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De la démocratie en terre d’islam

« La démocratie et les pays musulmans, est-ce compatible ? Je m’interroge. » Liberta et bien d’autres se posent la question, sous la chronique de Michel Colomès.

De la démocratie en terre d'islamPrière sur la place Tahrir au Caire. © Matej Leskovsek / Sipa

Par Jean-Jacques Héry, pour l’équipe de modération

Disons-le sans ambages : la majorité d’entre vous ne croient pas à l’avènement d’une démocratie arabe. Panorama des arguments développés selon les thèmes essentiels qui se dégagent de vos réflexions.

Le poids du religieux dans la société civile arabe

C’est l’argument principal de ceux qui jugent incompatibles démocratie et monde arabe. Pour eux, l’islam a trop d’influence dans la vie publique pour permettre à une véritable démocratie de se mettre en place. « La démocratie est avant tout le résultat d’un long ferment intellectuel libéré des contraintes religieuses. Or, ces préalables sont loin d’être établis dans les pays arabo-musulmans », note Celtibère. Pensiero enchaîne, moins catégorique : « Ces populations, si elles reçoivent une instruction développant leur sens critique, s’émanciperont peut-être de cette tutelle [religieuse], mais ce ne sera pas immédiat, et ce ne sont pas les Frères musulmans qui y aideront. » Certains sont plus péremptoires : « La dictature, le mouvement populaire libératoire pour la démocratie, et pour finir la dictature islamique totalitaire. Voilà la suite logique qui attend le monde arabe. Trop imprégnés par la religion, comme nous l’étions au Moyen Âge », explique silver surfer.

Dans le camp d’en face, ceux qui croient à la possibilité d’une démocratie en terre d’islam bataillent pour tenter de minimiser l’emprise religieuse. Serge Lebeau puise dans les arguments sociologiques pour parler de l’Égypte. Premier argument : « Ces dernières années, l’Égypte était l’un des pays les plus modérés parmi les pays musulmans. » Deuxième argument : « Une population très jeune et avide de libertés à l’occidentale. Cette révolution est avant tout le résultat du modernisme contre le passéisme d’une religion trop étroite, car non évolutive. » Et d’interpeller les défenseurs de la thèse adverse : « Admettez avec moi que ces seuls facteurs suffisent à éloigner l’hypothèse d’une quelconque prise de pouvoir par les Frères musulmans ! »

Quelle sera l’attitude des partis religieux ?

C’est sur ce thème que le débat prend une tournure plus véhémente, plus violente et se fait polémique. On y décèle de la peur. Première thèse mise en avant : les partis religieux ne sont pas francs du collier, à commencer par les Frères musulmans, actuellement en discussion avec le pouvoir égyptien. « Les Frères ne sont pas des gentils petits. Ils aideront déjà ceux qui leur feront allégeance en devenant de bons islamistes obéissant aux lois du Coran, comme en Iran, et ailleurs bientôt » (Guy). Selon Bryval, il faut se méfier des beaux discours des « islamistes [qui] enfument les Occidentaux et se dissimulent sous des voiles de laïcité, alors que nous savons que, pour eux, c’est une invention du diable, pire que l’athéisme, qu’ils condamnent. » « Derrière le gentil frère musulman, les idées, les buts sont les mêmes : l’État islamiste, la charia, donc une nouvelle dictature », déplore brioul. Raison de plus pour s’en méfier, car, selon Secotine, l’islamiste est prêt à tout pour parvenir à ses fins. D’ailleurs le Coran ne dit-il pas qu’il est « un devoir de mentir, de dissimuler ses intentions face au mécréant ». « Souris, serre-lui la main, bois du vin avec lui si nécessaire alors que ton coeur est empli de haine à son égard, et, dès que tu le pourras, plonge ton couteau dans son dos. » Cette fin, elle ne fait aucun doute pour paul62580 : « Ce qui se passe n’est que le début d’une stratégie de conquête », interpelle-t-il.

