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Ramadan, islam et laïcité : comment l’UMP et le PS font le jeu du Front national

Par Jérôme-Olivier Delb
Architecte

LE PLUS. Moment de recueillement et de spiritualité, le ramadan a commencé ce mercredi 10 juillet pour les musulmans de France. Entre les amalgames douteux à droite et certaines dérives communautaristes à gauche, notre contributeur déplore que l’UMP et le PS aient laissé le principe de laïcité être peu à peu dévoyé par l’extrême-droite.

Illustration de la Grande mosquée de Paris, le 21 juillet 2012 (R.YAGHOBZADEH/SIPA).

Illustration de la Grande mosquée de Paris, le 21 juillet 2012 (R.YAGHOBZADEH/SIPA).

Le ramadan a débuté ce mercredi en France. Pour la plupart des musulmans, c’est un moment de spiritualité et de recueillement qui reste intime. Et pour les hommes politiques, c’est le moment pour penser à la place des musulmans.

À la droite-extrême de l’UMP, ça dérape : ici un élu UMP qui critique une brochure publicitaire faisant la promotion du ramadan, ou encore le maire de Nice qui considère que l’islam est incompatible avec la République. À gauche, c’est la mairie de Paris qui organise, « comme chaque année » (sic), la nuit du Ramadan le 17 juillet prochain.

Stigmatisation et rejet sous couvert de laïcité d’une part, communautarisme religieux au prétexte de l’ouverture culturelle d’autre part, à gauche comme à droite, c’est la laïcité et la République qui trinque, au profit, malheureusement, du Front national.

À l’UMP, une tolérance à géométrie variable

Les manifestations dites « pour tous » ont montré que la laïcité pour l’UMP (et le Front national) était à géométrie variable.

Toujours prompts à dénoncer tout ce qui touche de près ou de loin à l’islam (repas hallal dans les cantines scolaires, affaire du « pain au chocolat », prières de rue…), les dirigeants de l’opposition n’ont jamais dénoncé, pendant ces manifestations, les prières de rue de Civitas et autres prises de paroles de prélats ouvertement anti-républicains.

L’UMP a, comme le FN, une vision de la laïcité fermée et restrictive. Une « laïcité catholique » où le voile et la kippa seraient tout simplement interdits dans l’espace public.

Pour la philosophe Catherine Kintzler, ces élus appartiennent à la catégorie suivante : le « laïque intégriste ». Celui-ci étend le principe de réserve à l’ensemble de la société civile : il confond espace public – l’espace fondateur du droit – et espace civil – l’espace de jouissance du droit –, et n’accepte la liberté d’opinion, de croyance, de pensée, qu’à titre privé, ce qui revient à en limiter l’expression.

Les catholiques étant exemptés des règles que ces soi-disant laïques veulent imposer aux religions, il s’agirait donc ici d’une nouvelle catégorie : le « laïque à la carte » (UMP et FN).

Le communautarisme latent de Delanoë

Le cas du maire de Paris est bien différent. Persuadé d’être dans le vrai, le juste et le bien (la « droite extrême » de l’UMP aussi), Bertrand Delanoë multiplie depuis des années les écarts au principe de laïcité et tend vers un communautarisme latent.

Que ce soit vers la communauté musulmane avec l’exemple cité en introduction, ou avec le financement d’un lieu cultuel à la Goutte d’Or, ou vers la communauté juive des loubavitch avec le financement des crèches confessionnelles, il exalte la différence et considère désormais, comme une partie de la gauche, que défendre la laïcité revient à se montrer raciste.

Si l’on reprend la définition de Catherine Kintzler, l’édile de la capitale s’apparente lui au « démocrate communautariste » qui pense que la cité a pour fondement les communautés, dont il recherche la cohabitation pacifique dans la société civile mais, au nom de « différences », il admet le principe d’appartenance d’un individu à une communauté et ce, exceptés les catholiques, ennemi facile de l’élu de gauche.

Malheureusement, ce n’est pas la première fois que le maire de Paris joue au petit jeu du communautarisme et du non-respect de la laïcité. Déjà en 2011, le préfet de Paris le rappelait à l’ordre dans un courrier. La réponse du maire avait été celle-ci :

« Elle ne correspond à aucune fête musulmane (sic) et n’a pas pour l’objet de permettre l’accomplissement de certaines pratiques à caractère rituel, mais bien au contraire, d’organiser des festivités, ouvertes à tous, qui ne relèvent pas de la sphère religieuse. »

Ou encore rappelait-il qu’elle participe « à des manifestations traditionnelles de différentes confessions ou communautés représentées à Paris telles qu’Hanouka, Vesak, la Saint Maroun, le Nouvel an chinois, le Nouvel an berbère, l’arbre de Noël… »

 

La laïcité, un principe dévoyé par l’extrême-droite

Non seulement Bertrand Delanoë trahit la laïcité et donc la République, mais en plus, il réduit le ramadan à une simple manifestation culturelle. Il revient à folkloriser donc à injurier les musulmans qui prennent ce pilier de l’islam au sérieux, comme me le rappelait récemment un ami.

 

En fait, le maire de Paris agit comme l’hypermarché Auchan de Leers, qui résume l’islam à un chameau, du couscous et une danse du ventre, ce qui a choqué autant de musulmans que de non-musulmans.

Au lendemain du premier tour de la dernière élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen, se félicitant du score de sa fille, avait déclaré : « Les électeurs ont préféré l’original à la copie ». En étant pire que le Front national version Marine Le Pen, Christian Estrosi et donc l’UMP permettent d’accréditer les thèses de celle-ci sans qu’elle ait à se prononcer.

Mais, contrairement, à ce que pensent les dirigeants de l’UMP, c’est bien Marine Le Pen qui, aux prochaines élections, raflera la mise. La gauche aura beau s’offusquer demain de la montée de la « bête immonde » à grands coups de « no pasaran », tant qu’elle ne renouera avec les principes laïques et donc républicains qui sont les siens, il ne faudra guère s’étonner des échecs électoraux à venir, comme le rappelait avec justesse Laurent Bouvet dans un article publié sur le « Huffington Post ».

Que la droite trahisse la République et la laïcité après dix ans de Sarkozy, cela ne nous surprend guère et ne nous émeut pas plus. Mais que la gauche se laisse voler la laïcité par l’extrême-droite en trahissant ses idéaux, cela est non seulement triste au regard de son histoire mais encore plus inquiétant quant à son avenir.

http://leplus.nouvelobs.com

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