosophique grecque et islamique. Il fut un brillant héritier qui non seulement intégra la pensée grecque dans l’édifice de la philosophie islamique, mais eut aussi une grande influence dans la scolastique médiévale où sa Métaphysique eut un rôle déterminant dans la pensée d’Albert le Grand ou de Thomas d’Aquin. La caractéristique essentielle de la pensée d’Avicenne réside dans la précision et la méticulosité avec lesquelles il sépare et définit les concepts. Cette caractéristique rend parfois difficile la compréhension du système avicennien, tout en donnant une grande précision à ses argumentations, mais c’est aussi sur cette base qu’Avicenne put bâtir un système de pensée aussi cohérent. Lire la suite…

Louga : l’association islamique ABI finance le mariage de 20 couples

Louga, 28 nov (APS) – L’association de bienfaisance islamique (ABI) de Louga, appuyée par ses partenaires des Emirats arabes unis, a financé, récemment, 20 mariages de jeunes couples qui ont reçu chacun une enveloppe de 200.000 frs CFA et un lit, a appris l’APS.

Les nouvelles épouses ont aussi obtenu chacune du matériel de cuisine et une valise remplie d’habits au terme de mariages scellés publiquement au centre culturel Serigne Sam Mbaye et en présence de beaucoup d’imams.

Les mariés âgés entre 17 et 20 ans qui ont exprimé la demande ont été choisis selon leur situation sociale avec le consentement de leurs parents.

L’association de bienfaisance islamique a, en sus des mariages, remis à chacun des 233 orphelins pris en charge cette année une enveloppe financière de 45.000 frs CFA dont 5.000 frs seront versés dans leurs comptes d’épargne.

‘’Cette enveloppe de 45.000 frs remise chaque trimestre aux orphelins constitue leur prise en charge socio-éducative et sanitaire’’, a indiqué le président de ABI, Mactar Fall.

Venu communier avec ses frères musulmans en cette journée de solidarité, le représentant des partenaires émiratis Cheikh Saleh Al Suwaihi a procédé à la distribution des enveloppes en présence des membres des familles des orphelins.

‘’La prise en charge d’un orphelin est un bienfait pour l’islam, c’est une forte recommandation du prophète (PSL) qui a demandé de veiller sur cette personne et lui donner à manger’’, a soutenu Cheikh Saleh Al Suwaihi.

Selon lui, ‘’le fait d’être orphelin n’est nullement une fatalité car le prophète lui même l’avait été’’.

PON/ADC

http://www.aps.sn/

Grèce : une première mosquée pour les musulmans d’Athènes ?

Après les récentes attaques virulentes qu’ont subit les musulmans grecs de la part de militants identitaires lors de la prière de l’aid al Adha à l’Attaki Square, cette nouvelle pourrait redonner du baume au coeur.

L’architecte Zaha Hadid souhaite offrir à Athènes sa première mosquée.

Mercredi dernier, l’Agence de Presse grecque (Ana) a fait savoir que Zaha Hadid, architecte anglo-irakienne, a déclaré vouloir réaliser gratuitement une mosquée à Athènes. La première mosquée qui sera peut être inaugurée dans la capitale grecque, l’une des seules capitales européennes à ne disposer d’aucune mosquée, ou lieu de culte officiel pour les musulmans qui y vivent.

Malgré les maintes requêtes auprès du gouvernement grec pour la construction d’une mosquée ou d’un lieu de culte musulman à Athènes, depuis plusieurs années déjà, aucune d’entre elles n’aura concrètement abouties. L’Etat grec avait pourtant donné son feu vert en octobre 2007 pour ériger une mosquée dans le quartier d’Eleonas à l’ouest d’Athènes, qu’il s’était même engagé à  subventionner. Mais celle ci n’aura jamais vu le jour, sous la pression de l’Église orthodoxe et d’activistes nationalistes qui s’étaient ouvertement opposés à un tel projet.

Jusqu’à présent, ces nombreux rejets ont obligé les musulmans grecs, dont une partie sont immigrés à prier dans des immeubles insalubres laissés à l’abandon, ou sur la place publique comme ce fut le cas pour la prière de l’aid al Adha 1431/2010. Les seules mosquées présentes sur le territoire sont concentrées à Thrace, au nord est du pays, qui compte environs 300 mosquées pour une population à majorité d’origine turque.

mosquee grêce

A dominante chrétienne orthodoxe, la Grèce voit d’un mauvais oeil cette proposition

L’architecte Zaha Hadid, celèbre pour ses créations architecturales modernes, dont la dernière fut le musée d’art contemporain à Rome, a fait l’objet d’un vif débat dans le pays suite à  sa proposition, précise l’Ana. La Grèce dont les pouvoirs ecclésiastiques et étatiques ne sont pas séparés (contrairement à la France depuis la loi de 1905) voient ses décisions politiques être encore beaucoup influencées par l’Église orthodoxe. Retardant ainsi la concrétisation de ce genre d’initiative, surtout lorsqu’elle concerne l’Islam.

Car selon les statistiques officielles, plus de 90% des habitants en Grèce sont de confession chrétienne orthodoxe sur un total d’environs 11 milions d’habitants, sans compter le nombre croissant de partisans nationalistes à tendance islamophobe. Le reste de la population grecque n’englobe que quelques minorités religieuses, telle que la communauté musulmane composée de près d’un millions de fidèles.

Espérons seulement que cette fois ci sera la bonne insha Allah, pour les milliers de musulmans athéniens qui attendent encore de pouvoir se réunir au sein d’un lieu de culte digne de ce nom.

Par Oum Maryam.

http://www.ajib.fr/

La finance islamique séduit la France

Quick a récemment fait couler beaucoup d’encre à propos de l’ouverture de restaurants servant de la viande halal, les supermarchés développent des rayons dédiés à leurs clients musulmans… L’adaptation des produits de consommation aux consommateurs ne s’arrête pas là, puisque la finance islamique est en train de se développer en France.

La banque de détail se fixera-t-elle aussi sur le segment marketing des musulmans français ? La réserve de clients est là : une majorité de ces derniers (55 %) est intéressée par une « offre bancaire compatible avec leurs convictions religieuses ou éthiques », selon une étude IFOP (Institut Français des Opinions Publiques) réalisée en avril 2008. Et la volonté politique d’ouvrir le marché à la finance islamique existe bel et bien.

Aujourd’hui, les produits tenant compte des interdits du Coran – prohibition du jeu, du porc, de la prostitution, de la spéculation, de l’intérêt – ne sont pas autorisés en France. La législation impose aussi, par exemple, l’affichage d’un TEG (taux effectif global) dans le contrat d’un crédit à la consommation, un taux non compatible avec l’interdiction des taux d’intérêt que prévoit l’Islam. Mais la demande d’une finance islamique est présente, comme le montre la création du diplôme de finance islamique délivré par l’Ecole de Management de Strasbourg. Une première en France.

Le Royaume-Uni, lui, a autorisé l’ouverture de banques islamiques sur son territoire depuis 2004. Il fait figure de proue dans le monde occidental. Londres affiche ainsi sa volonté de devenir la place européenne de référence en matière de finance islamique. La France, qui compte trois fois plus de musulmans que la Grande-Bretagne, et qui est historiquement liée à des régions musulmanes, a des cartes à jouer pour développer sa finance islamique. Christine Lagarde, ministre de l’Economie, semble en être consciente. En juillet dernier, elle déclarait que la France allait « développer sur le plan réglementaire et fiscal tout ce qui est nécessaire pour rendre les activités de finance islamique aussi bienvenues ici à Paris qu’à Londres et sur d’autres places ».

La marche est en route…

GdC

http://e-delit.com/

Une porte de la mosquée de Marmande (47) souillée de tags racistes

Hier matin, des inscriptions racistes ont été découvertes sur le lieu de culte.  Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a fait part, aujourd’hui dimanche, de sa « profonde indignation »

 L'association responsable de la mosquée, fréquentée par 350 familles, a porté plainte hier après-midi suite à la découverte de ces tags racistes.  photo EL.

