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La finance islamique part à la conquête de l’Afrique

Les États du Golfe qui disposent d’énormes réserves paraissent prêts à investir dans les pays africains, surtout si ces derniers se convertissent aux règles financières de la charia, selon l’agence Standard & Poor’s.

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L’Afrique est décidément très courtisée. Après la Chine, c’est maintenant la finance islamique qui semble s’intéresser au continent africain, des pays du Maghreb et de l’Égypte, à l’Afrique du Sud, en passant par les États de l’ex-empire colonial français. L’agence de notation Standard & Poor’s (S & P), pour qui c’est un marché comme un autre, suit les choses de près et vient d’y consacrer une étude (Les États africains vont-ils se tourner vers la finance islamique pour financer sa croissance?).

Si l’argent n’a pas d’odeur, on sait que les religions imposent parfois des conditions à son emploi. La charia, la loi musulmane, interdit les produits financiers fondés sur des taux d’intérêt, et les transactions ne peuvent porter que sur des actifs physiques. Mais les  placements islamiques, avec leurs spécificités propres, peuvent rendre exactement les mêmes services. Il suffit de trouver la parade technique pour qu’ils soient strictement équivalents à des obligations.

Financer les dettes publiques

Les titres «sukuks» notamment, souverains ou quasi-souverains, permettent aux États de financer les dettes publiques comme n’importe quelle émission d’OAT français ou de Bund allemand. S & P rappelle que les nouvelles émissions de sukuks ont porté sur 115 milliards de dollars en 2012. La nouveauté est «l’émergence des émetteurs souverains et quasi-souverains en dehors du berceau des sukuks, (pays islamiques d’Asie du Sud-Est et du Conseil de coopération du Golfe, Arabie saoudite, Koweït, Qatar et Bahreïn)».

Ainsi l’Égypte, dont les besoins de financement sont actuellement gigantesques et qui n’est toujours pas parvenue à obtenir un prêt du FMI, a adopté le 28 février un projet de loi autorisant les sukuks. L’an dernier le Trésor de la République d’Afrique du Sud a annoncé son intention d’en émettre. «L’Afrique du Sud, deviendrait ainsi le premier pays non musulman à faire une émission d’obligations sur le marché islamique, si l’on exclut l’émission de 100 millions d’euros de sukuks réalisée par le Land allemand de Saxe-Anhalt au début des années 2000», explique S & P.

Énormes réserves financières

Les pays d’Afrique du Nord et du printemps arabe paraissent tout particulièrement intéressés, à la fois pour des raisons budgétaires, mais également politiques: il s’agit de répondre aux franges les plus religieuses de leur population, comme au Maroc. Alors que les États du Golfe disposent d’énormes réserves financières à placer – elles dépassent les 1000 milliards de dollars selon l’OCDE – leurs investisseurs observent d’un très bon œil les besoins exprimés par les États d’Afrique. Le Nigeria et le Sénégal sont également sur les rangs des émetteurs potentiels de sukuks.

La Banque islamique de développement (BID) paraît toute désignée pour jouer un rôle de passeurs. Cette institution multilatérale d’aide au développement «a pour mission première de stimuler le développement économique de ses 56 États membres, dont 22 se trouvent en Afrique, tout en respectant les principes de la charia», note Standard & Poor’s.

L’agence de notation a d’ores et déjà fait une offre de service pour noter les sukuks. Car, même s’ils proscrivent l’usure et les prêts à intérêts, les investisseurs musulmans sont manifestement très soucieux de mettre leur argent dans des mains sûres, qui rembourseront leurs dettes.

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