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Crèches: un piège islamophobe tendu aux laïcs et aux chrétiens.

PAR STEPHANE@LAVIGNOTTE.ORG

Les partis républicains et la gauche en particulier vont-ils se laisser manipuler et laisser instrumentaliser la laïcité par une provocation savamment pesée de Robert Ménard et d’un président du Conseil général de Vendée dont on doit se souvenir qu’il fut proche de De Villiers, donc à la limite de l’extrême-droite, qu’il n’a pas rompu avec lui pour des raisons idéologiques mais lui piquer la place ? Les chrétiens vont-ils laisser des cypto-FN transformer la naissance de leur Sauveur en clou pour crucifier les musulmans ?

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Car Robert Ménard ou Bruno Retailleau ne croit pas à la laïcité et s’ils sont chrétiens c’est d’un christianisme qui a cru que les évangiles peuvent justifier les dictatures de Franco, Salazar et autre Pinochet. Dans les deux cas, instrumentaliser la laïcité et les évangiles contre les minorités pour une chrétienté blanche-catho et autoritaire, une hérésie pour la laïcité comme pour les évangiles. Mais rappelons-nous que Ménard est surtout un provocateur et un activiste. Hier, à Reporter Sans Frontières, il mettait cela au service de la liberté de la presse. Aujourd’hui il le fait au service des ennemis de la liberté, en premier lieu la liberté religieuse. Il joue avec les symboles, limites des lois et des discours pour avancer masquer – pour ceux qui ne veulent pas voir – un programme catho-fasciste.

Jean Bauberot sur son blog sur Médiapart fera sans doute un billet bien plus complet sur les aspects « laïcité » de cette affaire. Mais disons en gros que Ménard joue sur les cas limites pour la loi de 1905. Cette loi dit que l’État et les églises sont séparées, que le premier ne reconnaît ni ne salarie aucun culte, que la neutralité s’applique à ses agents et ses bâtiments, pas à ses usagers. L’État garantie la liberté religieuse. Elle consacre un article à autoriser les manifestations publiques du culte (procession…et donc prière dans la rue) mais spécifie qu’il ne peut y avoir de crucifix dans l’espace public en dehors des lieux cultuels. Et donc il y a des cas limites. Une salle municipale ne peut être occupée en permanence pour un culte, en revanche, la liberté de culte étant un  droit fondamental, les tribunaux ont donné raison à des croyants qui voulaient en utiliser une de façon ponctuelle pour une fête. Dans une mairie, un arbre de Noël ou un concert, un repas sont possible à l’occasion d’une occasion exceptionnelle ou d’une fête (une rupture de jeûne lors du Ramadan comme une soirée interreligieuse pour la paix). Mais ce n’est pas une crèche avec toute la familles, les mages, l’âne, le bœuf et une croix…

Ménard le sait. Il se place juste à la limite de loi, du côté illégal (une crèche et pas un arbre de Noël). Fait une provocation pour faire tomber ses adversaires dans un piège, dans sa vision du monde, dans les termes du débat qu’il a choisi. Le discours est pervers mais bien huilé : « Je veux faire une crèche, on veut m’en empêcher. Je ne suis pas contre la laïcité (même si j’ai instauré une messe en ouverture de la féria) mais elle est à deux vitesses : regardez, je ne peux pas faire de crèche (je sais que c’est un cas limite, mais limite du côté de l’illégal) , mais on laisse faire des soirées à l’occasion du ramadan à la mairie de Paris (je sais que c’est un cas limite, mais limite du côté du légal) (je mélange des torchons et des serviettes pour vous embrouiller vous qui ne connaissez pas les subtilités de la loi de 1905). Regardez mes exemples (pervers), le christianisme est réprimé, la tolérance envers l’islam le laisse nous envahir, on n’est plus chez nous. » Bien sûr ce raisonnement est d’autant plus pervers que la France est un pays de catho-laïcité ou le catholicisme est égale aux autres religions… bien plus égale que les autres pour reprendre l’aphorisme d’Orwell dans « La ferme des animaux ». Refusant la loi de 1905 dans sa partie sur les bâtiments et la structure légale des associations cultuelles, la religion catholique a obtenu une loi rien que pour elle en 1920 qui fait qu’une grande partie des locaux qu’elle occupe appartient… aux municipalités. Et on ne multipliera pas plus les exemples, des jours fériés au poisson le vendredi dans les cantines.

Ménard le sait, il s’en fiche de la laïcité. Il n’est même pas pour, ou alors pour une ultra-catho-laïcité. Il faut refuser d’entrer dans son jeu en faisant de l’affaire « crèche à Béziers » un débat sur la laïcité, car c’est un débat sur l’islamophobie. Il utilise ce débat contre la laïcité et contre les musulmans. Rien de très nouveau, mais sans doute endormi par la catho-laïcité, tout le monde se laisse prendre. Il colle au discours de Marine Le Pens que n’étouffe pas les contradictions : L’Islam menace la laïcité dont nous sommes les seules défenseurs ; la France est un pays chrétien (« et la laïcité alors ? ») menacé par l’Islam ; la culture française (sous-entendue catholique) est menacée par l’Islam ; soyons à nouveau chez en remettant l’islam à sa place qu’il nedoit surtout pas quitter  : nulle part, dehors ou tout en bas. Utiliser tous le moyens réthoriques possible, de préférence la pensée de l’ennemie (la laïcité, les droits des femmes et des homos, la défense des travaielleurs) pour répéter toujours la même obsession : l’Islam, voilà le danger, la cause de tous les maux. Comme j’alerte dans « Les religions sont-elles réactionnaires ? » (Textuel 2014), les médias dominants, les partis républicains, la gauche en premier, se laissent berner, se laissent imposer les termes du débat par l’extrême-droite, notamment parce qu’ils ne connaissent pas bien les lois sur la laïcité et ne pensent plus la question religieuse depuis trop longtemps.