L’association responsable de la mosquée, fréquentée par 350 familles, a porté plainte hier après-midi suite à la découverte de ces tags racistes. photo EL.

«On ne comprend pas. On ne comprend pas… » Ahmed Chahdi, le président de l’association des musulmans de Marmande qui gère la Mosquée El Kods, était abasourdi, hier matin.

À l’aube, l’un des membres du lieu de culte, venu prier, a découvert des inscriptions sur la porte qui mène à la salle réservée aux femmes. Des insultes, une croix gammée, des sigles nazis et autres graffitis à caractère raciste souillaient les deux battants de la porte. Aucune autre partie de l’enceinte n’a en revanche été abîmée. « Il ne faut pas pour autant minimiser ces actes, ce phénomène islamophobe qui malheureusement se voit trop souvent. C’est révoltant de faire ça. Surtout dans une ville où il fait bon vivre », commentait le secrétaire de l’association, Daniel Blin.

Une communauté discrète

Le président Ahmed Chahdi ne comprend pas ces agissements. « Nous sommes une communauté discrète. Nous avons même un grand parking pour ne pas gêner les trottoirs au moment des prières. Nous ouvrons les portes régulièrement, nous accueillons les écoles, nous avons des relations de partenaire avec le lycée, la mairie. Regardez nos murs ! Ils sont crépis de la même façon que les maisons voisines pour justement nous fondre au mieux dans le paysage. Alors pourquoi nous attaquer ? »

Un voisin justement, « ami de la mosquée », tente de calmer les esprits en expliquant que « ce sont les gens en souffrance qui sont auteurs de tels agissements. Cette haine envers les autres ne s’exprime que parce qu’ils éprouvent de la haine contre eux-mêmes. Les gens se trompent de colère. »

Plusieurs soutiens se sont manifestés suite à cette découverte, notamment la municipalité qui, par les voix du maire Gérard Gouzes et de son premier adjoint Jean Guérard, a condamné avec la plus grande fermeté ces actes. Le sous-préfet Ghyslain Chatel s’est rendu sur place en début d’après-midi, exprimant à son tour, son indignation.

Des précédents liés ?

Dans l’après-midi, le président de l’association des musulmans a déposé plainte « pour ne pas voir de tels actes se reproduire. Il y a 2 ou 3 ans, on avait déjà retrouvé des graffitis sur les murs de la mosquée. J’espère que cette fois-ci les gendarmes pourront faire quelque chose. »

L’enquête a été confiée à la brigade de recherche, appuyée par la brigade de Marmande. Le capitaine Gambier annonçait d’ailleurs au représentant de la mosquée que la gendarmerie déploierait tous les moyens pour retrouver le ou les auteurs des faits. Dès 11 h 30, un renfort d’Agen, technicien en identification criminelle, procédait à des analyses et effectuait des prélèvements de peinture. L’écriture sera étudiée pour multiplier les pistes d’investigation.

Un groupe de travail devrait très rapidement être constitué au sein de la brigade de gendarmerie pour recouper toutes ces informations, les enquêtes de voisinage et les affaires précédentes dans le Marmandais.

En effet, début août, le mémorial de la déportation et de la Résistance de Marmande avait été souillé, tout comme deux immeubles de la cité de la Gravette. Quelques jours plus tard, des tags antisémites, négationnistes et racistes avaient été signalés sur la cabine téléphonique et sur un panneau d’affichage du village de Gaujac. Toutes ces inscriptions avaient été tracées à la bombe de peinture rouge. Celles inscrites hier l’ont été en blanc. L’enquête devra donc déterminer s’il existe un lien entre ces différents agissements.

http://www.sudouest.fr/

Ma mosquée est bien surveillée

Ma mosquée est bien surveillée
Les communautés musulmanes en Occident ont toujours intéressé les services de renseignement des pays où elles se trouvent, que ces services s’appellent Renseignements Généraux (avant leur fusion avec la DST) en France ou le CSIS au Canada.
L’article que je vous propose porte précisément sur l’espionnage dont fait l’objet la communauté musulmane de Toronto, la métropole économique du Canada. Comme le signale le responsable de la Canadian Arab Federation, ces activités d’espionnage se sont récemment intensifiées. En réalité, ces pratiques qui existent depuis longtemps, notamment en France, n’ont fait que se développer depuis les attentats du 11 septembre 2001 et la hantise du terrorisme « islamique ».
Les méthodes utilisées sont tout ce qu’il y  a de classique et passent par la rémunération de personnes qui fréquentent telle ou telle mosquée et à qui on demande de restituer la teneur des propos (éventuellement menaçants) qui ont circulé dans la mosquée, sermon de l’imam compris. Le vivier d’informateurs est classiquement constitué par la frange de la population qui est au chômage ou encore en situation de séjour irrégulier; en France come au Canada, c’est exactement la même chose.
La pérennité du job tenant en partie à l’apport d’informations sulfureuses, il va de soi que les informateurs ont tendance à livrer des informations dignes de rémunération si ce n’est d’intérêt.
Tout Etat a bien entendu le droit de se prémunir contre des menaces venant de l’extérieur comme de l’intérieur, ce qui implique la collecte de renseignements. On peut juste se poser la question des méthodes, car nous sommes là devant une pratique d’espionnage extensive qui considère à priori tels ou tels lieux de culte comme des endroit où seraient susceptibles de s’ourdir des complots. Ainsi, à Toronto, ce n’est pas une mosquée en particulier qui fait l’objet de l’attention des services secrets mais presque toutes. De même, le recours à des informateurs recrutés surtout dans la partie la plus fragilisée de la population cible n’est certainement pas de nature à favoriser un recueil d’informations pertinentes et fiables.
L’ampleur de la menace potentielle attribuée aux communautés s’est accrue, mais la méthodologie d’approche n’a cependant guère évolué, elle s’est simplement généralisée. Appliquée à une autre confession religieuse, elle provoquerait un énorme scandale. Aucun risque de ce genre avec l’Islam.
Les services secrets accusé d’espionner les mosquées de l’agglomération de Toronto
par TOM GODFREY, Toronto Sun (Canada) 21 novembre 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri
Dans l’agglomération de Toronto, des dizaines d’informateurs sont payés par les services secrets canadiens pour espionner les mosquées du Grand Toronto, affirme un responsable communautaire arabe bien connu.
Khaled Mouammar, qui préside au niveau national la Canadian Arab Federation, dit avoir reçu au moins une douzaine de plaintes au sujet des espions du Canadian Security Intelligence Service (CSIS) qui ciblent des fidèles et offrent de l’argent en échange d’informations.
Il accuse les agents d’agiter des liasses de billets devant des fidèles qui sont rémunérés pour transmettre des « informations sensibles » obtenues dans des mosquées.
« Il y a des informateurs du CSIS dans toutes les principales mosquées de la région de Toronto, » affirme Mouammar. « Il y a des gens dans notre communauté qui sont au chômage et ont besoin de cet argent. »
Il affirme que ces informateurs sont payés en argent liquide en fonction du caractère sensible des informations qu’ils apportent à leurs agents traitants, qui sont originaires du Moyen orient et pratiquent l’arabe couramment.
« Les informations qu’ils fournissent conduisent à de nombreuses enquêtes dépourvues de fondement, » explique Mouammar. « Des familles ont été ruinées par leurs allégations. »
Il affirme que les agents ciblent les érudits Musulmans qui fréquentent les mosquées, les chômeurs ou de jeunes hommes en situation irrégulière.
« On leur donne de l’argent et on les force à ramener des informations, » affirme Mouammar. « Ces personnes sont interrogées par les agents deux jours après qu’on ait dit quelque chose dans une mosquée. »
Des membres de la Canadian Arab Federation disent qu’on promet à des hommes, qui sont en séjour irrégulier, que leur situation sera régularisée s’ils acceptent de travailler comme espions.
« Cette activité existe depuis un certain temps, » affirme Mouammar. « Cette activité s’est considérablement développée depuis quelques mois. »
Il considère que l’espionnage du CSIS contre les Arabes a dépassé les bornes et doit être stoppé.
« Les gens ne peuvent pas parler librement à la mosquée et sont réticents à s’exprimer, » déclare Mouammar. « Les gens sont préoccupés et inquiets. »
Selon lui, les récriminations vont des agents qui viennent interroger des Musulmanes à domicile en l’absence de leur mari parti travailler aux jeunes gens qui sont pressés par les agents de donner des informations sur leurs amis et collègues de travail.
Taher Mufti, porte parole du CSIS, explique que la mission de son service est de prévenir le gouvernement de menaces potentielles pour la sécurité.
« Le CSIS travaille avec diverses communautés du Canada via des programmes de sensibilisation et de liaison, » affirme Mufti dans une déclaration. « Nous recevons des informations utiles de la part de toutes les composantes de la socité canadienne. »
Mufti ajoute que « le service ne discute pas publiquement de ses activités, de ce qui l’intéresse ou de ses méthodes. »
Mounadil djazaïri
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Un nouvel imam provisoire pour la mosquée de Bernon

