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Musulmans de Gironde : une foi à l’étroit

Par Caroline Campagne

[REPORTAGE] Faute de mosquée au Grand-Parc, le président de l’Union islamique et citoyenne de Bordeaux-Nord accueille des fidèles au-dessus de son commerce dans un centre commercial. Petite visite guidée.

« Le minbar où s'assoit l'imam, servira dans notre futur lieu de culte sur le terrain que l'association culturelle des musulmans va racheter au diocèse », explique Mohammed Habri.

« Le minbar où s’assoit l’imam, servira dans notre futur lieu de culte sur le terrain que l’association culturelle des musulmans va racheter au diocèse », explique Mohammed Habri. (photo Thierry David)

Hier, peu après 13 heures. Cité du Grand-Parc, à Bordeaux. Centre commercial de l’Europe, au pied des tours, face à la Sécurité sociale. Un petit complexe d’une trentaine de boutiques. Inutile de chercher un panneau indiquant une salle de prière pour les musulmans. Officiellement, il n’y en a pas. Seuls les fidèles initiés connaissent ce lieu de culte des plus insolites, situé dans un appartement, au premier étage du Bamo’so café. Cet établissement est géré depuis trois ans par Mohammed Habri. Ce Lot-et-garonnais, tout sourire, originaire du Maroc, est également président de l’Union islamique et citoyenne de Bordeaux-Nord.

On accède à son appartement, qui abrite la salle de prière, par une porte discrète, située à l’arrière du magasin. Et ce n’est un secret pour personne. « Comme nous n’avons pas de mosquée dans notre quartier où il y a beaucoup de musulmans, alors je fais les célébrations chez moi depuis deux ans, plusieurs fois par jours. Au-dessus de mon restaurant dans un appartement. C’est chez moi et jusqu’à preuve du contraire je reçois qui je veux », assure-t-il.

Chemise bleue, pantalon beige emmitouflé dans une doudoune noire, l’homme barbu se montre accueillant et ouvert, à l’heure où une partie de la communauté musulmane bordelaise lui reproche d’être dans la mouvance des salafistes, qui prônent une pratique de la religion assez radicale. « Nous sommes musulmans, un point c’est tout et pas dans un groupe comme certains veulent en créer », dément-il.

Construire une mosquée

Devant la porte en métal gris, qui mène au lieu de prière, pas plus d’indication. À l’entrée, à gauche, une affichette mentionne les ablutions. Rite musulman oblige, il est nécessaire d’enlever ses chaussures. Un escalier recouvert de moquette mène à la salle de prière. Entre deux étages, des photographies exposées, rappellent aux fidèles qu’il est nécessaire de récolter des fonds en vue du prochain rachat d’un terrain au diocèse par l’association culturelle des musulmans (lire notre édition d’hier). L’objectif est écrit en toutes lettres : construire une mosquée. « Nous voulons aider l’association de Mohammed Bouir à financer cet achat », commente notre guide Mohammed Habri. Mais il semblerait que les deux hommes ne soient finalement pas en accord total (lire ci-dessous).

Croisé par hasard dans l’escalier, Kaddour, 37 ans, a rendez-vous chez son médecin. Cet agent de sécurité d’origine algérienne sort juste de la salle de prière. « Avant, je prenais les transports en commun pour aller prier à la mosquée de Saint-Michel. Mais c’est trop loin alors maintenant, je viens ici dès que je peux », confie-t-il.

« Pas d’imam fixe »

L’ambiance de la pièce imite celle de l’intérieur d’une mosquée dans un décor austère. Sur un portemanteau traînent trois djellabas. De grands tapis verdâtres, abîmés par les genoux des fidèles jonchent le sol. « On en reçoit plusieurs dizaines par jour. Mais une seule personne détient la clé », poursuit-il. Un ordinaire panneau avec des voyants digitaux de couleur rouge affiche la date et les heures de prières fixées à partir du lever du soleil. D’un côté de la pièce, un lavabo. De l’autre, le minbar, c’est-à-dire la chaire, où s’installe l’imam devant ses fidèles. « Ici, nous n’avons pas d’imam fixe, les anciens assurent ce rôle car ce n’est pas une structure officielle », reconnaît Mohammed Habri.

Au contraire, d’autres musulmans bordelais membres d’une autre association, l’AMG (Association musulmane de la Gironde), soutiennent que cette « mosquée clandestine », selon leur expression, avait bel et bien un imam dans leur communauté. Un ancien prisonnier de Guantánamo. « C’est faux, répond-il. Mais c’est vrai que je suis en contact avec cet homme et Pierre Blazy, avocat bordelais que j’ai contacté, essaie de faire valoir ses droits ». Selon les dires de Mohammed Habri, ce dénommé Saber Lahmar, 42 ans, originaire d’Algérie habiterait à Mérignac. « Il a été kidnappé par les Américains à Sarajevo, en Bosnie, avant d’être torturé. Au bout de huit ans, un jugement de la cour fédérale américaine l’a blanchi. Il a été libéré, la France l’a accueilli mais il est toujours dans l’impasse. Sans papiers. » L’intéressé n’a d’ailleurs pas réapparu depuis plusieurs mois dans la salle de prière clandestine du Grand-Parc…

En quittant les lieux, il faut se rechausser. Et seulement dire au revoir. Sans toucher un homme, si l’on est une femme.

http://www.sudouest.fr

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