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Plaidoyer pour le retour à un Etat laïc

Par melampous

Laïcité. Ce mot, invoqué comme ultime bouclier par ce que les politiques considèrent comme l’indicible, la percée de M. Le Pen jusqu’au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Mais surtout, cette élection marque sa défaite cinglante (Article en couleur dans le Maquis du Web Français ).

Il s’agissait de sa quatrième tentative, il réalisa alors 16,86 % (4,8 millions de suffrages) au 1er tour et 17,79 % au second tour. Malgré la chance inespérée de faire diriger la France par un leader d’extrême droite, les partisans d’une politique ouvertement raciste, nationaliste et centrée sur l’Etat policier n’ont même pas réussi à mobilier un petit pour cent d’électorat en plus , pendant que M. Chirac se faisait réélire avec les voix de la gauche et d‘une très grande partie de la droite.

Le message adressé aux politiques était pourtant clair : il existe une frange minoritaire (bien que non négligeable) de partisans d’extrême droite, mais le reste de la population française n’accepte pas leurs idées.

Mais Jacques Chirac pris peur.

Il nomma M. Sarkozy  au poste de ministre de l’Intérieur. Ce dernier se chargea d’instaurer par d’innombrables projets de loi un Etat policier (on garde à l’esprit les lois dite Perben I et LOPPSI I qui augmentent les pouvoirs des policiers, procureurs et préfets aux détriments de l’autorité judiciaire et des libertés individuelles).

Le Nationalisme fût flatté par des lois de circonstances, ridicules dans le possibilité d’application, comme celle interdisant de siffler la Marseillaise dans les stades sous peines d’amendes et de prisons. Avant de commenter, je vous laisse admirer la beauté et poésie qui émanent de notre code pénal :

Article 433-5-1 (Créé par Loi n°2003-239 du 18 mars 2003 – art. 113 JORF 19 mars 2003)

Le fait, au cours d’une manifestation organisée ou réglementée par les autorités publiques, d’outrager publiquement l’hymne national ou le drapeau tricolore est puni de 7 500 euros d’amende.

Lorsqu’il est commis en réunion, cet outrage est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende.

Comment caractériser les infractions ? Avec des caméras supplémentaires dans les stades ? Nos impôts serviraient ainsi à payer des policiers  chargés de zoomer/dézoomer sur les bouches des spectateurs pour repérer les impudents ? Et pourquoi pas un micro sous chaque siège ?

En 2008, l’idée nouvelle du gouvernement fût de faire arrêter les matchs . Aucune de ces dispositions très bruyantes médiatiquement, très lourdes à mettre en place, n’a jamais été appliquée.

Au final, notre code pénal s’alourdit de lois inapplicables et liberticides. Donc inutiles.

Enfin, les instincts racistes furent régulièrement flattés. Les attentats du 11 septembre 2001 permirent rapidement d’assimiler toute la communauté musulmane mondiale à une population haineuse du génie occidentale, et au terreau fertile du terrorisme international. Comme cette communauté vit dans ces traditions, et le refus des « valeurs occidentales », ce sont donc des ennemis.

Nous avons envoyé nos armées commettre neuf ans de massacres en Afghanistan. Avant notre flamboyante arrivée, ces peuples vivaient sous des régimes tyranniques, mais bénéficiaient de la paix civile. Aujourd’hui, nous les avons récompensé par l’Anarchie et la guerre civile. C’est valable aussi pour les irakiens. D’ailleurs appeler une guerre d’occupation et de spoliation « Freedom Irak », il fallait oser. Au moins, et contrairement aux américains, nos impôts auront été peu investis en Irak (4 milliards d’euro). Le coût de la Guerre contre la Terreur pour les Etats-Unis s’élève aujourd’hui au montant stratosphérique de 1121 milliards de dollars. Et ils ne sont pas près de rentrer…

Le ministre de l’Intérieur Sarkozy conduira à son terme la mise en place du conseil du culte musulman, initié par Jean-Pierre Chevenement, organe consultatif dont le but inavoué est de servir de caution moral à la politique de stigmatisation du gouvernement. Le ministre se plaignait alors de ces étrangers et français d’origines étrangères qui n’aiment pas la France, qui ne veulent pas s’intégrer. L’Islam oppresse les femmes, conduit aux excisions, aux mariages forcés et à la barbarie.

L’atteinte fondamentale à la laïcité est faite à mon sens lors de la loi de 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques. Pour passer le conseil constitutionnel, la loi se voulut générale à tous signes religieux, mais le débat public ne tourna qu’autour du foulard, au nom de la liberté des femmes, et de la laïcité. A l’époque, j’avais été profondément heurté qu’on puisse se servir de la loi pour réguler le port de vêtements d’enfants, sans que leur sécurité ne soit mise en jeu. C’était une intrusion violente dans un domaine habituellement réservé à l’autorité parentale. A partir de là, toutes les législations visant les musulmans s’appuyérent sur le prétexte de laïcité. La France étant laïque, les cultes devaient disparaître de l’espace public, des administrations et aujourd’hui, la laïcité nouvelle s’attaquent aux entreprises de droit privée. M. Sarkozy a même fini par créer une laïcité dite « positive », dans le but de promouvoir les « racines judéo-chrétiennes » de la France et d’encadrer les religions « incompatibles » avec les valeurs françaises tradionnelles comme l’islam.