Jebrel, le nouvel imam pas encore titulaire, est présent le vendredi à la mosquée Abou Bakr de Bernon dès le matin.

Jebrel, le nouvel imam pas encore titulaire, est présent le vendredi à la mosquée Abou Bakr de Bernon dès le matin.

Pas encore officiellement titulaire à la mosquée d’Epernay, le nouvel imam réalise pourtant des interventions. Alors qu’il multiplie les aller-retour entre Reims et Epernay, les discussions avec l’ACME sont en cours.

LES musulmans sparnaciens étaient orphelins. Depuis l’expulsion de Saïd Essayah (ancien imam) en avril dernier, les fidèles n’avaient personne pour diriger la prière commune.
Plusieurs semaines plus tard, un remplaçant a été trouvé comme l’explique Medhi Meliani, secrétaire de l’Association culturelle des musulmans d’Epernay : « Je sais qu’il vient une fois par semaine de Reims. Je crois qu’il est originaire de Côte d’Ivoire ». Pas encore officiellement titularisé à la mosquée Abou Bakr, Jebrel (son prénom) fait pour le moment l’intérim. « Il fait quelques interventions mais n’est pas officiellement titulaire » explique Ahmed Hmam, président de l’association qui gère le lieu de prière.
Diplômé d’un doctorat en droit économique, Jebrel multiplie pour l’instant les aller-retour entre Reims et Epernay. « Pour le moment, il est trop tôt pour dire qu’il est affecté ici. Il intervient tous les vendredis pour conduire le prêche » poursuit Ahmed Hmam.
Expulsé le 2 avril dernier à la suite d’une situation irrégulière, Saïd Essayah avait déserté le lieu de prière (voir encadré).

Pas encore titulaire

Jebel, imam rémois assure donc l’intérim en attendant de voir la situation se stabiliser. « Pour le moment, aucune décision officielle n’a été prise » insiste Ahmed Hmam. « Il devrait avoir un niveau de salaire élevé car il est très diplômé. De toute façon, s’il prend ses fonctions, ça ne sera pas avant début 2011 ».
Actuellement à la mosquée Abou Bakr en « dépannage », « il sera régularisé comme membre de l’association si les pourparlers trouvent un terrain d’entente » développe le président de l’association des musulmans d’Epernay.
Quant au sous-préfet Gilles Giuliani, il reconnaît que les dernières nouvelles de l’ancien imam datent « de sa reconduction en Espagne puisque son titre de séjour était espagnol si je (me) rappelle bien ». Selon toute vraisemblance, un possible retour de Saïd Essayah ne semble toujours pas être à l’ordre du jour.
« Au jour d’aujourd’hui, on peut dire qu’il se déplace en dépannage pour tous les musulmans d’Epernay » poursuit Ahmed Hmam. Les membres de l’association semblent insister sur le fait que l’homme n’est là (pour le moment) que pour combler le vide laissé par Saïd Assayah.
En attendant de voir la situation évoluer, dans un sens ou dans l’autre, Jebrel officie au moins le vendredi pour guider les fidèles dans leur prière vers la Qibla.
Stéphane GUERRINI

http://www.lunion.presse.fr/

Agen. Un chantier financé par les dons

Entamé depuis septembre 2009, le chantier progresse lentement./Photo Jean-Michel Mazet.
Entamé depuis septembre 2009, le chantier progresse lentement./Photo Jean-Michel Mazet.

Les faux-plafonds, le toit en plaques de fibro-ciment de la mosquée d’ Agen démontés, les travaux progressent au rythme des dons. L’argent reste à trouver pour le chauffage.

Depuis 1996, la mosquée d’Agen s’est implantée rue du Jourdain dans de vastes hangars, derrière le canal et la voie ferrée. Vétustes, inadaptés, les bâtiments sont repris sur un rythme lent de travaux. Le chantier, entamé en septembre 2009 après le ramadan, devrait se prolonger plusieurs mois encore. À ce stade, Kamel Regoug, conseiller régional du culte musulman et porte-parole de l’Association des musulmans d’Agen, n’est pas en mesure de fixer un délai d’achèvement des travaux.

Sur les trois entreprises locales du bâtiment mises en concurrence, celle de Simon Bonis (Castelnaud-de-Gratecambe) avait emporté le marché du gros œuvre. « Nous avons réglé la facture de 260 000 €. Nous avons acheté la toiture en acier, 30 000 € qui remplace les plaques en fibrociment mais il nous reste à financer le chauffage ». Pour les finitions à l’intérieur des 1200 m2 de surface de prières, la main-d’œuvre est basée sur le bénévolat des fidèles. La matière première est achetée par l’association. Pour financer le reste, elle compte sur le don de temps ou d’argent.

De 5 à 1 000 €

Qui donne et combien ? « C’est selon les moyens de chacun. Les plus aisés donnent plus. 500, voire 1000 €. A Montanou, une mère de famille a versé 5 €, sa petite fille a voulu participer. Elle a sorti… 30 centimes d’euros ». Kamel Regoug tient à jour un cahier des comptes où à chaque nom correspond une somme. Pas question de solliciter une subvention à la ville : « Nous vivons sous le régime de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ».

Les travaux avancent au rythme de la rentrée d’argent. « Si nous n’avons pas assez, pour régler, nous ne nous engageons pas, pour ne pas avoir d’impayés ». L’argent est principalement collecté le vendredi mais aussi à l’occasion de déplacements programmés longtemps à l’avance pour solliciter les associations plus importantes, dans les Landes, en Gironde. « Nous n’accepterons jamais un financement d’un pays extérieur. Nous sommes libres, dans un pays libre ». L’association est « très attachée à sa neutralité », insiste Kamel Regoug. Côté déco, ne lui parlez surtout pas de minarets : « Ce sont des petites tours pour accompagner l’architecture. L’appel à la prière s’effectue à l’intérieur ». En somme, des tours pour avoir tout d’une grande…

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LA XÉNOPHOBIE ET LE FANATISME La course vers l’abîme

L’islamophobie n’est pas une vue de l’esprit, mais une tragique réalité qui présage de lendemains néfastes.

