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ISLAM : RACHID BENZINE LÈVE LES TABOUS À AUDINCOURT

Sophie DOUGNAC

Rachid Benzine

« S ans tabous » est-il précisé, un peu partout, sur les invitations de la séance questions-réponses, organisée, ce jeudi après-midi à Audincourt par le conseil régional des Marocains de Franche-Comté. L’affiche tient ses promesses : en face d’une assistance de professionnels (de l’Éducation nationale, populaire, des élus, des associations), très en demande, Rachid Benzine ne manie pas la langue de bois. L’islamologue, écrivain (« Les nouveaux penseurs de l’islam » et plus récemment « Le Coran expliqué aux jeunes »), enseignant (à l’IEP d’Aix, à la faculté catholique belge de Louvain et à l’institut de théologie protestant de Paris) est une des rares à le dire haut et fort ; non, les récents attentats en France, les horribles exactions au Yémen, en Syrie, en Irak, « n’ont pas rien à voir du tout avec l’islam ». Pour lui, affirmer le contraire tient du déni.

La connaissance contre les fantasmes

« Il ne faut pas idéaliser l’islam », résume-t-il. « Ce n’est ni la paix, ni la violence et cela peut être l’un ou l’autre ». Comme le catholicisme a pu être à la fois l’Inquisition ou le soutien à la phalange franquiste et aussi le combat contre la pauvreté de Sœur Emmannuelle en Inde. Bref, dans le monde réel, la religion est ce que ses adeptes, ses croyants en font. Au fil de ses interventions érudites, dénuées de pathos, scientifiques, l’homme replace l’islam dans le contexte historique de sa naissance et analyse le Coran à cette aune. Aujourd’hui ? « La religion traditionnelle est en crise en raison principalement de la mondialisation : les lieux culturels et cultuels sont de moins en moins fréquentés ». Et de parler du « Cheikh Google » : la transmission entre générations ne se faisant pas toujours correctement, certains – des jeunes – se « bricolent » une identité sur internet. « La référence n’est plus l’imam de la mosquée du coin. Résultat : il y a de plus en plus de religieux sans la culture qui va avec ». Ce que Rachid Benzine appelle (mais aussi pour les athées qui méconnaissent la culture chrétienne) : « Des analphabètes religieux ». « C’est quand on a le moins d’identité qu’on la revendique le plus ».

Ça, c’est le constat. Le remède ou les remèdes, sur lesquels s’interrogent les professionnels, désarmés face aux amalgames d’une partie de leurs élèves ? Scientifique avant tout, l’islamologue ne se veut ni donneur de leçons, ni détenteur d’une vérité, par ailleurs toujours mouvante. Sa grande idée cependant ? La connaissance. Du côté des musulmans français – « dont l’immense majorité est sécularisée » -, il pense à une plus grande représentation de la pluralité de l’islam. À des enfants aussi, qui, par l’écoute de leurs parents, grands-parents, pourraient trouver ou retrouver leurs racines. Côté Éducation nationale, l’enseignement, plus approfondi, de l’histoire des religions, pourrait mettre à mal beaucoup de fausses croyances. Autre piste : la valorisation des apports de la civilisation musulmane, et ce afin d’intégrer dans le roman national c’est-à-dire notre construction nationale, une partie de la population qui en est exclue. « Il y a beaucoup de fantasmes liés à l’islam. Il ne faudrait pas pousser, en réduisant les gens à une identité religieuse, une partie des musulmans à se communautariser ».

La laïcité dans tout ça ? Rien d’incompatible avec l’islam. Au contraire, elle est, dit l’écrivain, une chance pour cette religion qui s’est toujours enrichie de ses voyages. Mais là aussi, la laïcité – « notre socle commun » – doit être bien comprise, donc bien expliquée. « En France, la liberté d’expression s’est gagnée contre la religion, catholique en l’occurrence. Il faut donner à tous, le cheminement et non le seul résultat. Je crois beaucoup à ça : les questions sont plus importantes que les réponses ».

http://www.estrepublicain.fr/

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