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En Sambre-Avesnois, les Français musulmans ont-ils les mêmes droits face à la mort ?

 «Qu'est-ce qu'une société où on demande de vous intégrer de force et pour le jour ultime, on ne veut plus de vous en sous-sol?» «Qu’est-ce qu’une société où on demande de vous intégrer de force et pour le jour ultime, on ne veut plus de vous en sous-sol?»

« Le Droit au sous-sol », film réalisé par Djamel Zaoui et présenté par Place Publique au centre culturel la Florentine, a porté le débat sur l’avenir des lieux d’inhumation, une question qui concerne cinq millions de musulmans en France.

Pour cette première projection dans le bassin de la Sambre, le réalisateur Djamel Zaoui et le responsable de Place Publique, Nasser Achour, ont commenté et répondu aux questions sur les conditions d’inhumation. Le réalisateur originaire de Maubeuge, fils et petit-fils de militants algériens qui ont dû fuir leur terre natale, collecte les témoignages pour comprendre son histoire, son identité. Après avoir tourné les films « Autre guerre d’Algérie », « O.A.S », « Abécédaire du jeune lascar périphérique », il propose de se pencher sur le « droit au sous-sol ». A l’origine de ce tournage, sa fille en passant devant un cimetière lui a demandé où serait-il enterré ? Question fondamentale qui touche toutes les familles issus de l’immigration – très ancienne dans la région -, beaucoup de monde au final.

Chaque année des centaines de Français de confession musulmane sont inhumés loin de leur famille, dans leur pays d’origine, terre inconnue pour la plupart d’entre eux. Ils vivent, travaillent et meurent sur le sol français et sont rapatriés « vers le bled ». Le rapatriement est très cher. Les assurances sont de l’ordre de 3 000 à 5 000 E, hors frais voyage. En outre, le deuil étant important dans la procédure, une bonne préparation est nécessaire pour que l’inhumation sur les lieux du décès soit possible.

1 400 signatures recueillies

« Qu’est-ce qu’une société où on demande de vous intégrer de force et pour le jour ultime, on ne veut plus de vous en sous-sol ? La question est double sur le droit au sol et au sous-sol. Je vis ici, je travaille ici, où dois-je mourir ? », s’interroge Djamel Zaoui.

Pour les Français de confession musulmane, l’important est la position du corps ou du visage orienté vers la Mecque. « L’association Place Publique, n’est pas venue demander des carrés ! », rappelle Nasser Achour. « Notre objectif est de travailler sur les thématiques proches de l’Histoire, la mémoire, la citoyenneté, l’implication politique, sociale et professionnelle des personnes vivants dans des quartiers populaires.

Il s’agit d’oeuvrer sur les principes républicains de la fraternité, de la liberté de l’égalité. Ici, nous parlons d’inégalité de traitement devant la mort.

Les cimetières ou carrés musulmans font cruellement défaut. » En 1934, en France, à Bobigny, un cimetière avait été accordé par décret présidentiel. Depuis les choses n’ont guère évolué ou si peu. Place Publique demande un respect de la loi : les maires ont en effet l’obligation de regrouper les sépultures de même confession. L’association a récolté 1 400 signatures sur le bassin Sambre-Avesnois adressées aux maires puis à l’Agglomération, qui n’a pas la compétence. « Ici, la municipalité d’Aulnoye a accordé ce droit à l’accès au sol. En toute logique. Si l’on accorde la citoyenneté et l’égalité durant les années de vie, de travail, alors comment peut-on refuser l’accès au droit à mourir sur le territoire de vie ? On laisse pratiquer la religion et au moment de mourir que se passe-t-il ? Il n’y a pas de terre sainte pour mourir. » En Sambre-Avesnois, la compréhension des Élus est à géométrie variable : si l’acceptation existe quelques communes ont des difficultés pour trouver des lieux d’inhumation. • CLAUDIE JANSHON (CLP)

http://www.lavoixdunord.fr/

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