De nouveau, Barack Obama, à l’occasion de sa visite en Indonésie, a réitéré son respect des musulmans. Plus personne ne croit les intentions. De simples paroles ne peuvent cacher la réalité. Les faits contredisent les intentions. La déception est immense face à cette rhétorique, qui semble un voeu pieux. L’Occident a un passé antisémite. Il a fallu une guerre, l’horreur de l’Holocauste pour que la banalisation de l’antisémitisme dans la société s’estompe nettement; aujourd’hui, c’est le musulman qui est dans l’oeil du cyclone. «L’Occident face à l’Islam», tous les jours une certaine presse occidentale met de l’huile sur le feu et les actes contre les lieux de culte musulmans et les discriminations se multiplient. Les citoyens sont choqués, lassés par l’alarmisme et la dichotomie inappropriée qui exacerbent les crispations. Nous sommes en colère contre les extrêmes de tous bords. La colère est saine, nous devons alerter l’opinion internationale, car le déferlement des discours de la haine sont en train de dépasser toutes les limites. Nous assistons à la mise en pratique du mot d’ordre funeste du choc des ignorances. Ceux qui se disent développés, civilisés et modernes ne savent pas garder raison, ils bafouent le droit à la différence et le respect d’autrui. Ils alimentent le fanatisme. Xénophobie d’un côté, fanatisme de l’autre peuvent transformer notre monde en enfer.

Riposter sagement
A ce jour, les citoyens, de toutes croyances ou non-croyances ne sont pas dupes et ne tombent pas dans le piège de la confrontation et des polémiques. Mais demain, la propagande xénophobe peut créer des désastres et entraîner le monde entier dans une guerre civile totale. Dans un monde en crise morale et économique, marquée par le désespoir, alors que la société a besoin d’apaisement, ce sont surtout des «élites» médiatiques qui s’agitent et donnent la parole aux extrémistes. Quand on prétend informer et contribuer à résoudre les problèmes, il est contradictoire de les poser de manière sciemment tronquée. L’air du temps délirant perturbe, mais il nous faut informer et riposter sagement afin que la vie suive son cours et que nul ne puisse empêcher les êtres humains de se rencontrer, de partager et de s’estimer.
Des médias occidentaux donnent la parole aux extrémistes du dénigrement qui redoublent de férocité. Qu’ils cherchent, à partir de l’Islam, comme de toute autre source, de se concocter une religion hybride, pour eux seuls, un «self Islam», conforme à la logique faustienne ou à leurs fantasmes, c’est leur affaire, libre à eux. Ce n’est ni les premiers, ni les derniers individus qui folklorisent et infantilisent la pratique de la foi. Certes, ils se prévalent de l’Islam, se présentent comme «intellectuels musulmans» et en même temps ils le dénigrent de manière schizophrénique. C’est un signe de dérèglement, ne leur donnons pas d’importance. Ces «nouveaux intellectuels», dits de culture musulmane, qui se flagellent, affirment que «l’Islam est foncièrement violent», que «Dieu» s’est définitivement retiré, que l’au-delà est une fiction et le Coran un texte sacralisé archaïquement, semblent souffrir. Les plus virulents adversaires de l’Islam ne parlent pas comme eux, avec une telle désinvolture et surtout un tel masochisme. C’est une faille incommensurable. On se demande s’il faut en rire ou pleurer, ou s’il faut leur porter un quelconque regard? Il faut les ignorer et que les croyants prient pour eux. De par leur position de dénigrement, ils sont sollicités par des médias occidentaux qui, n’en croyant pas leur chance, s’accrochent à eux, les définissent comme «courageux», en vue périodiquement de sortir l’antienne de l’Occident («civilisé») face à l’Islam («barbare»).
Ces médias cultivent la religiophobie, excluent tout autre interlocuteur que les «révoltés» contre leur communauté et n’ont plus d’arguments que la répétition de mensonges insidieux, adeptes de l’idée qu’en les répétant, il en restera toujours quelque chose. Surfant sur l’exaspération face à des comportements fondamentalistes marginaux mis sur le devant de la scène, ils gomment la frontière abyssale entre Islam et extrémisme, amplifient la culture de la peur et sponsorisent ceux qui renient leur «origine», sous prétexte de «moderniser» l’Islam.

Les extrêmes se nourrissent
Pour ces «intellectuels musulmans» extrêmes, mi-consciemment, mi-inconsciemment, c’est la spirale de la surenchère: qui dira le plus du mal de l’Islam et des musulmans? Par eux, les musulmans sont sommés de se nier, sinon ils sont diabolisés. De par leur aveuglement ces «intellectuels» décrédibilisent la logique, pourtant incontournable, de la critique, de l’interprétation et de la réforme. De plus, il ne s’agit pas pour nous de remettre en cause le droit de critiquer, la religion, y compris avec virulence et de manière infondée. Nul de sensé ne peut soustraire la religion à l’examen critique, mais vouloir stigmatiser, heurter, injurier gratuitement, de manière obsessionnelle et ouvertement discriminatoire, n’est pas digne d’une société démocratique.
L’immense majorité des croyants accepte la critique sans limite, prouve le mouvement en marchant, vit avec son temps, sait ce qu’elle croit et ce qu’elle veut et refuse le dénigrement outrancièrement offensant, la stigmatisation et l’amalgame. Elle refuse tous les extrêmes. Elle sait que les extrémistes, qui rejettent la critique, instrumentalisent la religion et s’enferment dans le repli, sont une infime minorité qui apporte de l’eau au moulin d’autres extrêmes: ceux qui dénigrent de manière pathologique et contribuent à l’invention d’un nouvel ennemi. Les dérives ne sont pas d’un seul bord, les extrêmes se nourrissent. L’immense majorité des croyants sait que les extrémistes, de tous bords, ne peuvent pas tromper tout le monde tout le temps. De plus, ce qui est si grand et si haut, en l’occurrence pour les croyants leurs références fondatrices, parle de lui même et ne peut être atteint. Par la hauteur de vue et le bel-agir, le besoin de partage et le vivre-ensemble l’emporteront. En Palestine, en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, partout, le cortège de violences aveugles suit l’envahisseur et l’occupant.
Ignorance et arrogance s’entremêlent. Ces abcès métastasent le monde. Les puissants de ce monde semblent ne plus rien maitriser ni leur économie, ni leur appétit insatiable de puissances, ni l’avenir. Comme un train fou, sans pilote, le système dominant est devenu sauvage et cannibale. Au coeur de sa stratégie, la haine du musulman pour faire diversion.

Rétablir la confiance
L’islamophobie, comme hier l’antisémitisme, n’est pas une vue de l’esprit, mais une tragique réalité qui présage de lendemains néfastes. Nous devons appeler à la résistance pacifique, énergique et plurivoque.
Du dedans, il nous appartient de rétablir la confiance, en réformant nos sociétés, en condamnant fermement les violences aveugles, en affichant notre solidarité avec les croyants discriminés d’autres religions. Les citoyens européens de confession musulmane doivent adapter leurs pratiques culturelles et identitaires au contexte du pays où ils vivent, en se méfiant du repli sur soi et en se tenant à distance des intégrismes. Les non-musulmans doivent reconnaître le droit à la différence, pas seulement à peine tolérer l’autre, mais rechercher le vivre-ensemble, le dialogue et refuser les amalgames. Ils doivent se souvenir que le problème est éthique, moral, l’injustice étant le principal problème. Les décideurs politiques européens doivent se garder de positions électoralistes, d’exploiter les peurs et de stigmatiser les musulmans. La xénophobie, le sentiment antimusulman, la haine et l’agressivité qui sous-tendent la terreur des puissants, scient la branche sur laquelle les sociétés développées sont assises. Les voyous sont ceux qui ruinent le vivre-ensemble et mettent le feu partout, les politiciens et les pseudo-intellectuels qui utilisent la peur pour faire diversion et s’enrichir. Ils nourrissent la haine des uns et le terrorisme des autres.
L’insécurité est le résultat d’un système qui refuse de reconnaître les causes des problèmes. Le monde dominant entraîne toute la planète vers le désastre, s’il ne se corrige pas. On se dirige tout droit vers l’abîme, si tous les hommes de bonne volonté ne s’unissent pas pour mettre fin à la xénophobie et au fanatisme, à tous les délires.