Si on revient au sens originel des mots, le concept dit de « laïcité positive »  est une aberration.

Plutôt que de raisonner sur les discours de M. Sarkozy, ce dernier ayant la fâcheuse tendance de transformer des notions considérées comme acquises en quelque chose de nouveau et surtout, complètement différent, mais toujours proche de son intérêt électoral (la laïcité devient positive pour contrôler l’islam, la vidéo surveillance devient « vidéo protection », la très martiale riposte graduée de la HADOPI  s’est muée en quelques mois en une douce et « pédagogique réponse graduée », etc.), j’ai préféré commencer par regarder ce pouvait nous apprendre le Larousse en ligne :

Laïcité : Conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l’Église et de l’État et qui exclut les Églises de l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l’organisation de l’enseignement. (Le principe de la laïcité de l’État est posé par l’article 1er de la Constitution française de 1958.)

Profitons-en aussi pour nous remémorer l’article 1er de la Constitution  de 1958 :

Art. 1. – La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales

Donc, si les chefs religieux ne doivent plus exercer de pouvoir politique, administratif ni organiser l’enseignement. En échange, la Constitution garantit aux citoyens que la République leur assurera égalité devant la loi sans distinction de religion et qu’elle respectera toutes les croyances.

Déjà, on comprend que la « laïcité positive » n’existe pas sur un plan philosophique puisqu’une neutralité ne peut être ni positive, ni négative. Elle est simplement nulle. La République ne s’occupe pas du fait religieux.

Par ailleurs, la Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat est invoquée en permanence dans le débat politique mais son contenu n’est jamais cité. Faisons un retour salutaire ce texte, en nous gardant bien  de nous laisser influencer par les interprétations de nos contemporains. La loi est séparée en un titre Ier qui traite des principes de la loi (2% du texte, sur lequel reposera toute la laïcité), et l’énorme 2ème partie, le titre II qui légifère sur l’attribution des biens et des pensions entre l’Eglise et l’Etat. A l’époque, en effet, tout le problème était de réaliser la scission entre les religieux et la République en réattribuant  à chaque partie ce qui lui est du. Cette scission étant actée depuis plus d’un siècle, penchons-nous plutôt sur ce que cette loi nous a légué, c’est-à-dire le titre Ier :

Titre Ier : Principes.

Article 1

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Article 2

La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes.

Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.

Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l’article 3.

C’est pourtant écrit noir sur blanc. La République assure la liberté de conscience. Elle n’interdit pas, elle assure. Si la République ne reconnaît aucun culte, pour elle, l’islam, le catholicisme, le judaïsme n’existent pas en tant que tel. Il ne peut y avoir de caractérisation par l’Etat d’une islamisation de la France, puisqu’en droit, l’islam n’existe pas. C’est une opinion spirituelle. C’est pour ça que la loi ne reconnaît pas non plus ni les « bons musulmans », qui pratiqueraient un islam dit « modéré », ni les mauvais qui seraient « islamistes ». Par contre elle reconnaît des individus qui auraient organisé une explosion dans un RER, une prise d’otage dans un désert, ou un détournement  d’avion. Pour les condamner, la justice n’a pas besoin de connaître leur religion.

Rappelons-nous aussi la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 :

Article X

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Article XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi.

Sachant que l’ordre public est « l’état social caractérisé par la paix, la sécurité publique et la sûreté » et que le trouble à l’ordre public est « l’atteinte significative à la paix publique », il serait bien difficile de prouver comment une fillette avec un foulard dans une classe arrive à un tel résultat.

Concernant les femmes en burqa qui ont choisi délibérément de la porter, il faut préciser malgré les bonnes intentions de « libérateurs de la femme », et des grands mécènes  luttant contre le « communautarisme », que la LOI n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public porte une atteinte directe à la liberté de conscience, ainsi qu’à la liberté d’aller et venir. Bien que le texte de loi ait réussi à sortir presque immaculé du conseil constitutionnel (une toute petite réserve d’interprétation : on a le droit d’avoir une burqa dans les lieux de culte, alors pourquoi pas dans une synagogue…), si jamais il devait un jour être appliqué contre un citoyen, je ne donne pas cher de son existence face à la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg (la dernière garante des libertés dans la France de 2010).

