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Dieu, le halal, l’État et moi

Par DIDIER RAOULT

La question du halal n’est pas seulement religieuse. Elle concerne également la communauté scientifique et l’État. Embryon de réponse…

Photo d'illustrationPhoto d’illustration © Capman / Sipa

Quel rôle peut jouer le scientifique après les querelles politiques et médiatiques qui ont agité les esprits à propos de la viande halal ? Peut-être tout simplement remettre les choses en perspective.

Si l’État français s’est initialement bâti avec des rois catholiques, nous sommes actuellement dans une société théoriquement laïque où chaque religion doit pouvoir respecter ses règles de vie. Parmi les interdits religieux qui touchent à la fois les juifs et les musulmans, figure la consommation de porc. Or, jusqu’à l’affaire de la maladie de la vache folle, la gélatine de porc était utilisée de manière massive, sans aucune information, dans une quantité de produits, des gélules de médicaments aux bonbons les plus populaires

Des impératifs religieux

La maladie de la vache folle s’est déclarée chez des personnes ayant consommé des vaches rendues « cannibales » en Angleterre, ce qui a amené à s’interroger sur l’usage des produits issus de ces élevages. Et de se rendre compte alors combien l’utilisation de la gélatine de boeuf (et de porc) était répandue. Un constat qui a révélé que l’État autorisait que l’on mette dans des produits alimentaires courants et dans des médicaments, sans en informer le consommateur, des produits issus d’animaux prohibés par la religion d’une partie importante de la population. On n’a alors guère entendu de protestations violentes contre cette tromperie exercée auprès d’une partie des Français.

La gélatine alimentaire actuellement utilisée, issue du boeuf ou de porc, ne répond toujours pas, bien sûr, aux principes des religions juives et musulmanes, et la source animale de cette gélatine n’est toujours pas mentionnée. Il est à noter, de ce fait, que les végétariens eux aussi consomment des produits d’origine animale, souvent sans le savoir. Dans les quatre premiers cas de patients atteints de la maladie de la vache folle humaine en Angleterre, avait ainsi été détectée une végétarienne.

L’industrie agroalimentaire complice ?

La consommation de viande halal ne contredit en rien les principes des religions chrétiennes, qui n’ont pas de prescription spécifique sur ce domaine pratique. En revanche, tant que la religion catholique demandait le jeûne de viande le vendredi (dans ma jeunesse), les cantines servaient du poisson pour ne pas faire jeûner les croyants. Cela se faisait sans menacer la laïcité. Ce sont les pratiques religieuses des juifs et des musulmans qui ont été bafouées aux cours des dernières années, pas l’inverse.

L’industrie alimentaire en était parfaitement consciente. Un fabricant de confiserie confectionnait ainsi, spécialement pour l’Arabie saoudite, des bonbons avec de la gélatine de boeuf halal. Sans la crise de la maladie de la vache folle, l’industrie agroalimentaire aurait continué à ignorer les choix alimentaires d’une partie de ses consommateurs.

http://www.lepoint.fr/

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