(*) Philosophe
intellectuels@yahoo.fr

Mustapha CHÉRIF (*)

CHÉRIF MOHAMED ALI AIDARA, PRESIDENT DE L’INSTITUT MOZDAHIR INTERNATIONAL : « La micro-finance islamique est un bel instrument de lutte contre la pauvreté »

(Le Soleil) – A l’occasion de l’ouverture du Centre Al Ghadir dédié à la finance islamique, Cherif Mohamed Ali Aïdara, président de l’Institut Mozdahir International (Imi), revient, dans cet entretien, sur le rôle et la place de ce mode de financement dans le tissu économique et social. Un bel instrument de lutte et d’éradication de la pauvreté au Sénégal, selon ses propos.

Quels sont les principes de la finance islamique ?

La Charia est un ensemble de règles fixées par le Coran et la Sunna du prophète Mohamad (saws). Dans le Coran, l’interdiction du riba qui est le taux d’intérêt fixe et prédéterminé, est claire, voir les versets 275 à 279 de la sourate Al Baqarah. En règle générale, les principes de la finance islamique s’articulent autour des points suivants : la prohibition du taux d’intérêt fixe ou riba, l’interdiction de la spéculation (maysir) et du gain en l’absence de travail ou de risque, l’investissement dans des activités prohibées par la Charia. A ceux-là, s’ajoutent le partage des pertes et des profits, le prélèvement de la Zakat et du Khoms (le cinquième de certains types de revenus) sur les biens en vue d’assurer la protection sociale des pauvres.

Quel rôle pourrait jouer la micro finance islamique pour le développement de notre pays ?

La micro finance constitue un moyen de lutte contre la pauvreté. Au Sénégal, 48 % de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté et n’ont pas accès au système bancaire classique. Les statistiques ont montré que la finance islamique est plus attrayante pour les populations en général, ce qui constitue un atout pour l’impulsion de la micro finance au Sénégal. Elle est particulièrement adaptée aux besoins des plus pauvres car elle n’est pas exigeante en termes de garanties. Ce qui constitue l’une des barrières majeures à l’accès au financement. Aussi, la micro finance islamique écarte la notion d’intérêt fixe et prédéterminé, ce qui rend ses produits très diversifiés et mieux adaptés aux besoins de la population. Ce mode de financement participe aussi au développement en apportant des solutions viables et durables à travers des méthodes de sortie de la pauvreté. Elles sont axées sur des projets d’accompagnement rentables afin d’asseoir un développement qui puisse élever le niveau de vie des populations.

La micro finance islamique est peu connue des populations, comment la définissez vous ?

La micro finance est un terme utilisé pour désigner l’accès aux services financiers (l’épargne, le crédit, l’assurance) aux populations pauvres exclues du système bancaire classique. Elle vise les mêmes objectifs mais à travers des produits qui respectent les principes de la Charia. La banque islamique est une institution récente mais les pratiques financières islamiques existent depuis les premiers temps de l’Islam. D’ailleurs, le Prophète Mohamad et l’Imam Ali ont été des précurseurs dans la micro finance.

Dans quelle mesure ce type de financement participe-t-il à la lutte contre la pauvreté ?

La micro finance islamique et la finance islamique en général sont les meilleurs instruments non seulement de réduction mais d’éradication de la pauvreté. La micro finance islamique possède des instruments qui sont spécialement dédiés à la lutte contre la pauvreté. Ce sont des produits comme la Zakat (l’aumône obligatoire), la Sadaqa (l’aumône volontaire), les Awqaf (dotations perpétuelles), le Qard (prêt sans contre partie financière). Il est important de préciser que l’objectif de ces produits n’est pas d’entretenir les pauvres tout en les maintenant dans leur situation mais plutôt de les faire sortir définitivement de cette précarité. C’est pour cela que les musulmans doivent se réorganiser entre eux et surtout en ce qui concerne la Zakat et les Awqaf.

Quel est le public cible de la micro finance islamique ?

Le public de la micro finance islamique est constitué des ménages de faibles revenus, des petits artisans, des agriculteurs et des commerçants. Mais cela n’est pas restrictif car n’importe qui peut s’impliquer dans la micro finance islamique. Soit comme investisseur soit comme associé ou emprunteur. D’ailleurs, un bel exemple de solidarité serait que les riches qui ont de l’argent dans les banques investissent dans des micros projets portés par les pauvres. C’est ce que l’on appelle un investissement socialement responsable. Et pour un musulman, il y a aussi la récompense divine dans ce monde et dans l’autre. Le prophète Mohammad a dit que celui qui paye la Zakat (l’obligatoire et volontaire) s’enrichit.

Quelle est la méthodologie de prêt dans la micro finance islamique ?

Il y a plusieurs possibilités acceptées par la Charia. Je vais vous en citer quelques-unes. La Moudaraba qui est un lien entre un prêteur de fonds et un commerçant, un artisan ou un homme d’affaire. Le préteur appelé rabalmaal possède des capitaux qu’il veut faire fructifier. Celui à qui l’on prête appelé moudareb possède un savoir-faire. Les deux s’associent et se partagent les bénéfices. En cas de pertes, le préteur perd son argent et l’autre ses efforts. La Moucharaka est la fusion de capitaux en vue de partager les bénéfices et les pertes au prorata des quotes-parts de chaque associé. C’est une sorte de vente qui se fait avec une marge bénéficiaire convenue entre l’acheteur et le vendeur.

Quels sont les domaines d’intervention de la micro finance islamique ?

Il n’y a pas de limite dans les domaines d’intervention sauf en ce qui concerne les choses prohibées par la Charia telles que les boissons alcoolisées, la drogue, la prostitution entre autres.

http://www.reussirbusiness.com/

Chine : une islamisation du vivant du Prophète

Une délégation de l’Organisation de la conférence islamique s’est rendue début novembre en Chine pour observer les conditions de vie des musulmans autochtones. La Turquie y était représentée par Mehmet Görmez, président du Département des affaires religieuses (Diyanet).

Le constat est globalement positif : la liberté de culte est de plus en plus respectée, et le pays compte à ce jour 44.000 mosquées. Toutefois, l’éducation religieuse est largement insuffisante et les musulmans interrogés disent manquer de moyens humains et matériels. Mehmet Görmez a appelé à « renforcer les liens avec les autres pays musulmans ». La Chine compte aujourd’hui environ 20 millions de musulmans (1,5 % de la population totale). Deux communautés, l’une turcophone, les Ouïgours, l’autre, sinophone, les Hui, représentent à elles seules environ 90 % des musulmans de Chine. Les Ouïgours habitent la région du Xinjiang, où ils constituent la minorité nationale la plus nombreuse (8,4 millions), et la deuxième minorité musulmane de Chine juste derrière les Hui. La région compte aussi d’autres communautés turcophones : kazakhe, kirghize, ouzbèke et tatare. Dispersés à travers le pays, les musulmans sinophones, les Hui, sont le groupe le plus important numériquement (9,8 millions). Ils sont physiquement semblables aux Hans, le groupe dominant, parmi lesquels ils vivent. Enfin, il existe deux communautés musulmanes mongolophones : les Dongxiang et les Bao’an.