Autre polémique inutile : il n’y a pas lieu de faire de nouvelles lois concernant les prières de rues du vendredi. Constituant un rassemblement de personnes non annoncé aux autorités administratives, le code pénal possède déjà la notion d’attroupement dans son article Article 431-3 :

Constitue un attroupement tout rassemblement de personnes sur la voie publique ou dans un lieu public susceptible de troubler l’ordre public.

Un attroupement peut être dissipé par la force publique après deux sommations de se disperser demeurées sans effet, adressées par le préfet, le sous-préfet, le maire ou l’un de ses adjoints, tout officier de police judiciaire responsable de la sécurité publique, ou tout autre officier de police judiciaire, porteurs des insignes de leur fonction. (…)

On retrouve la notion d’ordre public, laissée à l’appréciation de la police : si elle estime qu’il n’y a pas de trouble à l’ordre public, elle n’a pas à intervenir. Dans le cas contraire, elle dispose de tout un arsenal répressif à sa disposition pour dissoudre l’attroupement et punir les contrevenants.

Par ailleurs, il faudrait être clair : soit il y a trop de mosquées sur notre territoire, soit il n’y en a pas assez ! De toute façon, pour la République, rien ne change de faire plus de mosquée ou pas, puisqu’elle ne reconnaît aucune religion. Si on respectait la loi de 1905, les constructions de lieu de cultes seraient uniquement freiné sur la teneur du projet immobilier, et non pas sur la présence ou pas d’un minaret… Ce ne sont que des raisons peu glorieuses pour lutter contre un déséquilibre des religions en qui aujourd’hui est en défaveur du judéo christianisme (numériquement pour l’instant, pas encore financièrement).

Si la république redevient laïque, le pouvoir exécutif pourra à nouveau respecter la Constitution (au moins sur ce point), sur les droits et libertés des citoyens à pratiquer leurs croyances sans intrusion administrative ni pénale.

On assiste aujourd’hui à une tentative désespérée de préservation à tous prix de traditions qu’on voudrait figées à travers les âges. Une apologie réactionnaire du « c’était mieux avant la France catholique, tout se perd avec ces musulmans qui essaiment partout leurs traditions et tentent de nous imposer leur mode de vie», en niant le traitement fait par notre pays aux juifs cantonnés longtemps aux métiers de l’argent, de ce qu’on a pu bien faire de nos druides, des guerres de religion et des massacres de protestants. Il y a même 2000 ans, en France, on persécutait des catholiques. La raison conduirait à penser que ça n’était pas la meilleure méthode pour éradiquer le catholicisme de l’Empire Romain… Alors l’islam en France en 2010 !

Il est beaucoup trop facile de se plaindre de la présence de nombre de musulmans dans nos grandes villes, après avoir colonisé une grande partie de l’Afrique, où nos prêtres étaient envoyés pour convertir au catholicisme l’Afrique sans imaginer un seul instant le retour de bâton un siècle plus tard. Les musulmans d’Ile de France ont été parqué en Seine Saint Denis, là où était l’hôpital réservé aux français musulmans (Hôpital Avicenne) car il souffraient de maladies qui ne pouvaient être traité avec les autres français. Enfin, pour construire la France après les indépendances africaines, le gouvernement fit massivement appel aux travailleurs étrangers du Maghreb et d’Afrique francophone. 40 ans plus tard, ces immigrés et leurs enfants devraient renier leurs opinions religieuses pour faire plaisirs à nos politiques, sous peine de devoir endurer loi après loi ?

Comme quoi, les politiques de persécutions religieuses sont une constante à travers les âges, sans que n’en soit tirées définitivement les conclusions nécessaires : laissons les gens libres de croire en ce qu’ils veulent et comme ils veulent.

D’ailleurs, si les chrétiens d’Europe sentent que la ferveur de leur foi à gagner les cœurs et les âmes se laisse débordée par d’autres religions, c’est à eux seuls de s’organiser pour convaincre leurs concitoyens de se convertir, mais sans utiliser les moyens de répressions et communications de la République, sans utiliser la loi comme une arme pour réduire les libertés de ceux qui pensent différemment.

Revenons à un Etat laïc.

Que la République protège à nouveau la liberté de tous à avoir ses propres croyances, de les exprimer chez soi, dans la rue, au travail tant que ça n’interfère pas avec la qualité de celui-ci, dans nos loisirs ainsi que dans les lieux de culte.

Plutôt que de suivre les débats inutiles lancés par l’extrême-droite (UMP incluse) sur leur conception ségrégationniste de la laïcité dite « positive » pour éliminer les croyances des autres de l’espace public, ceux qui souhaitent débattre des religions des autres devraient se rapprocher de ces croyants pour mieux les connaître.

Ou sinon, tout simplement, les laisser tranquilles et se focaliser sur tous les défis qui nous attendent demain : la sortie de la Crise de 2007 politique, institutionnelle, économique et financière, l’éducation de nos enfants, notre épanouissement personnel, etc.

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