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L’islam : nouvelle cible du christianisme?

Stéphane BRIAND

Depuis les attentats du World Trade Center en 2001, l’islam , dans les rapports supposés qu’il entretiendrait avec la violence, a fait l’objet de nombreux commentaires au point d’occuper régulièrement la scène intellectuelle, médiatique ou politique. C’est ainsi que Michel Orcel, docteur ès lettres et sciences humaines et spécialiste d’islamologie  ,  » à la faveur des recherches sur l’état de l’islamologie contemporaine […] a découvert avec effroi qu’une bonne part de ce qu’on nomme aujourd’hui l’islamophobie savante est intimement liée à l’Eglise.  » Dans un petit livre dense intitulé De la dignité de l’islam et décliné en sept chapitres, l’auteur se propose d’examiner et de réfuter quelques thèses de ce qu’il considère comme la nouvelle islamophobie chrétienne.

La provocation de Ratisbonne

L’ouvrage s’ouvre sur la fameuse provocation de Ratisbonne (12 sept 2006) initiée par le pape Benoît XVI alors fraîchement élu, lequel, sous prétexte d’illustrer le lien entre la raison grecque et la foi chrétienne, cita un propos de l’empereur Manuel II Paléologue énonçant que le prophète de l’islam n’avait rien apporté  » que de mauvais et d’inhumain.  » Cette attaque en règle  contre l’islam – peut-on l’appeler autrement ? –  semble ouvrir  la voie à de nouveaux polémistes chrétiens qui n’auront de cesse, selon l’auteur, de déconsidérer  la religion musulmane au profit de la religion chrétienne. Luxenberg  , Gallez  , Gilliot  , Prémare   et Delcambre  entre autres ) vont ainsi faire l’objet d’un examen critique de la part de l’auteur, lequel souligne que  »  figés dans leur dogmatisme, les docteurs musulmans laissent ainsi la place à l’exégèse historico-critique des savants occidentaux, que rien ne retient de mettre en pièces le texte saint.  » 

Les nouveaux polémistes chrétiens

Christoph Luxenberg, dans son ouvrage intitulé Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran  , soutient par exemple que le Coran initial, autour duquel se serait construit le Coran canonique, est un lectionnaire chrétien ou syro-araméen. Dans Le Messie et son prophète   de Gallez, l’auteur cherche à déconsidérer la figure du prophète Mahomet et partant l’ensemble des référents sacrés de l’islam : La Mecque aurait été inventée par les califes ommeyades; la Kaaba y aurait été construite tardivement; Mahomet ne serait pas originaire du Hedjaz mais syrien. Ce travail de déconstruction de l’islam va jusqu’à ravaler au rang de simples anonymes des personnages aussi prestigieux que le sont Jésus et Marie dans le Coran. A.M. Delcambre écrit ainsi dans un article  de 2006 intitulé  » Islamophilie et culpabilité  »   que  » ce Jésus et cette Marie […] du Coran sont des homonymes qui n’ont de commun que le nom avec le Jésus et la Marie que [les chrétiens] connaissent.  »

Apologie du principe du relativisme
A ces assertions sans fondement scientifique réel, l’auteur oppose le seul principe du relativisme cher à Montaigne   : l’œuvre de déconstruction qu’opèrent tous ces penseurs à l’égard de l’islam pourrait très bien, comme dans un jeu de miroirs, s’appliquer au christianisme lui-même. Que certains penseurs, par exemple, essaient de décrédibiliser la figure de Mahomet en niant son statut de Prophète et la valeur des hadiths ne doit pas faire oublier que l’existence de Jésus, sitôt les sources chrétiennes écartées, ne tient qu’aux témoignages allusifs d’un Flavius Joseph  , d’un Pline le jeune  , d’un Tacite    ou d’un Suétone.

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