Commerce et soufisme, les voies de l’islamisation

C’est du vivant même du Prophète que l’islam a pénétré en Chine. Des commerçants arabes ou perses y étaient déjà établis depuis plusieurs générations, dans l’Ouest du pays et dans les villes portuaires comme Canton. C’est parmi cette population que l’islam chinois connaîtra ses premiers adeptes. Selon la tradition locale, en 627, l’oncle du Prophète, Sa‘d ibn Abî Waqqâs, vient prêcher l’islam à Canton. Il y fait construire le premier minaret, qui sera aussi, et pendant plus de mille ans, le seul phare du pays. En 650, le calife ‘Uthmân envoie un ambassadeur auprès de l’empereur Yongwei pour l’inviter à embrasser l’islam. S’il décline l’invitation, l’empereur exprime son respect pour les principes islamiques, et permet qu’une mosquée soit bâtie. Le plus ancien « temple de pureté et de vérité » remonte néanmoins à 742. Baptisée « Souviens-toi du sage » (Huaisheng) en mémoire du Prophète, c’est l’une des plus anciennes mosquées du monde. Les marchands musulmans d’origine arabe ou persane multiplieront les mariages avec les autochtones chinoises et turques ; c’est là l’origine du groupe ethnique hui. L’islamisation des tribus d’origine turque et mongole, dont les Ouïghours du Turkestan oriental, se situe à peu près à la même époque. Elle est liée à la conquête de l’Asie centrale par les Arabes. Toutefois, cette islamisation ne deviendra massive qu’avec la conversion des princes turcs karakhanides (998-1212). Elle sera en outre renforcée par la présence des confréries soufies (Yasawiyya, Qadiriyya et Naqshbandiyya, notamment), dont l’action prosélyte ignore les barrières ethniques. Enfin, sous la domination mongole (13e-14e siècles), les musulmans seront favorisés : ils occuperont les plus hautes fonctions dans l’administration comme dans l’armée, et seront à la tête de plusieurs corporations. Ils se signaleront également dans les domaines de la médecine, des mathématiques, de l’astronomie et de l’architecture. C’est à partir du 17e siècle, avec l’avènement des Mandchous, que la situation des musulmans commence à se détériorer. Elle s’aggrave de manière significative au 20e siècle où, durant la Révolution culturelle (1966-1976), des millions de musulmans seront persécutés. La période des réformes qui suivra rétablit la liberté de culte : elle est à l’origine de l’épanouissement actuel de l’islam chinois. Cette nette amélioration n’efface toutefois pas l’oppression du peuple ouïghour colonisé par les Hans, ni l’instrumentalisation dont fait l’objet la minorité musulmane, destinée à offrir à l’économie chinoise toujours plus de marchés dans les pays musulmans.

Seyfeddine Ben Mansour Lille

http://www.zamanfrance.fr/

Chic et décomplexée, la mode musulmane change de visage

Si en France la mode musulmane évolue assez lentement, en Turquie elle a connu un véritable boom, symbole de l’essor économique et culturel d’une nouvelle classe de musulmanes à la modernité décomplexée.

A Istanbul, sur les quais bondés d’Eminönü, des femmes enveloppées dans des manteaux sombres et des foulards noués sous le menton bousculent d’autres femmes vêtues de couleurs vives et la tête couverte d’un voile soigneusement sculpté autour du visage. Il y a deux décennies un tel style vestimentaire, distingué et religieux à la fois, existait à peine en Turquie. Mais aujourd’hui il est de mise chez les plus hautes personnalités, comme la Première dame turque Hayrünnisa Gül et l’épouse du Premier ministre, Emine Erdogan. Les marques qui se sont spécialisés dans cette niche s’attendent à une évolution très prometteuse. Le voile reste l’une des questions les plus controversées de la Turquie.

De la façon dont le foulard est lié, accessoirisé, jusqu’au comportement de la femme qui le porte, lorsqu’il s’agit du voile tout est lourd de sens dans ce pays laïc qui compte 74 millions d’habitants, à majorité musulmane. D’un simple couvre-chef, stigmatisé dans les premiers jours de la République turque comme étant arriéré et rural, il est devenu, dans les dernières décennies, un vêtement soigneusement travaillé et tout à fait commercialisable, incarnant ainsi le défi lancé par une nouvelle classe de musulmans aux élites laïques de la Turquie. « Il était difficile de trouver quoi que ce soit de chic pour les femmes couvertes il y a 10 ans, mais la mode a fait d’énormes progrès pour les musulmanes dans les six à sept dernières années », déclare Alpaslan Akman, un responsable de production et de marketing d’Armine, une marque de mode musulmane. Armine est connue pour ses campagnes à fort impact. De grandes affiches sont accrochées dans les bars et boîtes de nuit du centre d’Istanbul  – des modèles sereins qui contrastent avec l’agitation de ces lieux.

« Nous sommes plus chanceux que les générations précédentes. Nous avons un plus grand choix de conceptions et de couleurs pour les foulards », déclare Filiz Albayrak, une vendeuse de 30 ans qui travaille dans une boutique de foulards à Istanbul. Environ 69% des femmes turques se couvrent la tête, toutes manières confondues, selon une étude réalisée en 2007. Parmi elles, 16% de ces femmes optent pour le style turban, plus discret et citadin, qui couvre aussi bien les cheveux que le cou.

Regain de confiance

La Première dame de Turquie, qui porte un voile, a co-accueilli les célébrations de la fête de la République avec son mari pour la première fois le mois dernier. Rencontrer Hayrünissa Gül avec son voile dans le palais présidentiel était de trop pour les militaires résolument laïcs, qui ont refusé de participer à la cérémonie. Mustafa Karaduman, fondateur de la maison de mode islamique Tekbir lancée en 1982, observe les changements dans la société et croit en la croissance de ce marché. « Notre travail était très amateur dans la première décennie. Puis, en 1992 nous avons organisé le premier défilé de mode de voiles, qui a attiré sur nous les regards de l’étranger. Maintenant, les vêtements de style islamique sont à l’ordre du jour partout dans le monde » a-t-il affirmé.

Le quotidien turc Milliyet  estime que le marché des vêtements islamiques vaut 2,9 milliards de dollars.Mais si on le voit dans les rues, le voile est interdit pour les étudiantes et les fonctionnaires au sein des institutions de l’Etat laïc. Il est parfois décrit comme étant le miroir du développement socio-économique de la Turquie. La rapide croissance économique a fourni à de nombreuses personnes plus de revenus à dépenser pour elles-mêmes. Par ailleurs, la prise de conscience politique au sein d’une classe musulmane dominante a conduit à rendre le voile très visible, comme le signe de leur place dans la société. La religion est devenue plus importante après le coup d’Etat militaire de 1980 et a été tolérée comme garde-fou contre les idées gauchistes.

Selon Özlem Sandikçi, professeur assistant de marketing à l’Université Bilkent d’Ankara, les jeunes citadines ont commencé à porter d’amples manteaux et de grands foulards faits à la main en guise de message politique. Les vêtements sont devenus peu à peu plus cintrés et plus colorés, comme les musulmanes voulaient être vues et reconnues, précise-t-elle. « La Turquie disposait déjà d’un savoir-faire dans le textile. Donc quand les femmes ont commencé à se couvrir, il est évident que les entreprises ont cherché à répondre à cette demande. Ces petites entreprises ont commencé à s’agrandir et sont devenus de plus en plus des acteurs influents », ajoute-t-elle. Aujourd’hui, les musulmans les plus conservateurs désapprouvent la mercantilisation du foulard dans l’industrie de la mode islamique, tandis que les ardents laïques trouvent que les vêtements sont ostentatoires et trahissent un peu la pudeur que le port du foulard est censé exprimer. « La pudeur est une exigence, mais elle n’est pas la seule », a déclaré Sandikçi ajoutant : « les femmes sont également censée présenter une apparence agréable de façon à agir comme un modèle et être un bon exemple pour l’islam. »

Alexander Hudson Istanbul

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« En prison, je suis la seule à toquer à la porte de la cellule »

 Samia El Alaoui, 49 ans, est arrivée à Villeneuve-d'Ascq à l'âge de 21ans.
Samia El Alaoui, 49 ans, est arrivée à Villeneuve-d’Ascq à l’âge de 21ans.

La Villeneuvoise Samia El Alaoui Talibi est l’une des cinq femmes parmi les 150 aumôniers musulmans de France. Au nord de Paris, elle a même la responsabilité de 22 établissements pénitentiaires et intervient elle-même dans trois prisons pour femmes. Inlassablement, elle porte un discours d’ouverture derrière les barreaux, alors que cette semaine consacre les 17e Journées nationales des prisons.

