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FRANCE Société : l’islam, valeur refuge

  • THE NEW YORK TIMES | MAÏA DE LA BAUME

Le quotidien américain constate la multiplication des conversions à l’islam en France. Un phénomène qui s’expliquerait par la “misère ambiante”  Voir ce dessin en plus grand

  • Dessin de Tomas Schats paru dans NRC Handelsblad, Amsterdam

La mosquée Sahaba, édifice moderne, spacieux et élégant construit en 2008 au cœur de Créteil, est connue sous le nom de “mosquée des convertis”. Chaque année, quelque 150 conversions à l’islam ont lieu dans ce bâtiment blanc aux mosaïques compliquées et à l’impressionnant minaret de 25 mètres de haut, symbole de la présence croissante de l’islam en France. Parmi les gens qui se rendent à la prière du vendredi figurent beaucoup d’anciens catholiques – jeunes pour la plupart – qui portent la calotte et la robe traditionnelles des musulmans.

Selon les experts, si le nombre des convertis reste relativement faible en France, celui des conversions annuelles à l’islam a doublé en vingt-cinq ans, ce qui pose un problème de plus en plus délicat à ce pays, dont le gouvernement et l’opinion publique sont plutôt réservés vis-à-vis de l’islam, voire parfois hostiles.

Les autorités françaises chargées de la lutte antiterroriste constatent depuis plusieurs années que les convertis représentent une part très importante de la menace ­terroriste en Europe. 

100 000 convertis, sur 6 millions

De leur côté, de nombreux musulmans se disent victimes de préjugés et perçoivent la loi de 2010 interdisant le port du voile intégral dans les lieux publics, ainsi que les inquiétudes suscitées par les conversions comme une manifestation de l’intolérance française. Quel que soit leur impact, il ne fait guère de doute que les conversions sont plus courantes.

“C’est un phénomène important et impressionnant, en particulier depuis 2000”, confirme Bernard Godard, chargé du dossier islam au Bureau central des cultes. Selon lui, sur les 6 millions de musulmans qui vivent en France, environ 100 000 sont des convertis – contre 50 000 en 1986 – et, selon certaines associations musulmanes, ce chiffre atteindrait même 200 000 (la France, qui compte 65 millions d’habitants, n’établit de statistiques ni par race ni par confession, laïcité oblige).

Pour cet ancien agent des renseignements, c’est la “nature” de la conversion qui a changé. Déjà en usage à l’occasion du mariage, elle est aujourd’hui choisie par des jeunes soucieux d’intégration dans les quartiers majoritairement musulmans. “Dans les quartiers pauvres, c’est devenu une intégration à ­l’envers”, souligne le Pr Gilles Kepel, spécialiste de l’islam et des banlieues.

Antidote à la misère

Selon les experts, beaucoup de convertis sont des hommes de moins de 40 ans, originaires d’anciennes colonies françaises ou des territoires d’outre-mer. Charlie-Loup, 21 ans, étudiant, vivant près de Saint-Maur-des-Fossés, s’est converti à l’islam à 19 ans, après une adolescence tumultueuse marquée par des relations difficiles avec sa mère. Il avait beaucoup d’amis musulmans à l’école. “Ici, les conversions sont devenues un phénomène social”, observe-t-il en demandant que son nom de famille ne soit pas publié car il ne souhaite pas attirer l’attention sur lui. “Certains se convertissent par simple curiosité”, ajoute-t-il.

Selon Samir Amghar, sociologue et spécialiste de l’islam radical en Europe, dans certains quartiers majoritairement musulmans, le ramadan est également observé par des non-musulmans, qui aiment“son côté collectif et festif”. Dans beaucoup de banlieues, l’islam représente non seulement une sorte de norme sociale, mais aussi un refuge, un antidote à la misère ambiante. Pour M. Amghar, l’islam valorise davantage l’organisation et la discipline que les autres religions. C’est un moyen de “refuser la modernité”, de revenir à une société qui met l’accent sur les valeurs familiales et sur une distinction plus nette entre hommes et femmes. “L’islam a un effet apaisant sur les convertis”,poursuit le sociologue.

Pour Hassen Chalghoumi, président de l’association culturelle des musulmans de Drancy [surnommé “l’imam de Drancy”, Seine-Saint-Denis], les conversions sont aussi un effet de la laïcité de la France, qui, selon lui, génère un vide spirituel. “La laïcité est devenue antireligieuse,explique-t-il. Ce faisant, elle crée un choc en retour qui permet aux gens de découvrir l’islam.”

http://www.courrierinternational.com

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