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Au pays du ballon rond, l’islam brésilien gagne du terrain

PARIS

Avec 126 millions de fidèles, le Brésil est le premier pays catholique au monde. Discrète, une petite communauté musulmane s’est solidement implantée au fil du temps, et connaît depuis une quinzaine d’année une progression qui fait parler d’elle.

islam Brésil

Sans pour autant connaître une explosion fulgurante, l’islam se fait lentement, mais sûrement, une place dans la mosaïque religieuse brésilienne. Pour la plupart catholiques, les fidèles se tournent de plus en plus vers la troisième religion monothéiste. Selon l’IBGE – Institut brésilien de géographie et statistiques – le nombre de musulmans au Brésil aurait augmenté de 29.1% entre les années 2000 et 2010. Toujours selon l’IBGE, la plus grande population musulmane se trouve à São Paulo, suivie de près par Paraná, Rio Grande do Sul et Rio de Janeiro.

Un nombre de fidèles difficile à déterminer

Les instances religieuses revendiquent entre 2 et 3 millions de fidèles. Les recensements officiels, eux, n’en dénombrent que 36 000. Aucun des deux chiffres n’est pourtant fiable : les instances musulmanes se basant sur des estimations, et les recensements étant souvent inexacts. En effet, le Brésil ne recense pas la part de sa population musulmane.

Les chiffres ne sont publiés que pour les catholiques, évangéliques, juifs, et adeptes des religions afro-brésiliennes ou spirites. «Les musulmans sont listés dans la catégorie «autres», aux côtés des bouddhistes par exemple» déplore Paulo Pinto, professeur à l’Université Fédérale de Fluminense, cité par le site d’information Dawn.com. Selon lui, les musulmans seraient au nombre d’un million dans le pays. Quoi qu’il en soit, le pourcentage reste moindre sur une population de plus de 203 millions d’habitants. C’est surtout la part de conversions qui est remarquable. À Rio, il y a quelques 500 familles musulmanes dont 85 % sont des Brésiliens convertis.

Les chiffres concernant la démographie musulmane brésilienne ne sont pas précisément connus et oscillent de 36 000 âmes à… 3 millions.

Dans un article du Bondy Blog, Hussein – auparavant Klenio – explique sa conversion : «A la mort de mon père, ma tante qui vit au Liban nous a invités à passer quelques jours là-bas, j’y ai fait plusieurs rencontres enrichissantes. (…) Je les observais, même s’ils restaient discrets sur leur religion. Ils n’avaient pas ce discours violent» poursuit-il. Sa femme Bruna, devenue Fatima, est également convertie. Son intérêt pour l’islam aurait grandit à la suite de la diffusion d’une télénovela. Ce qui pourrait sembler une anecdote est en fait un réel phénomène de société. «À l’université, les cours sur le monde arabe et l’islam, autrefois exotiques, sont bondés. Au Brésil, l’engouement a été attisé par une spécificité locale : la telenovela. Le Clone». O Clone – de son titre original – est une série télévisée lancée par la chaîne Globo. Diffusée fin 2001, elle a pour but de montrer le monde arabe sous un nouveau jour. Elle prend place au Maroc et «a pour héros un musulman; particulièrement attentif envers sa femme» explique Paulo Pinto. Certes, l’engouement pour une série est une bien faible motivation pour se convertir à une religion; et une part des conversions restent éphémères. C’est toutefois le signe d’une curiosité croissante envers l’islam dans le pays.

 

La présence musulmane au Brésil remonte au XVIe siècle.

Un islam historique au Brésil

Les premiers musulmans ont fait leur apparition au Brésil au début du XVIe siècle. Une deuxième vague suivra peu après. Pendant les quatre siècles suivant, tous les musulmans au Brésil étaient des esclaves africains. C’est l’arrivée des populations proche-orientales qui change la donne. Syriens, Libanais, et Palestiniens constituent la vague d’immigration la plus récente. Dès le début du XXe siècle, ils fuient l’empire Ottoman et se réfugient au Brésil. Pour la plupart, ils sont aujourd’hui complètement assimilés à la population brésilienne : 90% d’entre eux ont la nationalité, et beaucoup ne parlent même plus l’arabe. Au Brésil, la première mosquée se fera attendre, et n’a été inaugurée qu’en 1960. La construction d’autres lieux de cultes ne commencera réellement qu’à partir des années 1980, pour enfin s’accélérer au début des années 2000. Il y a aujourd’hui plus de 127 mosquées au Brésil, soit quatre fois plus qu’en 2000.

Le nouveau visage des fidèles

Le visage de l’islam brésilien change totalement au cours des dernières années. Connu pour être pratiqué dans les familles immigrées et relativement bourgeoises, voire de la haute société, l’islam se fait plus courant au milieu des favélas. Les fidèles, en majorité Noirs, y trouvent une alternative à l’Eglise catholique. Le Mouvement noir unifié (MNU) soutient que Jésus est toujours représenté en homme blanc, et que beaucoup de jeunes Noirs ne se sentent pas considérés.

Fidèles en prière à la mosquée de Sao bernardo do campo.

D’autres y trouvent un réconfort dans la pauvreté, ou encore un remède et un appui moral. «Posse Hausa» est un groupe de hip-hop dont une partie des membres s’est convertie à l’islam. Selon Honerê Oadq, star de hip-hop brésilienne, l’islam a sauvé son entourage de l’alcool, la drogue et la prison. «L’islam se présente comme une idéologie tiers-mondiste, semblable à celle qu’on pouvait trouver dans la théorie de la libération latino-américaine avant que l’Église catholique décide de freiner son expansion» explique Paulo Pinto. Selon certaines études, près de 70% des convertis au Brésil sont «des femmes, jeunes pour la plupart, avec un niveau d’études plutôt élevé». Le Brésil a le mérite de soutenir sa population. Après les événements du 11 septembre 2001, les Etats-Unis avaient demandé aux gouvernements paraguayen et brésilien de surveiller leurs communautés musulmanes, sous prétexte qu’elles pouvaient couver des tendances terroristes. Le Paraguay s’était exécuté, emprisonnant et torturant des commerçants de Ciudad del Este. Le Brésil avait en revanche déclaré qu’il «défendrait tous les citoyens brésiliens contre des ingérences étrangères».

 

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