PAR MARIE VANDEKERKHOVE

villeneuvedascq@lavoixdunord.fr PHOTO LA VOIX

Ne l’appelez pas aumônière : « Mes amis catholiques m’ont dit que c’est ce que portait un prêtre à la veste », balaie-t-elle dans un éclat de rire. Son verbe sucré tiendrait plus du dessert que de la bourse qu’on portait jadis à la ceinture. Non, Samia est aumônier régional musulman depuis 2006. « J’ai pris la suite de mon mari (Moulay El Hassan Alaoui Talibi, devenu le premier aumônier musulman national des prisons, en 2005) comme aumônier régional et je suis sa secrétaire », explique-t-elle. Voilà pour le CV, commencé à Lille I par des études de mathématiques appliquées.

Mais c’est au Maroc, où elle a grandi, que Samia a appris l’ouverture : « Maman était fille d’imam, ma nounou, de rabin, et j’habitais à 150 mètres d’une église, à Tanger ! », énumère-t-elle avec humour. Ajoutez un papa douanier qui ramenait chez lui les voyageurs égarés… Et vous obtiendrez une confession : « La meilleure façon d’aimer Dieu, c’est d’aimer les autres ».

C’est ce qu’elle fait du mieux qu’elle peut, quand elle passe de l’autre côté. Derrière ces barreaux où elle rencontre les femmes des prisons de Séquedin, Valenciennes, Bapaume, ou les « enfants », les mineurs incarcérés de Quiévrechain. Sûre qu’elle leur amène un peu d’oxygène : « Je dis souvent aux filles qu’elles peuvent partager leurs corps, mais pas leur esprit. La spiritualité, c’est la liberté ».

Son humanité attire les confidences. « C’est à moi qu’une détenue va dire sa souffrance de ne pas parler à son fils, qui ne décroche pas le téléphone car il lui en veut », décrypte cette maman de sept enfants. C’est elle qui pleure avec cette femme juive qui vient de perdre la vue, « condamnée au double noir », frissonne-t-elle encore, « l’une des rares fois où j’ai pleuré en prison ».

C’est encore elle que viennent trouver ces deux orthodoxes dans un groupe de prière : « Elles m’ont dit qu’elles aimaient ma façon de parler de Dieu ». Chez Samia, l’oecuménisme est une évidence. Les détenues, la Villeneuvoise les considère comme sa « famille » à qui elle rend visite. Et cette semaine, elle veut aussi être leur voix. Pour, devant les barreaux, faire tomber les barrières. Et éviter que la prison ne reste la dernière Grande muette.

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Groupe interreligieux : demain, une conférence à deux voix

 Les trois membres du bureau du groupe interreligieux ont organisé cette conférence à deux voix. Les trois membres du bureau du groupe interreligieux ont organisé cette conférence à deux voix.

Le groupe interreligieux de Valenciennes (GIR) organise, jeudi, une conférence à deux voix,

à la salle des fêtes de Marly, dans le cadre de la semaine annuelle européenne des rencontres des groupes d’amitié islamo-chrétiens. Le thème ? « La famille, mutations et défis : état des lieux et place de la foi dans nos traditions respectives ». Omero Marongiu, sociologue, membre musulman de la commission interreligieuse, et Bruno Feillet, prêtre catholique, doyen de Valenciennes, curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de l’Escaut et membre de la pastorale familiale, discuteront ensemble de ce vaste sujet. Un sujet proposé par les membres du groupe. « Chacun a amené des idées et petit à petit on a trouvé ce thème », observe Abdelaziz Cherraf, membre du bureau.

Apprendre à se connaître

L’an dernier, lors de cette même semaine de rencontre des GIR, le groupe interreligieux de Valenciennes (composé d’une vingtaine de membres) avait proposé un échange sur les « valeurs et attitudes à transmettre dans les traditions respectives ». Un goûter avait aussi été organisé dans le quartier de la Briquette. Une quarantaine de chrétiens et de musulmans avaient appris à se connaître autour de pâtisseries et d’un thé à la menthe. « Les gens sont curieux l’un de l’autre. Des choses fortes ont été dites par rapport à la foi et au service », explique Marc Dufresnes, membre du bureau lui aussi. Ce type de rencontre pourrait d’ailleurs être renouvelé mais aucune date n’a encore été fixée. L’année du millénaire, c’est de la place de Marie dans les deux religions (musulmane et chrétienne) dont il avait été question.

Le groupe interreligieux de Valenciennes est constitué depuis novembre 2007 de croyants, chrétiens et musulmans, mais il est également ouvert à la participation de membres d’autres courants de pensée « désireux de dialogue respectueux, de promotion du vivre ensemble, de refus des inégalités et de toute forme de racisme, de xénophobie et d’antisémitisme », observent ses membres. Son objectif ? « Une meilleure connaissance mutuelle des communautés chrétiennes et musulmanes et une promotion des valeurs éthiques et spirituelles communes à l’islam et au christianisme. » Avec le départ de Jacques Baudet pour la région parisienne, Marc Dufresnes a rejoint le bureau avec une mission : « Entretenir la flamme et l’esprit de rencontres et de découvertes. » « C’est important que nous apprenions à nous connaître, insiste Agnès Dusenne.

Mais il faudrait aussi que les uns et les autres connaissent leur religion. » • VÉ. B.

Conférence à deux voix, jeudi, à 19 h 30, à la salle des fêtes de Marly.

Le bureau du GIR est composé d’Agnès Dusenne, d’Abdelaziz Cherraf et de Marc Dufresnes. Pour contacter le groupe : gir.val59@orange.fr

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Féminine et non féministe

Hier, une conférence sur le cancer du sein était organisée pour les «Averroèsiennes» à la maison des associations. Hier, une conférence sur le cancer du sein était organisée pour les «Averroèsiennes» à la maison des associations.

Accompagner les femmes de culture musulmane, immigrées ou Françaises, les aider à trouver leur place dans la société, à être autonomes, c’est le but de l’association laïque Averroès relancée il y a un peu plus d’un an par Khaoula Sayah.


CÉCILE RUBICHON > cecile.rubichon@nordeclair.fr
Averroès. Le nom de l’association a interpellé Khaoula Sayah. Parce que c’est le nom d’un philosophe qu’elle perçoit comme « le premier laïc. Les Musulmans le disent musulman, les Juifs le disent juif, les Chrétiens, chrétien. C’est avant tout un être humain. Je ne suis pas spécialiste mais pour moi il symbolise la tolérance, le partage, et par les temps qui courent, on a besoin de ces valeurs ». Alors elle décide de redonner vie à l’association dont les activités étaient suspendues depuis deux ans. C’était il y a 18 mois. Elle en a conservé le but : « accompagner les femmes de culture musulmane dans leur quotidien, les pousser à bouger et exister dans la société ».
Ça passe par des cours de français et des cours d’arabe pour qu’elles puissent communiquer dans une même langue. Interdiction d’utiliser le système D : parler en marocain et déchiffrer la réponse formulée en algérien ou en kabyle. Sauf lorsqu’il s’agit de sensibiliser à des questions de santé ou de citoyenneté. Ainsi, le mois dernier, dans le cadre d’Octobre rose, avec d’autres « Averroesiennes », Khaoula Sayah a passé une matinée dans les locaux des Restos du Coeur pour informer celles qui comprennent mal le français à l’importance du dépistage du cancer du sein. Quand il y a des élections, elle traduit les professions de foi des candidats. Un plus aux ateliers citoyenneté qui visent à expliquer le fonctionnement des institutions françaises.

Car si les 79 adhérentes d’Averroès « se considèrent toutes comme des citoyennes françaises avec des particularités de par leur religion et leur origine », elles ont des profils et donc des besoins différents. Elles ont entre 30 et 60 ans, sont croyantes ou non, certains ont fait des études, d’autres non, certaines sont primoarrivantes, d’autres sont nées en France… En cours de français par exemple, « certaines viennent juste se perfectionner parce qu’elles veulent aider leurs enfants à faire leurs devoirs », observe la présidente de l’association. D’autres ne prennent pas de cours de langue mais participent aux ateliers couture, gym, santé ou encore esthétique. Et la plupart sont investies dans d’autres associations.
Averroès n’a rien de communautaire. D’accord, elles sont « féminines, mais pas féministes ». L’an dernier, des hommes venaient à un des cours d’arabe. Toutes ne le voyaient pas d’un bon oeil, Khaoula Sayah ne le cache pas, mais elles pouvaient aller à l’autre cours. Le psychologue de l’atelier santé est un homme et les femmes lui ont demandé de rester un an de plus. Pour autant, la présidente n’aurait pas invité un gynécologue pour la conférence sur le cancer du sein parce qu’un homme qui parle du corps aurait mis mal à l’aise celles qui croient en l’Islam.

