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A Istanbul, le halal se pense en mode international

PAR FOUAD BAHRI

Les 25 et 26 octobre dernier se déroulait le premier forum international de réflexion sur la «norme halal» organisé à Istanbul et qui a réuni près d’une soixantaine de pays. Abderrahman Bouzid, expert consultant du cabinet AB Associates Conseil, y était présent. Pour Zaman France, il revient sur les enjeux de cette rencontre

Le week-end dernier, un colloque ambitieux organisé à Istanbul par l’IHAF 2013 (International halal accreditation forum) en partenariat avec l’Agence publique de normatisation turque, ouvrait le débat sur une norme halal au niveau mondial. En présence de représentants de 57 pays musulmans membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) mais aussi d’Europe avec l’Allemagne, l’Autriche, l’Angleterre, la Belgique ou la Bosnie, la rencontre était tournée autour de l’établissement d’une norme standard du halal au niveau mondial. Mais cette question a-t-elle un sens étant donné la diversité géographique, économique et climatique des pays concernés ? Abderrahman Bouzid, expert consultant du cabinet AB Associates Conseil,un cabinet spécialisé sur le halal, y était présent. Pour Zaman France, il revient sur les enjeux de cette rencontre.

Reprendre la main sur le halal

Pour Abderrahman Bouzid, cette question est sans aucun doute pertinente sur le plan économique. «27 % des pays membres de l’ONU sont des pays musulmans. Sur cette proportion, seuls 10 à 17 % des bénéfices mondiaux leur sont reversés. Cela signifie que les producteurs du halal ne viennent pas très majoritairement des pays musulmans», explique-t-il. L’objectif est donc d’inverser cette tendance et de renforcer le commerce au sein de l’OCI en reprenant la main sur un marché dont les bénéfices sont évalués au sein de cette zone à 3,2 trillions de dollars et à 37 trillions de dollars au niveau mondial. Pour y parvenir, l’OCI s’est dotée de moyens et de structures adaptées : le Com CEC, un organe centralisé lui même en lien avec le Standard methodology institute for islamic council (SMIIC). Abderrahman Bouzid considère que le regard porté par les industriels sur le halal a aujourd’hui changé. «Un des éléments intéressants est que le halal a été abordé par le prisme technique. La preuve a été apportée que le halal est un produit qui peut potentiellement faire preuve de transparence». Transparence, mais aussi recherche et développement.

Le retard des musulmans de France

Des informations très pointues ont été données sur la question des organismes génétiquement modifiés par une intervenante palestinienne. Un chercheur du Massachusetts a, quant à lui, abordé le sujet des additifs alimentaires sur un plan hautement technologique en exhortant les pays musulmans à investir dans la recherche et le développement à l’image de la Malaisie, de l’Indonésie et de la Thaïlande. «L’idée était d’élargir et d’enrichir le concept de halal, ajoute M. Bouzid, en y intégrant non seulement la recherche mais aussi les associations de consommateurs avec comme objectif la création d’un réseau de confiance». En France, l’absence de norme halal nationale, due à l’immobilisme des acteurs institutionnels de l’islam, est l’un des principaux freins au développement d’une filière fiable pour le consommateur. La solution pourrait venir des industriels. Il y a deux ans, une initiative en ce sens a été lancée par l’USEF (l’Union pour la Solidarité des Entrepreneurs de France), un conglomérat d’entrepreneurs, d’industriels et de distributeurs pour la mise en place d’une filière halal garantie. Le but étant de décliner un cahier des charges conforme et de mettre en place une agence de notation. Un exemple qui pourrait créer une dynamique positive de rationalisation de la filière halal en France.

L’électronarcose, un handicap pour l’industriel ?

L’un des problèmes posé aux organismes de certification halal est celui des techniques d’étourdissement comme l’électronarcose. Objet d’une divergence juridique chez les savants de l’islam, celle-ci a été autorisée par une fatwa de 1987. En France, la grande majorité des organismes de contrôle valident l’électronarcose, en s’alignant sur la législation européenne qui impose l’usage de techniques d’étourdissement avant l’abattage des bêtes. Il existe néanmoins une dérogation pour les sacrifices rituels, dès lors que le principe de contention est respecté (la contention consiste à ne pas laisser la bête se débattre pour réduire sa souffrance, ndlr). «Une bête sacrifiée sans électronarcose va se vider de son sang. Sa matière première a donc une date de consommation qui se rallonge et un risque bactériologique qui se réduit. Il est donc dans l’intérêt des industriels de s’aligner sur ces critères», défend pour sa part Abderrahman Bouzid.

http://www.zamanfrance.fr/

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