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Hollande, Mélenchon… la saison des pèlerinages est ouverte

par Bernard Dugué

Un chrétien ira se recueillir à Lourdes le 15 août, un musulman effectuera un pèlerinage à La Mecque, un juif priera face au mur des lamentations. Chacun sa foi, chacun son pèlerinage ou sa prière. Et nos politiques ? Eh bien ça ressemble fortement à la religion. On se souvient du candidat Sarkozy en pèlerinage au mont Saint-Michel, haut lieu de la chrétienté. Il y a quelques décennies, Mitterrand effectuait chaque année un pèlerinage à la roche de Solutré. Pas de symbolique particulière si ce n’est que cet événement était censé commémorer un lieu de rencontre choisis par de jeunes résistants dont faisait partie Mitterrand. Cette ascension n’a pas à être moquée, même si quelques parvenus en profitaient pour se donner un air. Enfin, on peut aussi imaginer une symbolique ésotellurique mais si c’est le cas, cela n’a aucune incidence sur la politique. En ce début de campagne pour 2012, la saison des pèlerinages a été lancée. Nicolas Sarkozy s’apprête à commémorer Jeanne d’Arc, afin de bien montrer son attachement à la France. Mais s’il est une valeur à laquelle les politiques se doivent de croire, c’est le « travail ». Surtout si l’on est socialiste ou de gauche. Mélenchon avait même grillé ses concurrents en se déguisant en faux père Noël lors du conflit des agents de sécurité dans les aéroports.

Ainsi, la raffinerie sise près de Rouen et appartenant au groupe Petroplus fait l’objet de toutes les attentions. Hervé Morin, Jean-Luc Mélenchon se rendront en pèlerinage à Petroplus, après François Hollande qui fut précédé par Philippe Poutou, le candidat du NPA. Et la droite ? Eh bien elle est dispensée de faire le déplacement puisque c’est le directeur de Petroplus qui est reçu à Matignon. Ainsi se déroule la campagne politique, non sans quelques habiles marchandages. Un proverbe apocryphe prononcé à l’ENA dit que : « emploi menacé pendant la campagne, emploi préservé pendant la campagne, mais emploi menacé une fois connu l’élu, emploi foutu ». Quoi qu’il en soit, les hommes politiques doivent afficher leur foi dans les valeurs qu’ils défendent et le montrer aux médias. Il fut un temps où les chefs d’Etat se devaient d’être vus à l’église pour une célébration de la messe. La politique est comme ça. Même à une époque où la religion et l’Etat sont séparés, les politiques doivent montrer qu’ils sont soucieux de certaines valeurs auxquels ils croient. Que ce soit utile ou dévoyé n’est pas important du moment que ces pratiques servent à gagner les élections. Et l’on imagine pas une seconde un François Hollande ignorant les travailleurs, même si la classe ouvrière ne pèse qu’un dixième du corps électoral. Les journalistes bavards jouent les singes savants en comparant le « sale mec » de Hollande au « Chirac fatigué » prononcé par Jospin, piètre parole qui lui aurait porté la scoumoune et signé sa perte le 21 avril 2002. En vérité, l’un des facteurs ayant pesé sur la chute de Jospin, c’est l’indifférence affichée face à des travailleurs menacés de licenciement. Cela remonte à loin mais nous avons gardé le souvenir d’un premier ministre candidat susurrant à la presse qu’on ne pouvait pas faire grand-chose face aux multiples plans sociaux. Et en 2012 et c’est bien sûr, le candidat socialiste ne se fera plus piéger sur cette faute tactique impardonnable. D’où l’insertion bien calculée de pèlerinages effectués par le candidat Hollande partout où des inquiétudes se présentent et surtout auprès du monde du travail.

L’important n’est pas de prouver qu’on va faire quelque chose mais de montrer qu’on prend les problèmes avec circonspection et sérieux et qu’on veut absolument faire quelque chose, quitte à le crier haut et fort avec un style incantatoire qu’un chamane moderne ne renierait pas. Il faut faire quelque chose et Hollande le dit haut et fort ce qui ne mange pas de pain puisqu’il n’est pas en position d’agir. Hollande interpelle le président à propos de Seafrance ou de Petroplus. Et les Français ne peuvent pas l’ignorer puisque le candidat socialiste est suivi par une horde de journalistes tendant des dizaines de micros. La position du candidat Sarkozy est plus délicate car il est en position de manœuvrer les leviers et si ses opérations échouent, cela se verra et pèsera sur l’opinion. D’où l’attention apportée à ces deux dossiers épineux concernant chacun plusieurs centaines de salariés. Il faut que les citoyens désabusés puissent encore croire en l’action politique et pour ce faire, les politiques doivent faire des actes de foi et pour la plupart, effectuer des pèlerinages dans les usines et les campagnes. Un petit détour par une grosse université ou un lycée de banlieue ne serait pas de trop mais je me garderai bien d’en toucher un mot à l’équipe de Français Hollande, de peur de les vexer car je suis certain qu’ils y ont pensé. Et même une visite impromptue dans une maison de retraite, à serrer la pogne des vieux et biser quelques vieilles devant les caméras.

Dans une campagne politique, peu importent les discours, déplacements et gestes, au diable le style du moment qu’il est efficace, car l’important n’est pas de participer aux agapes médiatiques mais de gagner lors de la partie finale qui se joue dans les urnes. Pour ma part, Hollande m’a tout l’air d’un brave type et je lui souhaite de gagner en 2012. De toutes façons, il ne pourra pas faire grand-chose car les Français n’ont pas connaissance de la vérité de cette crise. Et ignorent qu’il y a une crise de la vérité, une crise philosophique.

http://www.agoravox.fr/

 

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