Par extension, beaucoup estiment ensuite que les fondamentaux de l’islam sont antidémocratiques, au risque parfois de confondre islam et islamisme. Bryval revient à la charge : « Une loi fondamentale destinée à maintenir la femme au niveau d’un sous-être à peine au-dessus du chien et du porc, à faire croître le nombre de fidèles par un prosélytisme acharné, prônant la guerre sainte et le massacre des infidèles, sans oublier la condamnation à mort de l’hérétique : comment une telle religion pourrait mener à la liberté, à la démocratie ? » Et déjà, certains semblent regretter les Ben Ali et Moubarak (même si celui-ci n’est pas encore parti) : « Et si ces peuples quittaient une pseudo-liberté pour une vraie prison ? » (winnie), « Quitter un borgne pour un aveugle, est-ce la bonne solution ? » (amandine).

Listéria a quelques arguments à opposer à cela. Son commentaire aussi utilise l’exemple iranien, mais celui de la révolution verte de 2008-2009, qui avait suivi la réélection contestée de Mahmud Ahmadinejad. « Pourtant, cette révolution a bien pour chef Mehdi Karoubi – membre du clergé chiite – favorable à la laïcité et principal leader de la démocratie », note-t-il ironiquement. « Mehdi Karoudi et la révolution verte en Iran (comme Erdogan et l’AKP en Turquie) brouillent nos perceptions du rapport entre l’islam et la démocratie. Rien, ni dans la culture ni dans l’histoire, n’indique que l’un et l’autre ne seraient pas compatibles. »

Le précédent iranien

Pour tenter d’éclairer le présent, il faut parfois regarder en arrière. C’est le sens du message d’Horus 95, qui évoque 1979 et la naissance de la République islamique d’Iran : « Peut-être suis-je trop âgé et trop méfiant, mais je me souviens d’une révolution où tous les Iraniens rêvaient de liberté… L’histoire donne des leçons et seuls les fanatiques les ignorent. » Autrement dit, pas de démocratie arabe en vue, en cas d’arrivée des religieux au pouvoir, l’exemple iranien en apporterait une preuve concrète. Cette même analogie est reprise par nono, pour qui la révolution sera forcément confisquée par les partis islamistes : « Ils se présentent comme modérés, mais en fait, ce sera pire qu’avec Ben Ali et Moubarak. Regardez ce qui s’est passé en Iran il y a 30 ans. »

Ce procédé d’induction est violemment critiqué. Pour beaucoup d’entre vous, l’exemple est caduc, car ce serait céder à la facilité que de généraliser le cas iranien. « Il n’y a pas de monde arabe, mais des mondes arabes ! Dire qu’il y aurait une déferlante islamiste dans le monde arabe en ébullition, c’est nier les particularités culturelles et géographiques » (renouveau2011). Même indignation pour pedrolempoint, qui estime que « la Tunisie n’a rien – mais alors rien – à voir avec l’Iran des années 70. La maturité politique de la population et de l’élite des opposants à Ben Ali, les moyens de communication existants peuvent tout à fait circonvenir toute montée d’un fondamentalisme religieux. » La population tunisienne, « jeune et éduquée, n’accepterait jamais un retour en arrière en termes de droits des femmes et d’émancipation », renchérit encore renouveau2011. « Nous, Occidentaux, faisons la fine bouche, élaborons les scénarios les plus rocambolesques en prenant appui notamment sur l’Iran, dont l’histoire n’est pas la même, et dont le déroulement ne se situe pas à la même époque », poursuit lesceptico.

Laissons à toto la conclusion : « Le monde arabe a le choix, unique dans son histoire, de faire un pas de géant en adhérant aux valeurs universelles des droits de l’homme et de briser le cercle vicieux de l’intolérance religieuse ou d’État, le fera-t-il ? »

http://www.lepoint.fr/

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