« Le mois où nous travaillons le plus »
Coincé à l’angle du centre Saint-Jacques à Grande-Synthe, lundi en milieu d’après-midi, c’est l’effervescence dans cette épicerie.
Un client s’éclipse, les traits tirés, jeûne oblige. L’accueil est chaleureux, les clients discutent patientant dans la queue à la caisse, les rayons croulent sous les produits, qui fleurent l’exotisme.
Le Noël commercial des Musulmans
C’est simple : « normalement le mois de Ramadan s’avère celui où nous travaillons le plus », avance Abdelkader Ben Bahaffa, gérant des lieux, mardi matin. Plus que les autres mois, les pâtisseries orientales partent comme des petits pains, la viande halal ou les farines pour gâteaux s’écoulent en plus grandes quantités.
« Je compare souvent cette période à Noël ou à la fin d’année. Les gens sont plus solidaires, plus « famille » ». Depuis plus de 20 ans, l’établissement draine une clientèle habitant Dunkerque et toute l’agglomération, et au-delà vers Bergues, Calais, Hazebrouck.
Ici, on ressent l’élargissement de la gamme « halal » proposée par les grandes surfaces « traditionnelles », les Auchan, Carrefour et autres Cora. « Cela représente une concurrence, depuis 5 à 6 ans et elle se renforce », concède l’épicier grand-synthois. « Le halal devient de plus en plus connu. J’en reviens à Noël, qui de fête religieuse a glissé en fête familiale, et en un business ». Les acteurs de la grande distribution l’ont bien compris.
Des achats
en direct auprès d’importateurs
Le commerce grand-synthois joue la carte de la proximité, avec ses clients et avec ses fournisseurs. Rien d’impersonnel dans ces lieux animés par sept salariés, deux de moins la période de Ramadan passée.
La marchandise, sa provenance surtout, attire l’oeil. « Je passe commande à un importateur, qui traite directement avec les fabricants sur place ».
Dernière « diversification » en date : les produits kosovars, turques, bosniaques, « qui ne se font pas ailleurs sur Dunkerque ».
Cette authenticité, Abdelkader la revendique : nos dattes d’Algérie et de Tunisie n’ont rien à voir avec celles produites là-bas puis emballées en France.
Les noms de marques font voyager l’acheteur : les figues de Turquie, le couscous du Maroc. Les boissons algériennes ou tunisiennes trustent l’allée centrale. Même les pâtes sont italiennes (clin d’oeil à Panzani). Et les fruits et légumes flattent la vue. Penchez-vous aussi sur les rayons des épices, maghrébines, libanaises, turques, indiennes, elles s’avèrent autant de marqueurs des cuisines nationales.
De toutes les spécialités, certaines sont très certainement introuvables en grandes surfaces.
Côté boucherie, « nous travaillons des bêtes qui affichent la même provenance que les autres bouchers, tout réside dans la manière d’abattre, sinon nous découpons de la même façon et notre présentation des produits reste identique. » Alors une clientèle « mitigée » passe la porte du magasin. « Notre cible n’est pas la communauté », commente Abdelkhader, prenant à témoin les clients présents ce matin-là. « On accueille tout le monde de la même manière et avec la même joie. On a, effectivement, beaucoup plus de Français chaque année. C’est vrai pour tous nos produits. Ils viennent parfois par curiosité, et reviennent car c’est bon ! » Toute résistance est impossible devant les cornes de gazelle et autres délices sucrés.
Ludovic BOUTIN
http://www.lepharedunkerquois.fr/















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