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Herman Cain, candidat Républicain anti-immigration, islamophobe… et Noir

Auteur : Stéphane Buret pour ENQUETE&DEBAT

En apparence, Herman Cain (photo) a donc tout, ou presque, du candidat Républicain typique. Si vous ajoutez à son profil qu’il est pour une défense nationale forte, pour un soutien indéfectible à Israël, contre l’avortement (même en cas de viol et d’inceste), et qu’en tant qu’ultra-libéral il a à son palmarès d’avoir fait échouer la réforme de santé de Bill Clinton, nous avons affaire à un candidat ultra conservateur dans toute sa splendeur. Au point que même la plupart des membres du « camp des patriotes » français le jugeront comme étant un peu « too much ». Cela dit, la candidature d’un tel personnage est intéressante sur ce qu’elle révèle de la société américaine, mais aussi sur la société française, où l’on n’est pas prêt de voir ce genre de profil (même en « version light »). Herman Cain a aussi le mérite de poser des problématiques que l’on retrouve en France et en Europe, à savoir l’immigration de masse et l’islamisation de la société.

Vous avez dit afro-améri-Cain ?

Herman Cain est né en 1945 à Memphis dans une famille modeste. C’est un autodidacte qui a gravi rapidement les échelons sociaux. Alors qu’il travaille à la section balistique de la marine américaine, il passe en parallèle un bac de mathématiques et une maîtrise d’informatique. Il quitte ensuite l’armée pour entamer une carrière de businessman, où il se révèle être un manager hors-pair. Ainsi, à Burger-King, il réussit à faire passer le secteur qu’il avait en charge (400 restaurants), du moins rentable au plus rentable du groupe en trois ans seulement ! Il fut ensuite nommé PDG de la chaîne de pizzerias Godfather, qu’il sauva de la faillite. Après d’autres expériences, il entame sa carrière politique en 1996 en tant que conseiller principal de la campagne du Républicain Bob Dole.

Herman Cain se définit comme un « Noir Américain » et non comme un afro-américain. En effet, cette expression politiquement correcte est particulièrement stupide, car n’ayant pas comme pendant le terme « euro-américain », il catalogue les Noirs comme des Américains « venus d’ailleurs », contrairement aux Blancs qui seraient ainsi de « Américains de souche ». On parle ici de l’Amérique en tant que nation, celle née le 4 juillet 1776 (sinon tout le monde est venu d’ailleurs évidement, sauf les « Natives Americans »). Herman Cain se targue donc d’être un Américain dont les origines peuvent être retracées au sein de la nation. Il s’oppose en cela à Barack Obama, qu’il définit comme étant quant à lui quelqu’un « d’international », dont les valeurs américaines n’ont été transmises que du côté maternel (puisque son père est Kenyan).

Parfaitement cohérent avec ses idées, Herman Cain est contre l’ “Affirmative Action” (discrimination positive). Il est tout simplement contre toute forme de barrière à l’encontre de certaines personnes (le « plafond de verre »). Mais il est résolument contre toute politique de quotas, qu’il juge même contre-productive. Il considère que pour aider les minorités, il faut tout simplement les encourager à travailler dur, et ne pas les discriminer.

Apprécié au Tea Party

Herman Cain est plutôt bien apprécié dans les Tea Parties, aussi bien dans les mouvements locaux qu’au parti national. Cain n’est pas populaire du fait de ses prises de positions sur l’Affirmative Action, mais pour celles contre les impôts et les dépenses publiques (cheval de bataille des Tea Parties), pour son opposition à Barack Obama, et ses valeurs conservatrices en général. En effet, les Tea Parties sont populistes au sens premier du terme, ils s’opposent aux réglementations sur les libertés individuelles venues de l’état fédéral, aux élites de Washington, et ils sont donc essentiellement contre une imposition jugée excessive (d’un point de vue américain). Mais les Tea Parties sont aussi généralement contre l’avortement et pour la peine de mort. Plus ou moins comme le parti Républicain en fait. Mais, contrairement à ce qu’on nous dit en France, les Tea Parties ne sont pas des formations d’extrême droite pour autant, et ne sont en rien racistes. Herman Cain a d’ailleurs lui-même déclaré que les accusations de racisme portées à l’encontre du Tea Party (aux USA) étaient ridicules. Si tel était le cas, comment expliquer qu’il soit toujours en tête des sondages de popularités au sein du parti, déclare-t-il ? Il ne croit pas non plus que les membres du Tea Party le mettent en avant pour envoyer le message comme quoi « les conservateurs ne sont pas racistes ». Il pense que pour les membres du Tea Party, peu importe qu’il soit « vert, rouge, bleu ou jaune ».

