«La paix et l’unité de l’islam de France otages de la politique»

Mamadou Daffé Abu Brahim est l’imam de la mosquée du Mirail, un quartier de la périphérie de Toulouse connu pour sa forte présence musulmane. Ce Malien, installé en France en 1975, est actuellement directeur de recherche en biochimie au CNRS. La mosquée dans laquelle il officie – baraque préfabriquée installée sur le parking d’un hypermarché en attendant la construction d’un vrai édifice – accueille chaque jour des centaines de fidèles et tout particulièrement des Maghrébins ou des Français issus de l’immigration, directement touchés par les événements de Toulouse et Montauban. L’imam explique dans cet entretien l’impact qu’ont eu ces tueries sur la communauté, «première choquée et horrifiée par ces actes criminels».
-Comment la communauté musulmane a-t-elle vécu ces événements et les jours qui ont suivi ?
Les dernières semaines ont été très éprouvantes, très stressantes, au début, de ne pas connaître l’auteur, sachant que des musulmans étaient les premières cibles. Cela nous a inquiétés dans la mesure où on ne savait pas vraiment qui était recherché. Ensuite de connaître l’auteur et de savoir qu’il avait un prénom musulman, était encore plus «stressant». Et là, nous avons été la proie de nombreuses manifestations. Certains ont été agressés au moins verbalement, mais ensuite, cela devient surtout de la paranoïa, avec des musulmans qui se disent «on nous a regardés», «on nous a parlé», «on nous a dit ceci et cela»… Il est donc vrai que les gens ne sont pas à l’aise, sans compter les problèmes internes, dans les familles mêmes. Certains parents disent à leurs enfants : «Vous allez à la mosquée, on vous lave le cerveau ; je sais que depuis que tu as la barbe, depuis que tu portes le hidjab, tu as changé(e)». Au lieu qu’il y ait une solidarité dans la communauté au moins, ça pose des problèmes y compris dans les familles.
-Les actes d’islamophobie ont-ils augmenté depuis ces événements ?
L’islamophobie a beaucoup augmenté ces dernières années en Europe, en France en particulier. Il est dit qu’il y a une augmentation de 37% des actes d’islamophobie en 2011. Malheureusement, ce n’est qu’un début. C’est dans ce contexte global que se situent l’amalgame et le stress de plus en plus continu que nous subissons. Mais je pense qu’il faut faire la part des choses entre la rumeur, le sentiment et la réalité. C’est comme le sentiment d’insécurité, on se sent tous en insécurité, mais ce n’est pas quantifiable. J’entends des propos et des histoires, mais pour moi, ce ne sont que des cas particuliers. Les gens se sentent moins à l’aise ou agressés ne serait-ce que par un regard à leur égard. Mais quelle est la part de paranoïa, et quelle est la part du réel ? Il est clair que les sensibilités sont exacerbées. Certains me disent que quand on voit quelqu’un avec un look maghrébin, on change de place dans le métro. Est-ce que c’est 1/1000, est-ce que c’est plus ou moins ? L’on ne peut pas faire de statistiques. Parfois, tout cela n’est dû qu’à un hasard, une coïncidence, un malentendu. Raison pour laquelle je crains que nous tombions dans la paranoïa, la victimisation, qu’on ne peut pas mettre sur le compte des événements qui se sont déroulés. Lire la suite…
Abd Al Malik sera à Avignon samedi. Photo DR



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