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CHÉRIF MOHAMED ALI AIDARA, PRESIDENT DE L’INSTITUT MOZDAHIR INTERNATIONAL : « La micro-finance islamique est un bel instrument de lutte contre la pauvreté »

(Le Soleil) – A l’occasion de l’ouverture du Centre Al Ghadir dédié à la finance islamique, Cherif Mohamed Ali Aïdara, président de l’Institut Mozdahir International (Imi), revient, dans cet entretien, sur le rôle et la place de ce mode de financement dans le tissu économique et social. Un bel instrument de lutte et d’éradication de la pauvreté au Sénégal, selon ses propos.

Quels sont les principes de la finance islamique ?

La Charia est un ensemble de règles fixées par le Coran et la Sunna du prophète Mohamad (saws). Dans le Coran, l’interdiction du riba qui est le taux d’intérêt fixe et prédéterminé, est claire, voir les versets 275 à 279 de la sourate Al Baqarah. En règle générale, les principes de la finance islamique s’articulent autour des points suivants : la prohibition du taux d’intérêt fixe ou riba, l’interdiction de la spéculation (maysir) et du gain en l’absence de travail ou de risque, l’investissement dans des activités prohibées par la Charia. A ceux-là, s’ajoutent le partage des pertes et des profits, le prélèvement de la Zakat et du Khoms (le cinquième de certains types de revenus) sur les biens en vue d’assurer la protection sociale des pauvres.

Quel rôle pourrait jouer la micro finance islamique pour le développement de notre pays ?

La micro finance constitue un moyen de lutte contre la pauvreté. Au Sénégal, 48 % de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté et n’ont pas accès au système bancaire classique. Les statistiques ont montré que la finance islamique est plus attrayante pour les populations en général, ce qui constitue un atout pour l’impulsion de la micro finance au Sénégal. Elle est particulièrement adaptée aux besoins des plus pauvres car elle n’est pas exigeante en termes de garanties. Ce qui constitue l’une des barrières majeures à l’accès au financement. Aussi, la micro finance islamique écarte la notion d’intérêt fixe et prédéterminé, ce qui rend ses produits très diversifiés et mieux adaptés aux besoins de la population. Ce mode de financement participe aussi au développement en apportant des solutions viables et durables à travers des méthodes de sortie de la pauvreté. Elles sont axées sur des projets d’accompagnement rentables afin d’asseoir un développement qui puisse élever le niveau de vie des populations.

La micro finance islamique est peu connue des populations, comment la définissez vous ?

La micro finance est un terme utilisé pour désigner l’accès aux services financiers (l’épargne, le crédit, l’assurance) aux populations pauvres exclues du système bancaire classique. Elle vise les mêmes objectifs mais à travers des produits qui respectent les principes de la Charia. La banque islamique est une institution récente mais les pratiques financières islamiques existent depuis les premiers temps de l’Islam. D’ailleurs, le Prophète Mohamad et l’Imam Ali ont été des précurseurs dans la micro finance.

Dans quelle mesure ce type de financement participe-t-il à la lutte contre la pauvreté ?

La micro finance islamique et la finance islamique en général sont les meilleurs instruments non seulement de réduction mais d’éradication de la pauvreté. La micro finance islamique possède des instruments qui sont spécialement dédiés à la lutte contre la pauvreté. Ce sont des produits comme la Zakat (l’aumône obligatoire), la Sadaqa (l’aumône volontaire), les Awqaf (dotations perpétuelles), le Qard (prêt sans contre partie financière). Il est important de préciser que l’objectif de ces produits n’est pas d’entretenir les pauvres tout en les maintenant dans leur situation mais plutôt de les faire sortir définitivement de cette précarité. C’est pour cela que les musulmans doivent se réorganiser entre eux et surtout en ce qui concerne la Zakat et les Awqaf.

Quel est le public cible de la micro finance islamique ?

Le public de la micro finance islamique est constitué des ménages de faibles revenus, des petits artisans, des agriculteurs et des commerçants. Mais cela n’est pas restrictif car n’importe qui peut s’impliquer dans la micro finance islamique. Soit comme investisseur soit comme associé ou emprunteur. D’ailleurs, un bel exemple de solidarité serait que les riches qui ont de l’argent dans les banques investissent dans des micros projets portés par les pauvres. C’est ce que l’on appelle un investissement socialement responsable. Et pour un musulman, il y a aussi la récompense divine dans ce monde et dans l’autre. Le prophète Mohammad a dit que celui qui paye la Zakat (l’obligatoire et volontaire) s’enrichit.

Quelle est la méthodologie de prêt dans la micro finance islamique ?

Il y a plusieurs possibilités acceptées par la Charia. Je vais vous en citer quelques-unes. La Moudaraba qui est un lien entre un prêteur de fonds et un commerçant, un artisan ou un homme d’affaire. Le préteur appelé rabalmaal possède des capitaux qu’il veut faire fructifier. Celui à qui l’on prête appelé moudareb possède un savoir-faire. Les deux s’associent et se partagent les bénéfices. En cas de pertes, le préteur perd son argent et l’autre ses efforts. La Moucharaka est la fusion de capitaux en vue de partager les bénéfices et les pertes au prorata des quotes-parts de chaque associé. C’est une sorte de vente qui se fait avec une marge bénéficiaire convenue entre l’acheteur et le vendeur.

Quels sont les domaines d’intervention de la micro finance islamique ?

Il n’y a pas de limite dans les domaines d’intervention sauf en ce qui concerne les choses prohibées par la Charia telles que les boissons alcoolisées, la drogue, la prostitution entre autres.

http://www.reussirbusiness.com/

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