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Le Maroc cède aux sirènes de la finance islamique

PAR FALILA GBADAMASSI

De nouveaux produits bancaires seront proposés en 2013

En 2013, les Marocains découvriront des nouveaux produits de la finance islamique. Un projet de loi est en préparation au royaume chérifien. Les autorités marocaines estiment que la finance islamique serait vitale pour l’économie.

C’était l’une des promesses de campagne du Parti de la justice et du développement (PJD), la formation islamiste qui a remporté les législatives du 25 novembre dernier au Maroc. Le gouvernement d’Abdelilah Benkirane prépare un projet de loi qui permettra d’introduire la finance islamique dans le système bancaire marocain en 2013. L’annonce a été faite mi-mars par Mohamed Najib Boulif, ministre délégué auprès du chef de gouvernement chargé des Affaires générales et de la gouvernance. « Nous devions faire le choix entre deux options, soit mettre en application une loi bancaire 100% islamique ou bien d’introduire progressivement quelques amendements pour ne pas déstabiliser le système bancaire national. C’est ce point qui a été retenu pour le moment tout en mettant l’accent sur la contribution d’un acteur local », a précisé le ministre dans un entretien accordé au journal Aujourd’hui le Maroc. Il estime que les produits issus de la finance islamique « ne peuvent être que vitaux » pour l’économie marocaine. Le Fonds spécial « zakat » devrait être ainsi activé l’année prochaine. Selon l’Association marocaine des études et recherches sur la zakat, cité par Le Matin, l’aumône qui est le troisième pilier de l’islam pourrait constituer un fonds de 15 à 17 milliards de dirhams par an (entre 1,3 et 1,5 milliard d’euros) , soit 3 à 5% du PIB.

Le Maroc n’est pas novice en matière de finance islamique mais le secteur n’a jamais vraiment décollé. En 2007, Bank Al-Maghrib, la banque centrale marocaine, a autorisé les établissements bancaires à commercialiser trois produits : Ijara, Mourabaha et Moucharaqa. La Ijara, tel que défini dans un article d’Hicham El Moussaoui et Nicolas Bouzou, est un mécanisme par lequel « la banque achète un bien et le loue à son client avec une promesse de vente à terme ». la Mourabaha est un prêt à court terme sans intérêt rémunéré par une marge prédéterminée ». Enfin, la Moucharaka est décrite comme « une adaptation islamique du capital investissement où la banque s’engage à financer un projet, et à en partager les profits et les pertes qui en découlent en fonction d’un ratio préétabli ». Mais selon l’agence Ecofin, « l’encours global de ces produits alternatifs n’a atteint que 800 millions de dirhams en 2011 ». Au total, « Les produits islamiques représentent par exemple 4,9% du total de l’actif bancaire en Egypte et 4,3% en Turquie. Au Maroc, ils ne pèsent que 0,1% dans l’actif bancaire à fin 2010 », selon le journal marocain L’Economiste.

Profiter des opportunités de la finance islamique et rattraper son retard

Au Maroc, ces produits devraient être complétés par le contrat de construction Istisna [1] et le contrat de vente Salam (vente au comptant avec livraison différée). « Mais en premier lieu, nous misons beaucoup sur Moucharaka », a indiqué Mohamed Najib Boulif.

Comparé à ses voisins et à d’autres pays arabes, le Maroc serait « très en retard » en matière de finance islamique. « Les banques islamiques internationales ont déjà frappé à la porte du Maroc, explique L’Economiste. Depuis une quinzaine d’années, plusieurs banques islamiques du Moyen-Orient ont demandé à intégrer le circuit bancaire marocain. » Les autorités marocaines espèrent que ces établissements participeront au développement de Casablanca finance city (CFC), cité dédiée aux entreprises financières. Ce projet du Moroccan Financial Board vise à faire du Maroc « un hub régional de la finance en Afrique du Nord et de l’Ouest ».

Afin de convaincre les Marocains de l’intérêt économique de la finance islamique, le gouvernement est prêt à aménager la fiscalité pour que les produits proposés ne soient pas chers, comme ce fut le cas par le passé. Par ailleurs, les autorités marocaines misent sur la formation des professionnels et la sensibilisation des futurs clients.

[1] L’istisna est un contrat de construction aux termes duquel un client demande à un tiers chargé de la construction, appelé « le fabricant », de lui construire un ouvrage mobilier ou immobilier moyennant un prix payable d’avance, de manière fractionnée, à terme ou encore à tempérament. Le contrat prévoit que la propriété du bien construit est transférée au client à l’achèvement (Source : ministère des Finances).

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