Herman Cain a gagné « ses lettres de noblesse » le jour où il s’est opposé à Bill Clinton lors d’une réunion sur la réforme de santé. L’intervention de Cain, en tant que président de la Nationale Restaurant Association, fit sensation. Notamment quand il dit au président que ses calculs étaient inexactes, qu’en économie de marché les choses ne pouvaient fonctionner ainsi, et quand il lui demanda ce qu’il était supposé dire aux travailleurs qu’il devrait licencier à cause de cette nouvelle charge ! Suite à cette intervention, les Clinton désignèrent eux-même Herman Cain comme l’un des principaux « saboteurs » de leur plan de santé. Ce n’est peut-être pas glorieux vu d’ici, mais cela fut important pour la carrière politique d’Herman Cain.

Cela dit, certains aspects de sa carrière professionnelle troublent quelques membres des Tea Parties. Il faut savoir que Cain fut président de la Kansas City Federal Reserve Bank, division de la Banque Centrale Fédérale. Nobody’s perfect. Ce sont surtout ses prises de positions fermes en faveur du système bancaire fédéral, décrié par les « anti-FED », qui gênent. Pire, Cain fut un ardent défenseur du plan de sauvetage bancaire de 700 milliards de dollars en 2008. Pour quelqu’un qui déclare lutter contre les impôts, il y a plus cohérent. Cain fustigea même « les puristes du libre échange » qui étaient contre ce plan ! On peut malgré tout comprendre cette position, dans la mesure ou tout le système économique aurait pu imploser. Cela dit, Cain serait-il, comme on le dit d’Obama, un « agent de Wall Street » ?

Quoi qu’il en soit, le Tea Party ne lui tient pas trop rigueur de ces prises de positions, puisque Cain a participé en 2010 à plus de quarante rassemblements de Tea Parties ! Il s’y est fait une énorme réputation auprès du mouvement et sur le web, au point de devancer Sarah Palin dans un sondage.

Plus islamophobe qu’Herman, tu meurs ?

Sans en faire un point clé de sa campagne, Herman Cain ne cache pas son islamophobie. Cain se méfie des musulmans américains, dont certains pourraient « potentiellement être des terroristes ». Il faut dire qu’aux Etats-Unis aussi, les revendications religieuses de la part de cette communauté se multiplient : volonté de construire une mosquée à Ground Zero, tentatives d’introduction de la charia dans la loi américaine pour les musulmans, etc.

Herman Cain s’est ainsi opposé à la construction d’un centre islamique dans le Tennessee, ce qu’il considère d’abord comme une forme d’utilisation abusive de la liberté de religion du pays. En effet, Cain rappelle que la constitution américaine garantit la séparation de l’Église et de l’État, alors que « l’Islam combine Église et État ». Pour lui, la construction du centre islamique n’est qu’une nouvelle tentative détournée pour introduire la charia dans les lois américaines. Quand on lui demande s’il nommerait un musulman comme juge ou membre de son administration, il déclare que non, parce qu’il ne veut pas participer au mouvement consistant à être plus conciliant envers la « charia ». Il déclare que de se qu’il sait de la religion musulmane, ses membres ont comme objectif soit de convertir les infidèles, soit de les tuer. Au point qu’il s’est dit gêné d’avoir été opéré par un chirurgien musulman pour cette raison !

Herman Cain est parfois décrié au sein même du mouvement conservateur pour ces propos. Lorsqu’on lui fit remarquer que la constitution américaine interdisait qu’on exige une religion particulière aux personnes ayant en charge des responsabilités publiques, Herman Cain est un peu revenu sur ses déclarations concernant l’embauche de musulmans. Il a alors expliqué que celles-ci avaient été mal interprétées, et qu’il n’emploierait pas de musulmans radicaux. Quoi qu’il en soit, Herman Cain a le mérite de poser dès à présent le problème de l’Islam aux États-Unis, alors que certains estiment qu’il y aura 50 millions de musulmans dans le pays dans une trentaine d’années.

