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Le retour du jeûne chez les chrétiens

PAR DALILA BOUAZIZ

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Longtemps délaissée, les chrétiens retournent depuis quelques années à la pratique du carême et donc du jeûne. Un retour qui s’explique de différentes manières.

Ramadan chez les musulmans, carême chez les chrétiens. La ferveur des croyants musulmans qui jeûnent et prient plus fidèlement pendant cette période a pu susciter une certaine émulation spirituelle chez les jeunes chrétiens. «Le retour du jeûne, c’est un mouvement significatif depuis quelques années», indique Virginie Larousse, rédactrice en chef du Monde des religions.  A tel point qu’il y a trois ans, des assisses chrétiennes du jeûne ont été organisées à Saint-Etienne. «Elles ont connu un succès important, plus de 700 personnes s’y sont rendues», note la journaliste. Un constat partagé par Aurélien Zaragori, doctorant en histoire et spécialiste du fait religieux. «On a pu noter depuis 2010, une reprise du carême. L’Eglise de France a évoqué 10 % de personnes en plus. Il y a peut-être une analogie avec le ramadan qui donne envie de ressusciter cette pratique», note-t-il. En effet,  80 % le pratiquent en France. «Les musulmans sont de plus en plus visibles dans la sphère publique. Ils pratiquent le ramadan de manière décomplexée et naturelle. Peut-être que cela incite les chrétiens à avoir une pratique plus ouverte de leur religion et d’oser s’affirmer plus clairement», s’interroge Virginie Larousse.

Le carême, cœur de la foi chrétienne

Le carême est le temps de préparation à la fête de Pâques, cœur de la foi chrétienne, qui célèbre la résurrection du Christ. Il commence le mercredi des cendres et s’achève le vendredi saint au soir, veille de Pâques. La durée du jeûne est de quarante jours. Cela commémore les 40 jours que Jésus a passé dans le désert avant de commencer son ministère public, la période qu’il a passé à prêcher auprès de la population. Le carême repose sur la prière, la pénitence et le partage.

«Le jeûne plus une contrainte»

«Le jeûne était perçu comme contraignant et imposé par l’Eglise. C’est à présent vécu comme un choix personnel», analyse Virginie Larousse. Lorsque le carême s’est constitué comme temps de pénitence au IVesiècle, l’obligation du jeûne était rigoureuse : un seul repas le soir sans viande, ni œuf, ni laitage, ni vin. Actuellement, le jeûne de carême est limité au mercredi des cendres et le vendredi saint. «Généralement, on boit de l’eau avec un peu de jus de fruits et on mange des fruits secs ou des légumes. Ce n’est pas l’exclusion unique de la viande, c’est vraiment une alimentation réduite à son plus strict minimum», souligne la rédactrice en chef. Aujourd’hui, le sens du carême dépend du degré d’adhésion à l’église catholique. Les pratiquants, eux, se réfèrent au message initial du carême.

Des motivations plus spirituelles que religieuses

Mais beaucoup de personnes et de jeunes pratiquent le jeûne, à titre moins religieux. «Ils le font sur fond de motivation écologique», explique Aurélien Zaragori. Dans une société de surconsommation, on souhaite retourner à l’essentiel, à ce qui est fondamental et pratiquer une forme de dépouillement. Afin de répondre à cette nouvelle demande des croyants, des carêmes en ligne se sont mis en place. «Ces sites ont explosé car c’est plus conciliable avec la vie de tous les jours des chrétiens», pointe le doctorant.

http://www.zamanfrance.fr

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