Il est urgent de les repenser avec les termes de la république et de la gauche. Tous les citoyens doivent refuser cette instrumentalisation qui défigure la laïcité, ce bien commun d’autant plus précieux qu’elle est l’un des rares outil juridique – Vive Buisson, Jaurès et Briand ! – qui nous permet de gérer une diversité religieuse et culturelle à laquelle la culture française – emprunte d’unitarisme royal et catho-romain – ne la prédispose pas.

Mais les chrétiens doivent aussi s’insurger contre l’instrumentalisation de Noël par l’extrême-droite et la droite-extrême en Vendée et à Béziers. Car enfin, cette naissance symbolise tout le contraire de leur idéologie. Si cela se passait aujourd’hui, ils refuserait à Marie d’être enceinte car l’insémination se passe hors mariage et d’une manière bien plus bizarre que la PMA pour les couples de lesbiennes. Ils demanderaient à la police d’expulser ces squatteurs d’étable comme ils demandent l’expulsion des roms qui logent dans des habitats tout aussi précaires sans titre ni droit. Ils auraient empêcher les rois mages de rentrer, car ethniquement étranger au peuple d’Israël et venus sans-papiers. J’écris avec humour, mais je veux rappeler avec sérieux que le symbole de Noël est tout le contraire de l’idéologie d’extrême-droite : Dieu qui choisit la faiblesse, la précarité, le hors-norme pour venir dans le monde ; l’universalité des mages venus de l’étranger pour dire que l’amour, la parole, la grâce qui libère des oppressions sont au bénéfice de toute l’humanité quel que soit la couleur, la religion (les mages sont des païens), le pays dont on vient, l’ethnie supposée.

Bien plus grave, en instrumentalisant ainsi une des fêtes principales du christianisme et un des épisodes les plus importants des Évangiles ils se comportent comme les pharisiens qui tentent de faire arrêter et tuer le Christ. Que font les pharisiensdans les Évangiles (qui sont dans les évangiles bien plus des fictions polémiques que les pharisiens réels de l’histoire) : ils tordent, font violence, utilisent, instrumentalisent les textes sacrés de ce qui n’est pas encore l’Ancien Testament pour piéger, pousser à la faute et faire arrêter et tuer Jésus. Faut-il payer l’impôt ? Faut-il lapider la femme adultère ? La question ne les intéresse pas plus que le respect des textes bibliques qu’ils invoquent. Ne les intéresse que piéger Jésus. Et que fait Jésus : il refuse de rentrer dans le cadre de la polémique qu’ils ont crée parce qu’il sait que c’est un piège. La femme adultère ? « Que celui qui n’a jamais péché jeté la première pierre », la vraie question est celle de la fin du clivage pur-impur ; payer l’impôt ? Regarder pharisiens qui vous croyez de grands résistants, vous avez vous aussi des pièces de l’empire dans vos poches, vous collaborez ; la vraie résistance est d’un autre ordre que vos petits jeux théo-politiciens.

Comme Jésus face aux pharisiens, il faut refuser de répondre aux questions de l’extême-droite et déplacer la question. Car non l’extrême-droite ne pose pas de bonnes questions à laquelle elle apporte de mauvaises réponses. Elle pose des questions perverses, piégées, comme le Serpent dans l’Éden, pour imposer ses cadres et sa vision du monde qui se résume toujours à deux fondamentaux, quels que soient les habillages idéologiques suivant le temps : un état fort et autoritaire et la haine de l’étranger, de la minorité, du hors-norme, la construction d’un bouc-émissaire. Il faut déplacer vers la vraie question : le refus de l’islamophobie et de tous les racismes ; la lutte contre les puissances (l’économie quand elle écrase), les puissants et toute logique de puissance, comme le chante justement Marie dans son si beau Magnificat : « déposer les puissants ».

Comme citoyens, nous devons dire notre refus de ce qui menace notre vivre ensemble républicain. Comme chrétiens, disons la même chose et ajoutons le refus radical de ces instrumentalisations de notre foi, de nos traditions, de nos textes, de ces belles figures de Marie, Joseph, des rois mages, des Bergers et bien sûr de notre Jésus, notre frère, notre Christ, notre sauveur. Il faut le dire avec gravité : c’est une hérésie d’utiliser Jésus comme un clou pour crucifier qui que ce soit, hier les juifs, aujourd’hui les musulmans. Il y a là quelque chose qui met en cause profondément nos convictions théologiques, qui a le « status confessions » comme on le disait dit hier quand l’Église confessante d’Allemagne entrait dans la résistance face à un nazisme qui se posait en religion ; comme ont osé le dire les églises réformées du monde entier face à celles des églises réformées d’Afrique du Sud qui justifiaient l’apartheid par les écritures.

Le laissons pas l’idole du « un » écraser le multiple voulu par Dieu dans sa bonté pour son monde.

http://blogs.mediapart.fr/

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