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Les abus du business halal

Par Cécilia Gabizon

Pour qu'une viande bénéficie de l'étiquette halal, l'animal doit être égorgé à la main, la tête
Pour qu’une viande bénéficie de l’étiquette halal, l’animal doit être égorgé à la main, la tête Crédits photo : Magnéto Presse/Capture vidéo

Le magazine «Spécial Investigation» dénonce les nombreuses arnaques en vigueur dans ce marché en plein boom.

Le halal est un marché florissant. Le magazine «Spécial Investigation» a tenté d’en savoir plus sur cette offre qui a explosé ces dernières années: à la traditionnelle boucherie s’ajoutent des supérettes modernes ou encore ce restaurant couru qui propose de la cuisine du terroir, avec des produits confessionnels. Le chiffre d’affaires de l’alimentaire halal devrait atteindre 5,5 milliards d’euros en 2010, dont 1 milliard d’euros pour la restauration selon le cabinet de marketing Solis, qui vient de publier une étude du secteur. 

En apparence, le croyant dispose maintenant d’une gamme variée de produits… En réalité, il est souvent berné. Car l’étiquette halal que l’on voit fleurir partout n’offre aucune garantie, rappellent les journalistes. Chacun peut décider de l’arborer, met en garde le gérant d’une supérette. Les arnaqueurs profitent du flou réglementaire. Une marque vend ainsi impunément des bonbons halal… faits avec la gélatine de porc pourtant totalement proscrite !

Au-delà de ces cas extrêmes, le ­reportage s’intéresse au gigantesque marché du poulet halal. Beaucoup de portes fermées, de personnes se disant «non habilitées à parler», un climat de méfiance évident. En caméra ­cachée, les enquêteurs ont filmé plus de silence que de séquences révélatrices. Ils ont tenté de vérifier si Doux, le géant du secteur, qui exporte jusqu’en Arabie saoudite, respectait bien les obligations du halal. Les animaux doivent,affirment les journalistes, être égorgés à la main, par un sacrificateur musulman, sans être étourdis préalablement. Or, les poulets du producteur breton perdent leur tête à la chaîne, sans voir un sacrificateur. Pis encore, un employé raconte que les poulets sont légèrement étourdis par électronarcose avant de mourir. Ce serait donc des volailles sans confession qui parviendraient dans les assiettes des consommateurs musulmans.

Le problème, c’est que ce reportage construit sa démonstration autour d’une norme halal fondamentaliste. La définition avancée comme une règle intangible n’est qu’une des lectures de l’islam. Celle des plus rigoristes.

 

Surenchère religieuse

Le Coran dit peu sur le halal. Il établit qu’il faudra manger des aliments licites (halal), ce qui exclut le porc et les bêtes mortes. L’animal devra être égorgé et saigné. Le Coran autorise même les musulmans à manger la nourriture des «gens du livre», les chrétiens et les juifs. On n’y parle point d’étourdissement… Le Codex alimentaire, qui régit la norme halal internationale à l’exportation, ne proscrit pas l’étourdissement (s’il est léger et réversible), pour améliorer le bien-être de l’animal. De nombreux pays européens dont la Grande-Bretagne étourdissent les animaux avant de les sacrifier avec l’accord de leurs musulmans. Quant aux volailles, elles étaient ­jusqu’à présent partout légèrement étourdies.

Mais «les nouveaux entrants sur ce marché dénigrent les pratiques anciennes pour se faire une place» et font de la surenchère religieuse, analyse la spécialiste Florence Bergeaud-Blackler, chercheuse à l’Institut de recherche et d’étude sur le monde arabe et musulman. Le reportage semble ignorer ces enjeux, complexes, qui bloquent jusqu’à présent la mise au point d’un label.

http://www.lefigaro.fr/

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