Mexi-Cain

On l’a vu, Herman Cain se considère comme un Américain « de souche ». Il est ainsi de langue maternelle anglaise, de culture et de tradition anglo-saxonne, et de religion protestante. Ce n’est pas d’une immigration musulmane dont Herman a peur (la plupart des familles musulmanes sont composées de Noirs convertis à la période de la lutte pour les droits civiques), mais de l’immigration mexicaine.

Si les latinos sont à moitié blanc, de langue européenne et de religion chrétienne, leur intégration pose problème, et leur présence massive menace l’identité américaine « traditionnelle ». Ainsi, le cas de latinos ne parlant pas anglais après vingt ans de présence sur le sol américain n’est pas rare. Dans des localités où ils sont majoritaires, certains habitants hissent (illégalement) le drapeau mexicain à la place du drapeau américain sur le fronton des mairies (comme en France certains hissent le drapeau algérien) ! Et à Miami un dicton dit « quand le dernier Américain s’en ira, qu’il n’oublie pas d’emporter le drapeau avec lui »…

La polémique sur l’immigration aux États-Unis ressemble à celle que nous trouvons en France. Ainsi Cain déclare ne pas accepter « l’ânerie » consistant à dire que la frontière entre l’Amérique et le Mexique ne pourrait être sécurisée : « nous avons bien réussi à envoyer un homme sur la Lune ! ». Il rappelle qu’une frontière non sécurisée profite aussi aux terroristes. Herman n’accepte pas non plus « l’ânerie » consistant à dire que l’Amérique ne devrait pas « offenser » ses voisins du sud. Il dénonce le fait que l’administration Bush, pas plus que l’administration Obama, ne se soit sérieusement occupée du problème, et se demande bien pourquoi. Ne serait-ce pas en partie parce que, comme en France, le patronat fait du lobbying pour qu’il en soit ainsi ?

Herman Cain dénonce une immigration illégale qui entraine des activités illégales (trafics de drogues et d’êtres humains), et exerce une pression énorme sur le système de santé américain. Car les illégaux sont tout de même soignés en Amérique, et plusieurs hôpitaux se sont déclarés en faillite à cause du coût des soins.

Pour résoudre le problème de l’immigration illégale, Herman Cain propose trois axes principaux : d’abord se donner les moyens de sécuriser la frontière, ensuite avoir tout simplement la volonté d’appliquer les lois existantes, enfin promouvoir le processus légal d’accès à la citoyenneté. Sur la problématique de l’immigration comme celle de l’Islam, Herman préfère donc anticiper le problème plutôt que de réagir après coup.

Le futur Obama, à son corps défendant ?

Quand on demande aux gens de gauche l’intérêt de l’élection de Barack Obama à la présidence américaine, tous sortent en premier lieu « la formidable symbolique » que cela représente. En oubliant que 52 % des Blancs n’ont pas voté pour lui…

La symbolique serait encore plus forte si Herman Cain était élu. En effet, il est lui un descendant d’esclaves noirs. S’il était élu en tant que candidat Républicain, c’est certainement qu’une majorité de Blancs aura voté pour lui (quant au vote latinos, il semble bien mal acquis…). Sa nomination montrerait aussi au monde que l’on peut être issu d’une minorité et être parfaitement assimilé, patriote, résolument contre l’immigration illégale, et vouloir lutter contre l’islamisation de sa société. Bref, de quoi donner une belle leçon aux gauches européennes ! Au delà de la symbolique, Herman Cain a le grand mérite de poser certains problèmes sérieux sur la table, et d’anticiper les solutions. Combien de politiciens aujourd’hui peuvent se targuer d’être en accord avec la maxime « gouverner, c’est prévoir » ?

Alors certes, Herman Cain est un peu trop conservateur vu de ce côté de l’Atlantique. Et il n’est pas le mieux placé des candidats à l’investiture. Mais souvenez-vous : Barack Obama ne l’était pas non plus…

Source de l’article :  ENQUETE&DEBAT
http://www.agoravox.fr

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