Un état d’esprit plus qu’une association
Née en Algérie, arrivée en France en 1958 à l’âge de 8 ans, Khaoula Sayah, n’est pas croyante. Elle respecte simplement leur sensibilité sans pour autant les ménager. « Elles voulaient faire du sport, pouvoir se mettre en t-shirt sans qu’un homme puisse les voir. Je leur ai fait admettre qu’il est impossible de s’enfermer dans un lieu public On a trouvé un accord : si un homme doit passer, elles sont prévenues. » Ce qui l’aide à les comprendre, ce n’est donc pas la religion mais l’expérience de l’immigration. « Je n’étais pas partie avec cet état d’esprit, mais j’ai l’impression de restituer ce que l’on m’a donné. » L’impression aussi qu’Averroès est plus qu’une association, un état esprit justement, fait de solidarité, ce qui lui donne envie d’aller plus loin.

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Les immigrés musulmans moins bien payés que leurs collègues chrétiens (étude)

Dakar, 23 nov (APS) – Le revenu moyen des immigrés musulmans en France est inférieur de 15 % par rapport à celui de leurs semblables de confession chrétienne, une différence de traitement qu’explique ’’la discrimination religieuse’’ dont les premiers sont victimes dans l’hexagone, révèle une étude américano-française axée principalement sur des expatriés sénégalais.

’’Les conséquences de la discrimination religieuse se traduisent sur le revenu moyen des immigrés musulmans, qui s’avère inférieur de 15 % à celui de ceux de religion chrétienne’’, indique notamment l’étude intitulée ‘’L’intégration en Europe : identification d’un effet musulman ».

Publiée lundi sur le site du quotidien Le Monde, l’enquête qui a été conduite auprès de 511 enfants d’immigrés sénégalais chrétiens et musulmans vivant en France en 2009, montre que les musulmans gagnaient en moyenne 400 euros de moins par mois (262.382 FCFA) que leurs collègues chrétiens.

Les auteurs de l’étude soulignent que leurs travaux pourraient avoir sous-estimé le degré de discrimination visant les musulmans en France car une partie de la population française n’associe pas les Sénégalais à l’islam.

Ils ont également testé les réponses des entreprises françaises à des candidats fictifs soumettant un CV virtuellement identique qui se différenciait seulement par le nom et deux autres indices de l’appartenance religieuse.

Ainsi, pour 100 réponses positives obtenues par une demandeuse d’emploi fictive, chrétienne et d’origine sénégalaise appelée Marie Diouf, une musulmane, appelée Khadija Diouf, n’en a reçu que 38, soit deux fois et demie de moins.

Les chercheurs ont par ailleurs avancé plusieurs hypothèses pour expliquer cette différence, comme la sympathie naturelle ressentie par les Français de souche —dont les quatre grands-parents sont nés en France— envers des immigrants ou des descendants d’immigrants partageant la même tradition religieuse.

Les Sénégalais chrétiens pourraient, du fait de leur appartenance religieuse, susciter une plus grande confiance et mieux communiquer leur désir d’intégration et de réussite que les immigrants sénégalais musulmans, font remarquer les chercheurs.

AKS/CTN

http://www.aps.sn/

Arctique : la mosquée des Inuits inaugurée en grande pompe

Hanan Ben Rhouma

La mosquée la plus septentrionale au monde a été inaugurée le 10 novembre dernier à Inuvik, dans les territoires du Grand Nord canadien, peu avant l’Aïd el-Kébir. Quelque 300 personnes, parfois venues de très loin, ont assisté à son ouverture. Un cadeau venu du ciel pour la petite communauté musulmane de la région.

La mosquée du Grand Nord canadien, la « Midnight Sun Mosque », a été inaugurée le 10 novembre dernier, peu avant l'Aïd al-Adhâ 2010.

La mosquée du Grand Nord canadien, la « Midnight Sun Mosque », a été inaugurée le 10 novembre dernier, peu avant l’Aïd al-Adhâ 2010.
Il fut un temps où les musulmans d’Inuvik priaient dans une cabane de 7 mètres sur 3. C’est de l’histoire ancienne. Ils disposent désormais d’un 145 m² grâce la solidarité intracommunautaire. Après 4 500 km de routes parcourues, une mosquée au parcours hors du commun s’est installée, en septembre dernier, dans cette ville située au-dessus du cercle polaire.La soudaine attention des médias envers la petite communauté musulmane de la région ces dernières semaines a poussé des centaines de personnes des quatre coins du monde à envoyer des dons, ce qui a permis aux travaux d’intérieur de se terminer plus vite que prévu. Un Palestinien vivant à Sainte Catherines, tout près de Toronto, s’est occupé, gratuitement et pendant un mois, des travaux de menuiserie.

Les finitions terminées, la mosquée s’est ouverte au public, le 10 novembre dernier, en présence de nombreuses personnalités locales, dont le maire de la ville. Un musulman de Dubaï est même venu à cette occasion pour offrir un tapis à la mosquée,qui dispose maintenant d’une petite bibliothèque, de salles d’ablutions et d’un espace cuisine. Un dîner réunissant près de 300 personnes s’est tenu à Inuvik pour célébrer l’inauguration, nous informe fièrement Hussain Guisti, directeur général de la Fondation Zubaidah Tallab, chargée de la construction de la mosquée.

Un documentaire en cours de préparation

Depuis, l’édifice religieux est devenu la nouvelle attraction de la ville. Il n’est pas si commun de voir un minaret dans cette région du monde. C’est d’ailleurs bien le seul au pôle Nord. Pour graver cette expérience dans les mémoires des hommes, la « Midnight Sun Mosque », littéralement « le soleil de minuit », fera l’objet d’un documentaire, dont voici les extraits.
http://www.saphirnews.com/

Le Halal, un nouveau relai de croissance

Selon une étude du cabinet Insight, les ventes de produits Halal ont progressé de 23 % depuis un an.

Les produits Halal continuent leur progression dans les hypermarchés. Selon une étude du cabinet conseil Insights SymphonyIri Group, leur chiffre d’affaires en magasin a bondi de 23 % en France sur les 12 derniers mois. Même si ces produits ne représentent que 0,3 % du marché de l’alimentation, le résultat est révélateur de la hausse de la consommation des produits halal, selon cette enquête. Effectivement, le marché, auparavant cantonné aux boucheries ou aux épiceries de quartier, s’industrialise. L’offre Halal a tendance à se multiplier dans les linéaires des grandes surfaces et des groupes comme Nestlé, Fleury Michon et Labeyrie, flairant un bon relai de croissance, créent des gammes entières. C’est pendant les six semaines correspondant au Ramadan que ces produits sont les plus achetés. Durant cette période, les ventes hebdomadaires de Halal augmentent de 60 % par rapport aux autres semaines de l’année, indique l’étude. Pour des enseignes comme Carrefour ou Auchan, c’est devenu une période stratégique dans l’année. Evidemment, la consommation de Halal est liée à la population musulmane, la région parisienne représentant par exemple 32 % de la consommation de produits Halal pour un peu moins de 36 % de la population d’origine étrangère, d’après l’enquête. Globalement en France, le marché pèserait environ 5,5 milliards d’euros dont 1 milliard pour la restauration rapide, selon une autre étude réalisée récemment par le cabinet conseil Solis.

Bruno Askenazi

http://entrepreneur.lesechos.fr/

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