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Goldman Sachs à l’assaut de la finance islamique

  • Anne de Guigné

Les banques occidentales veulent diversifier leurs ressources.

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Goldman Sachs ne veut plus passer à côté du pactole de la finance islamique. La banque américaine a dévoilé cette semaine un projet d’émission d’obligations islamiques, des sukuk, de 500 millions de dollars. Elle suivrait ainsi les pas de HSBC, seul établissement occidental à avoir bouclé jusqu’ici un tel programme. L’opération ne s’improvise pas. Fin 2011, Goldman Sachs, qui souhaitait alors lever 2 milliards de dollars, s’était vu opposer une fin de non-recevoir des érudits musulmans. Ils avaient estimé que le projet ne respectait pas les prescriptions islamiques. La charia interdit en effet la spéculation (gharar), l’intérêt ou l’usure (riba), tout comme l’aléa (maysir). Elle pose le principe du partage des pertes et des profits ainsi que la contrainte de l’adossement de tout financement à un actif tangible.

Une émission de sukuk «repose alors sur le concept de monétisation des actifs: les flux de trésorerie générés par un pool d’actif de référence sont distribués de manière régulière et reproduisent donc le concept du paiement du coupon», détaille le gestionnaire d’actifs Amundi. Les investisseurs n’ont aucun droit sur ces actifs, également respectueux des principes de la charia ; interdiction du financement de l’alcool, de la pornographie, du commerce des armes…

D’autres acteurs non islamiques devraient suivre Goldman Sachs. La Société générale a obtenu les autorisations pour un programme de sukuk en Malaisie d’un montant d’un milliard de ringgits (226 millions d’euros). L’opération devait se dérouler avant l’été, mais elle a été repoussée. Le japonais Mitsubishi UFJ est également sur les rangs. Pour les banques, ces émissions de sukuk viennent enrichir leurs palettes de financements locaux.

Les liquidités du Golfe

Depuis le début de l’année, le montant d’émission de sukuk a atteint 86 milliards de dollars, selon le cabinet Zawya, contre 75 milliards de dollars un an plus tôt à la même période. La finance «conventionnelle» reste très majoritaire dans le monde musulman, mais les principes de la finance islamique, qui remonte aux années 1970, gagnent du terrain, notamment sous l’impulsion des nouveaux gouvernements islamistes.

En Europe aussi, les lignes évoluent. Aucun gouvernement ne reste indifférent face aux immenses liquidités du Golfe. Le Trésor britannique est le plus entreprenant: il a émis avec succès en juin dernier un sukuk, une première hors du monde musulman. «L’émission aujourd’hui du premier sukuk souverain de Grande-Bretagne répond à l’engagement du gouvernement» de faire du pays «le centre occidental de la finance islamique», a déclaré le ministre britannique des Finances, George Osborne.

En France, le déclic remonte à 2008, lors de la visite du président Sarkozy en Arabie saoudite. Depuis, les autorités s’efforcent de favoriser le développement de la finance islamique dans le pays. «Son insertion dans l’ordre juridique français ne devrait pas provoquer de bouleversements majeurs, mais de simples ajustements, notamment en matière fiscale», juge Thierry Rambaud, professeur de droit public à Paris Descartes et à Sciences Po.

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