par FOSSATI Martin
Annoncé depuis quelques semaines, le débat national sur la laïcité de Jean-François Copé n’aura finalement débouché que sur des tables-rondes et 26 propositions. Le patron de l’UMP se défend d’avoir provoqué une « stigmatisation » des musulmans. Depuis 2004, les polémiques sur l’Islam n’ont pas manqué: voile, minarets et burqa.
Mais en France un autre débat en lien avec la religion musulmane est oublié, celui de la finance islamique. C’est à dire un système financier régi par des principes religieux tirés de la Shari’a (Coran et Sunna) et qui rejette notamment le recours à un prêt avec intérêt, car contraire à des valeurs morales. Au pays des lumières, les banques islamiques, aussi appelées banques halal, peinent à sortir de l’ombre.
Avec la plus grande communauté musulmane d’Europe, estimée entre 5 et 6 millions de personnes par le ministère de l’Intérieur chargé des Cultes, la France pourrait devenir un acteur d’importance de la finance halal de détail. La demande existe, le cadre juridique et les professionnels aussi. Mais à ce jour, aucune banque ne propose de produits conformes aux principes du Coran sur le territoire hexagonal. Décryptage d’un paradoxe français.
Crédit photo: cogdogblog/Flickr/CC
Les grandes surfaces ont franchi le cap en développant des rayons halal. Puis, des magasins entièrement dédiés à ces produits sont nés. On y trouve des spécialités de la gastronomie française, telles que le foie gras, la charcuterie et le confit de canard, préparées tout en respectant la tradition musulmane. La chaîne de fast-food Quick est allée encore plus loin, en ouvrant 22 restaurants qui servent quasi exclusivement des hamburgers halal. Mais pour l’instant, les banques françaises se tiennent à l’écart. Aucun produit financier halal n’a vu le jour en France. Impossible aujourd’hui pour un particulier d’ouvrir un compte épargne ou de souscrire un crédit immobilier conforme aux prescriptions du Coran.
Pourtant, la France possède plusieurs atouts pour favoriser le développement de la finance islamique : une large population musulmane (estimée entre 3,7 et 4,1 millions de personnes, selon la démographe Michèle Tribalat et entre 5 et 6 millions selon le ministère français de l’Intérieur chargé des cultes), des banques avec une expertise avérée en la matière grâce à leurs filiales au Moyen-Orient, des professionnels qui connaissent le secteur, des formations universitaires spécifiques. La liste n’est pas exhaustive. De plus, la place de Paris est située dans la zone euro, ce qui la rend encore plus attractive auprès des investisseurs du Moyen-Orient. Pourquoi, alors, ce sous-développement de la filière?
A ce stage, une explication théorique s’impose. Loin de la caricature d’une finance contrôlée par des terroristes barbus qui interdisent l’utilisation de l’argent aux femmes, la banque halal cherche à développer ses activités tout en respectant la loi islamique, ou Charia. Ainsi, la spéculation et l’intérêt, bases du système financier occidental, sont bannis. Impossible donc de placer son argent dans un livret d’épargne classique. Les fidèles ne sont pas autorisés non plus à investir dans des secteurs jugés illicites par la tradition musulmane, tel que les jeux de hasard, l’alcool, le tabac, la pornographie ou encore l’armement. Ils doivent également partager les profits et les pertes de leur investissement avec la banque qui les a financés. Dernière prescription : il est fondamental d’investir dans l’économie réelle. « La finance islamique ne se sert pas de l’industrie, elle est à son service », martèle Anouar Hassoune, analyste chez Moody’s.
Un marché porteur
Les premiers produits financiers halal ont été commercialisés dans les pays du Golfe au début des années 70. D’après l’International Financial Services London (IFSL), cette région concentre aujourd’hui 60 % du marché mondial, dont 38 % contrôlé par l’Iran et 14 % par l’Arabie Saoudite. Le secteur s’est aussi développé en Asie du Sud-Est, notamment en Malaisie. Preuve que ce marché est en plein essor, selon l’agence de notation Standard & Poor’s, la finance islamique pesait quelques 1000 milliards de dollars (709 milliards d’euros) dans le monde en 2010. Soit sept fois plus qu’en 1995. Lire la suite…
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